16 décembre 2008

Qu'est-ce que tu fous là ?




Qu’est-ce que je fous là ?
Interrogation qui ne cesse de gamberger dans ma tête depuis que j’y ai été confrontée (oui en lisant du Rouzel, non je ne suis pas sponsorisée par lui !). Mais. Interrogation nécessaire, me semble t-il, pour verbaliser ma pratique et mes actes professionnels.
Qu’est-ce que je leur veux, à ces gosses dits « déficients intellectuels » ? Lorsque je franchis le seuil de l’IME, qu’ai-je en tête pour tel enfant ? Et pour telle autre ?

Il se passe tellement de choses depuis que je suis là. A peine quelques semaines. Un concentré d’humain, de relations, de communication, de messages implicites. Un fouillis d’émotions, une pincée de transfert, quelques gouttes de colère et de crise… De quoi me faire bouillonner à l’intérieur. Hormis les jeux de mots, il s’agit vraiment d’ingrédients mis à ma disposition et à celle des enfants pour fabriquer quelque chose. Un quelque chose d’impalpable, un instant succinct, un regard qui en dit long. Un quelque chose proche de l’impossible…
Je croyais pouvoir adopter une posture professionnelle commune à tous les enfants. Puis. La réalité humaine vient me percuter de plein fouet. Avec une foultitude de questionnements. Pourquoi, avec elle, ça accroche ? Et pourquoi, avec lui, je lutte pour ne pas me laisser déborder par la colère et l’envie de fuite ? Qu’est-ce que je lui veux à cet enfant de type « abandonnique » qui me pousse dans mes retranchements pour me demander une grosse part d’affection ensuite ? Quelles sont mes réponses ? Sont-elles les bonnes ?
Les sentiments se mêlent à un professionnalisme qui se voudrait irréprochable et l’extériorité devient nécessaire. La mise en mots ou en parole devient primordiale. Une pause serait de mise pour regarder de loin, comme lorsqu’on regarde un tableau. J’ai le nez collé en plein dedans, je sens que quelque chose m’investit, ce même quelque chose qui investit les enfants dans leur rapport à moi, l’adulte stagiaire, et je ne sais pas le nommer.
J’ai peur de prononcer un mot qui pour l’instant me vient à l’esprit lorsque je pense aux enfants. L’amour. Ce mot qui fait que je saisis ces enfants chaque jour pour vivre l’expérience de la vie, pour leur transmettre l’impossible de la toute-puissance. L’amour de l’enfance en général. Peut-être de la vie aussi.
Lorsque je pense à eux en entrant chez moi, quelque chose me submerge. La nécessité de transmettre la vie, telle qu’elle est, avec sa part d’impossible. Pourtant. Les difficultés pour y parvenir. Les freins humains. Le relationnel. Ce que me renvoient ces enfants. Tendresse pour certains, impuissance pour d’autres, compassion, tristesse, colère, sentiment d’injustice, questionnements... Pourquoi est-il comme ça ? Que signifie déficience intellectuelle ? Et la psychose ? Que va devenir cet enfant ? Que voit-il, que sent-il ? Que ressent-il ?
Que de questions auxquelles je ne sais répondre et qui me font toucher du doigt l’impossible de mon futur métier.
Et puis tous ces moments de bonheur où nous chantons en chœur et dansons ensemble, où nous rions à gorge déployée. Ces moments où je suis Célia avant d’être stagiaire éducatrice… Ces instants où je ne peux m’empêcher de ressentir quelque chose de personnel, qui construise mon parcours personnel autant que professionnel. Suis-je en train de réparer ? Je m’en suis toujours défendue. J’ai beaucoup travaillé sur moi avant d’entrer en formation pour être au clair avec ma propre histoire. Pourtant. Y a-t-il encore des choses ? Est-ce normal de ressentir des élans d’amour pour la vie et l’enfance ? Pour leurs cris et joies ? Ne suis-je pas là pour ça ? Mais ai-je le droit ? Ai-je seulement le droit d’être moi durant ces instants d’implication personnelle ?

Oui, je leur veux la vie. Je leur veux la joie. Je leur veux la frustration aussi. Je leur veux les limites pour leur permettre de supporter l’impossible. J’ai cette rage, je crois. Cette envie de justice.

"- Qu’est-ce que tu fous là, Vanillette ?
- J'essaie de transmettre de la vie !
- Pourquoi ?
- Parce que j'ai vu l'absence. Je ne peux pas faire autre chose.
- Pourquoi ?
- Ça reviendrait à entretenir la barbarie de l'indifférence. "
C'est à vous !
  1. Bonsoir, je trainais sur le net et je suis tombée sur ton blog ... et plus particulièrement sur cet article.
    Je voulais te dire que tu n'est pas la seule à ressentir ça face à des enfants, ce besoin, ce sentiment d'amour, de volonté de transmission de tout ce qu'on a pu découvrir de bien... et de tout un tas d'autres choses que tu décris si bien ;-)
    Je veux devenir instit' , plus ou moins pour retrouver un peu plus souvent cette sensation que j'ai à chaque fois que je bosse avec des enfants qu'ils soient "normaux" (mais qu'est ce que la normalité?) ou non. C'est un sentiment très bizarre, à la fois agréable et parfois inquiétant... mais que l'on doit garder précieusement...
    Pour un monde qu'on veut espérer un peu plus juste et avec plus de bonheur. ;-)

    Bonne continuation , Louve cerise.

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  2. Bienvenue à toi, Louve Cerise et merci pour ton commentaire.
    Comme tu le dis, c'est un peu déstabilisant toutes ces émotions qui nous atteignent au contact d'enfants ou de personnes accompagnées, quelles qu'elles soient. Cela dit, je crois fort en l'extériorité pour ne pas déborder... Pour moi, ça fonctionne par l'écrit ou la parole, j'espère que tu trouves toi aussi le moyen de libérer ces sentiments... humains.
    A bientôt !

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  3. Bonjour,
    Je suis étudiante en seconde annee d ES, je viens de finir mon stage dans un service d accueil familial assurant le suivi de placement d'enfants en famille d'accueil. L'une des interrogations qui s'est posée à moi pendant ce stage fut celle de la distance, d'une part celle d'un éduc spé et d'autre part celle d'une stagiaire. En effet l'une des difficultés de nos métiers réside dans cette distance "éducative", il n'y a pas de cadre, de règles à suivre. Il revient à l'ES de faire preuve de bon sens et d'ajuster son implication personnel en fonction des paramètres extérieurs. Mon expérience m'a permis d'observer que pour des enfants ayant déjà soufferts de multiples abondons, qu'il n'était peut etre pas trés judicieux qu'ils investissent fortement une relation avec une ES stagiaire. Malgré une vigilence avérée de ma part le départ fut difficile pour eux comme pour moi, notre métier met en jeu de nombreux phénomène que nous ne maitrisons pas et que nous ne pouvons pas toujours apprécier sur le moment. Pour cela que des temps d'échange sur nos pratiques et la capacité à séparer sa vie personnelle de sa vie professionnelle sont garants de notre qualité professionnelle.

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  4. salut je suis numa je rentre en formation ME cette année je suis tres heureux .
    on nous a posé cette question a la journée de pres rentré "et toi qu est ce que tu fous là".
    je me suis retrouvé sur ce forum en fesant des recherche.
    En lisan les commentaires ,je peux dire meme sans experience ,que je suis d accord avec amiyawa.
    Je reviens de loint ,je me suis pas mal renseigné par rapport a ce metier difficile de moniteur educ ou de educ spé.
    J e peux donc dire qu il est tres important de ne pas ce tromper par rapport à notre comprotement,par rapport au personne accompagné.
    Nous devons par protection de la personne accompagné et nous meme agir en temps que professionnel(adulte responsable,d ailleur que veux dire adulte reponsable, a reflechir).
    Meme SI LE COT2 HUMAIN VIENS A CHAQUE RENCONTRE ,essayer de prendre de deçu ,nous nous devons de refouler,nous ne sommes ni les parent ni autre personne proche.
    Nous sommes un exemple de personnes stable,quelqu un qui leur permettra peut etre de s identifier dans le bon ,par rapport a un mauvais vecu.
    Le sentiment peut entrainer la surprotection,le favoritisme....
    Pour faire un bon travail ,il faut savoir gerer nots sentiment ,ce qui ne veut pas dire ne pas aimer,mais savoir prendre des distances.
    J espere ne pas trop dire de conneri ,j attends vaut commentaire pour evoluer dans ma reflexion

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  5. corriges les fautes ;)

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