19 janvier 2009

Un groupe, des histoires (2)


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Mise en place

Cet article fait suite à Un groupe, des histoires. Après avoir établi des observations et formulé des hypothèses, voici comment j'en suis venue à mettre en place une activité d'arts plastiques. Nul besoin de préciser la nature de l'activité, vous l'aurez compris...

Stagiaire en première année et n’ayant pas d’expérience antérieure auprès d’enfants déficients intellectuels, j’ai pensé à mettre en place un atelier d'arts plastiques, moins pour l’activité en elle-même que pour l’occasion de créer un espace de médiation qui s’inscrive dans une courte durée et qui mobilise les capacités de chacun à s’inscrire individuellement dans un groupe tout en s’intégrant dans une dynamique commune.
Après en avoir discuté avec ma monitrice de stage et avoir obtenu son soutien, j’ai donc profité de l’arrivée des fêtes de Noël pour initier cette activité.
Son animation me paraissait pertinente puisqu’elle ne demandait pas de moyens importants et me permettait d’entrer en contact avec les enfants malgré mon manque d’expérience. De plus, la configuration des journées était un élément favorable puisque le groupe est toujours partagé en deux (matinée/après-midi). Le nombre peu important d’enfants ainsi que le temps réduit pour réaliser l’atelier m’ont paru de bons éléments pour mettre en place une intervention socio-éducative.
En revanche, je n’avais pas d’élément de comparaison pour savoir si les ateliers proposés seraient accessibles aux enfants. Valait-il mieux faire dans la simplicité pour favoriser l’encouragement ou plutôt attendre des enfants quelque chose qui pouvait améliorer les apprentissages ? Cette incertitude, due à ma position de stagiaire et à la méconnaissance des potentialités des enfants, aurait pu entraîner des erreurs de ma part quant à la mise en place de l’activité. De plus, je craignais de ne pas savoir agir face aux difficultés de concentration. Comment trouver la bonne frontière entre la mise en place de règles indispensables au bon déroulement de l’atelier et l’obligation « tyrannique » de créer ? En effet, cette activité avait notamment pour objectif de laisser s’exprimer chaque enfant, par conséquent de laisser une part de liberté à l’envie de créer. Ce point, que je ne développerais pas dans cet article, me semble primordial dans la dimension éthique de ma posture professionnelle puisqu’il s’agit pour moi de définir aussi ma vision du métier d’éducateur spécialisé, dans son rôle d’accompagnateur. Accompagner vers l’autonomie par exemple revient, selon moi, à amener l’enfant à devenir un « être désirant » et capable d’interagir avec son environnement pour se construire. Alors, accompagner vers la liberté d’être soi ou accompagner vers des comportements communs et rigides ? Cette question m’a donc amené à m’interroger sur le sens que je donnais au fait de devoir terminer une activité que l’on commençait par exemple.
Je ferme la parenthèse de cette dimension éthique pour revenir aux objectifs que j’ai voulu atteindre à travers cette médiation éducative. Comme je le disais précédemment, il s’agissait dans un premier temps de favoriser l’expression et la communication des enfants ; les amener, avec une certaine part de liberté, à exprimer des « non-dits ». Sans que le but soit d’établir une analyse comme pourrait le faire un psychologue, il me semble que les arts plastiques peuvent parfois remplacer ou compléter la parole.
D’autre part, les médiations éducatives peuvent être les prémices de la socialisation en ce sens où certaines règles sont à poser au sein d’un groupe. Respecter le travail de l’autre, accepter (et supporter) que l’attention de l’adulte ne soit pas exclusive, partager, respecter son propre travail, autant de comportements qui me semblent difficilement acquis pour les enfants que j’accompagne.
Enfin, et ce pour la dimension individuelle, je dirais que le travail éducatif consiste en partie à aider la personne à canaliser les effets de désorganisation. Pour cela, je m’appuierais sur une théorie proposée par Joseph Rouzel lorsqu’il aborde la fonction paternelle. Selon lui, le travail éducatif doit s’appuyer sur trois axes :
• L’énonciation
Mettre en mot et formuler par la parole. Je pense que cet aspect doit être développé du côté de l’enfant comme de l’éducateur. Dans toutes situations, donner du sens à ce que l’on dit ou fait me semble important.
• Les limites
Accompagner l’enfant dans l’acceptation de la frustration est un élément primordial dans notre métier. En effet, il s’agit souvent d’enfants qui ont un désir de toute-puissance et les médiations éducatives se révèlent finalement être le reflet de la vie réelle.
• La faculté de jugement / La responsabilisation
En lien avec la mise en place de limites, nous devons amener les enfants à faire des choix avec la pleine conscience des conséquences que pourraient avoir ces choix, dans la mesure où cela est possible. Pour cela, les possibilités de « faire semblant » laissent aussi le droit de se tromper ou de faire un mauvais choix sans que cela ne soit préjudiciable.

Compte tenu de ces éléments de réflexion, nous avons décidé de mettre en place un premier atelier libre, où les enfants donneraient libre-cours à leur imagination. Tout en faisant de ce premier atelier une occasion de toucher, sentir, faire « ce qu’on veut », je pouvais aussi observer et repérer les potentialités. Ensuite, une autre journée était prévue où des règles seraient cette fois mises en place pour fabriquer un cadeau de Noël destiné aux parents. Il était en effet aussi important que chaque enfant puisse détenir un objet fabriqué par lui-même et qu’il se sente "comme les autres".
C'est à vous !

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