13 janvier 2009

Quand l'adulte se venge



Plus lourde que l'institution et ses hauts murs aliénants, il y a les adultes. Ceux qui ont le savoir, le pouvoir, le droit de, la possibilité d'autoriser ou d'interdire...
L'adulte est un modèle pour l'enfant, celui qui dit vrai et juste lorsqu'il le faut. L'adulte est un médiateur d'inconscient, un réceptacle de manifestations à déchiffrer, l'intermédiaire entre le désir et le besoin. L'adulte a tant de place dans la vie d'un enfant...
Mais ce qui me tient à cœur d'aborder aujourd'hui concerne davantage la déviance de l'adulte. Le pouvoir. Ce pouvoir qui sous-couvert d'autorité m'apparaît comme être destructeur pour un enfant, d'autant plus quand celui-ci a des troubles de la personnalité.
Dans un premier temps, j'ai voulu faire une petite recherche sur Google pour distinguer autorité et pouvoir et ainsi illustrer mon article. Finalement, je vais donner mon avis sur la chose, au risque de me tromper.

Selon moi donc, le pouvoir intègre la négation de l'autre, en ce sens où la personne qui l'exerce est dans une toute-puissance vis-à-vis d'elle-même et ignore les répercussions que ses décisions ou actes auront sur la personne visée.
L'autorité est un outil pour poser une loi, des interdits, des limites... Comme je le disais dans un précédent article, La fonction paternelle, un enfant ne peut que très difficilement grandir sans la mise en place de limites. Cela lui permet de ne pas fuir dans le chaos intérieur et dans l'imaginaire et d'intégrer un certain nombre de normes communes à tous.

J'ai toujours eu cette idée en tête, en tout cas depuis que je me suis mis à considérer mon avis sur l'éducation des enfants. Je ne sais pas vraiment si on définit ces termes de cette manière mais il est important pour moi de ne pas oublier cette ligne de conduite que je me donne. Car je considère que le basculement vers le pouvoir n'est pas forcément chose visible pour celui qui n'aurait pas suffisamment d'extériorité pour se regarder de loin. Je me sens donc en danger, moi aussi, face à un trop-plein de vécu et d'émotions qui pourrait m'entraîner vers ce quelque chose destructeur.
Au quotidien, je tente donc d'utiliser l'autorité pour poser la loi et je me pose régulièrement la question suivante : "En quoi cela va servir à l'enfant ? Quel est l'intérêt pour lui que je pose cette autorité à cet instant-là ?"
A l'instar de la sanction, comme je la distinguais de la punition dans mon tout premier article, L'impossible, je crois en la nécessité de la prudence. En tant que personne, c'est un peu comme si je n'existais pas lorsque je suis sur le terrain. Je suis une professionnelle et je ne suis pas là pour moi. Bien entendu, les émotions sont souvent incontrôlables et l'humain que je suis ne peut nier la part d'affectif qui entre en jeu dans ces métiers du social. D'où l'intérêt de disposer de groupes de parole, d'une oreille attentive lorsqu'il le faut, d'un super cahier de bord où peuvent s'épancher les plus horribles des sensations, etc...
Une fois ce travail d'extériorité effectué, rappelons-nous pourquoi nous sommes là. Pour qui ? Pour quoi ? (et non "pourquoi" cette fois)

J'ai assisté à une scène hier qui m'a profondément ébranlé et qui me fait vraiment réfléchir au sens que je donne à mon engagement. Nous étions tous réunis, enfants et éducateurs, tous groupes confondus pendant la pause du goûter. L'éducatrice d'un des groupes a pointé le doigt vers un des enfants en disant à ses collègues : "Vous savez ce que fait C. chez lui ? Il fait des crises pour ne pas se laver et du coup, pour qu'il soit propre, sa maman doit le laver comme un bébé !"
Ça n'a pas tardé à fuser :
- Bouh, le bébé !!
- On va te mettre des couches, alors, puisque t'es un bébé !
... et les éducateurs, ensemble, d'entretenir le lynchage. J'ai tourné la tête vers C. Je me suis demandée comment on pouvait faire pour pouvoir encore regarder cet enfant dans les yeux. Comment on pouvait être amené à ça. Peut-être n'en ont-ils pas conscience.
- ...violence institutionnelle..., venais-je d'entendre dans un fatras de ricanements et de la part d'un adulte qui avait participé aux moqueries. Les autres ont redoublé de rigolade.

Donc. Ils en ont conscience.
?? J'ai tendance à rester sans voix. Et puis non, me dis-je, je ne peux pas rester sans voix. Je me dois de réfléchir à ce que j'ai vu. Si je n'ai que très peu de crédibilité pour dénoncer de tels actes, je ne peux pas me mentir à moi-même et faire semblant de n'avoir rien vu. D'où cet article. D'où cette envie de continuer à écrire, à dire et à lutter pour faire valoir ma conduite autorité/pouvoir.

Un enfant, trois adultes, tous les visages tournés vers ledit enfant. Les autres enfants s'autorisent alors aux moqueries envers leur camarade et la machine tourne. Je prends ça pour de la vengeance.

Les éducateurs présents manquent de reconnaissance, c'est évident. On me l'a presque dit. On m'a dit qu'on ne supportait plus le contact tactile avec les enfants, qu'il était temps de faire autre chose. Mais quoi ? Et puis avec cette famille à faire manger, comment faire ? Par où commencer ? A force de non-reconnaissance, certains sont certainement dans un ras-le-bol dû à la dévalorisation que ce métier peut procurer en certains moments. Le chemin de vie est complexe ; se destiner à une cause, vouloir travailler auprès d'enfants, vouloir donner de soi (pour réparer peut-être), oublier de se poser la fameuse question Qu'est-ce que je fous là ? Laisser passer les années et finir par détester ce que l'on fait et détester...
... les enfants eux-mêmes. Pas toujours, par moments. Saisir la moindre occasion pour se venger sur eux. Venger, le mot est lâché et de ma place de stagiaire, je crois que c'est ce qui me percute le plus dans cette confrontation permanente entre enfants et adultes, dans cette trop grande place laissée à l'affectif.

Et puis, on doit finir par se détester... soi-même. Dans d'autres situations, ces adultes subiraient des dommages psychologiques, développeraient peut-être des dépressions ou autres symptômes somatiques. Ici, dans ces métiers de l'humain, il est des êtres fragiles qui peuvent être facilement utilisés comme réceptacle d'échec. Je trouve ça facile de s'en prendre à ceux que l'on enferme, à ceux que l'on devrait accompagner et auprès de qui on peut avoir tous les droits sans que personne ne s'en aperçoive. Il me semble que ça doit être plus compliqué de se confronter à soi-même et de s'avouer qu'il est temps d'en finir. De passer à autre chose, dans un lieu où personne ne pourrait être mis en danger par l'inéluctable vérité de l'épuisement.
C'est à vous !
  1. quelle bande d'enfoiré !
    il faudrait donc des éducateurs spécialisé pour certains éducateurs spécialisé.... c'est navrant.

    Comment veux tu que l'enfant se construisent si ceux qui sont sensé l'aider l'enfoncent encore plus ? c'est juste incroyable.

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