4 janvier 2009

Un groupe, des histoires


Réfléchissant récemment aux moyens d'établir du lien et du travail dans la relation entre un enfant et un éducateur, j'ai mis en place une activité. Ce que je voudrais partager avec vous est moins l'activité en elle-même que la réflexion qui m'y a amené. Ma première démarche a été d’observer la dynamique collective et la place de chaque enfant dans ce groupe.


Observations
J’ai établi plusieurs constats depuis mon arrivée en IME et notamment pendant les temps de jeu. En effet, j’ai relevé des comportements hâtifs au sein des activités.
• « Je ne veux plus ! »
Souvent, un enfant débute un jeu, un dessin, une activité et ne le/la termine pas ; il abandonne le premier jeu pour en commencer un deuxième qu’il abandonnera ensuite. Je me suis donc interrogée sur cette manière de « saisir » un objet pour le délaisser aussitôt et sur la démarche entreprise par les enfants dans leur rapport aux autres (enfants, adultes éducateurs…).
• « C’est à moi ! »
Lorsqu’un enfant est occupé à dessiner par exemple, il est fréquent qu’il refuse l’arrivée d’un autre enfant dans son « champ d’activité ». Ainsi, j’ai souvent assisté à des conflits entre les enfants qui revendiquent leur espace de jeu.
• « Arrête de faire ceci, arrête de faire cela ! »
Au cours des premières journées passées dans l’unité des petits, les relations entretenues entre les enfants eux-mêmes m’ont beaucoup marqué, en ce sens où j’ai relevé des jeux de pouvoir permanents entre des enfants à personnalité « dominante » et d’autres moins vindicatifs ou moins expressifs. Ceux-ci, parfois plus âgés, ont tendance à prendre une place de chef, d’éducateur, de parents envers les autres ; ce type de relation semble parfois installé et les remarques des éducateurs à ce propos sont fréquentes pour reprendre les enfants qui « se prennent pour des éducateurs ».
• « Aimez-moi, moi tout seul »
Enfin, j’ai remarqué une tendance pour certains enfants à demander l’exclusivité des éducateurs. Alors que d’autres s’occupent pendant les jeux, ceux-là restent près des adultes. Dans d’autres cas, lorsque ces enfants discutent ou jouent avec un adulte, ils n’acceptent que très difficilement la présence ou l’arrivée d’un autre enfant. Enfin, j’ai relevé qu’un enfant du groupe utilisait souvent la plainte pour qu’un adulte s’occupe de lui ; hormis ce comportement, il n’accepte les solutions proposées par l’éducateur en question que si celui-ci reste près de lui.

Compte tenu de ces éléments d’observation, j’ai mené une réflexion m’amenant à plusieurs hypothèses.


Hypothèses
Sans pouvoir établir de constats établis et véridiques, il s’agit plutôt pour moi de formuler un certain nombre d’hypothèses et d’interroger cette sphère collective qui constitue le levier de la socialisation. En effet, je me suis rendue compte de la difficulté pour ces enfants de s’intégrer dans un groupe, de partager, d’être soi à travers le groupe, etc…

En premier lieu, je me suis interrogée sur la fonction du jeu dans l’accompagnement des enfants ou adolescents. Sans vouloir développer ce sujet, il m’est apparu intéressant d’observer l’aspect symbolique du jeu et la possibilité de « faire semblant » ; en partant du constat que la symbolisation fait partie intégrante du développement de l’enfant, pouvons-nous dire que les problématiques liées au jeu sont le signe d’un non-accès au symbolique ? Ou d’un accès difficile ?
Comment alors se positionner en tant qu’éducateur pour développer la symbolisation sans engranger d’angoisse chez l’enfant ? Cela étant, comment interpréter la demande faite par l’enfant de jouer ?
En effet, il s’agit souvent d’une demande. Je pense notamment à une situation où un enfant m’a demandé s’il pouvait dessiner. J’ai répondu en lui proposant de choisir un coloriage avec moi. Une fois les feutres sortis et le coloriage choisi, l’enfant en question n’avait plus envie… Il s’est finalement sali en se dessinant sur le visage et sur les mains. Cette situation a finalement été le reflet d’un besoin d’attention et d’exclusivité puisqu’il a fallu l’accompagner pour qu’il se nettoie et range le coloriage demandé. Cette situation m’a beaucoup marqué, en ce sens où elle était proche d’autres comportements de ces enfants, à la différence qu’elle se présentait clairement comme un questionnement : « Quel est le désir de l’enfant ? ». En effet, quel était le véritable besoin ? L’accès au jeu passant par une demande adressée à l’adulte, il s’agit à mon avis d’une médiation idéale entre un désir conscient ou inconscient d’un enfant et la réponse de l’éducateur. Ce constat me permet de dégager l’hypothèse que le désir de l’enfant est à différencier du besoin initial. Le jeu permettant la transmission implicite du désir, il serait peut-être intéressant de s’interroger sur les demandes répétitives des enfants et d’établir un lien nouveau avec le jeu notamment en instituant la notion de temps, avec un commencement et une fin. Ainsi, je soulignerais l’importance de ce paramètre dans le travail de valorisation et d’estime de soi.

Aussi, j’ai remarqué la difficulté à accepter l’échec chez certains de ces enfants. En effet, le fait de perdre ou de « mal faire » entraîne souvent un abandon de l’activité ou une colère. La frustration est souvent difficile à accepter pour ces enfants ; sentiment d’insécurité, toute-puissance, méconnaissance des limites, angoisse ? A travers de multiples lectures, j’ai découvert que les causes pouvaient être nombreuses et diverses. Ainsi, je m’abstiendrais de poser une analyse définitive sur ces constats. En revanche, prendre en compte l’acceptation de la frustration me paraît faire partie intégrante de la volonté d’autonomie que l’institution promeut. En effet, poser des lois et des limites revêt selon moi une fonction « socialisatrice », en ce sens où la vie en communauté ne peut se vivre que selon une base de normes communes.
Pour autant, comment accompagner un enfant en souffrance psychique dans l’acceptation de cette frustration sans alimenter ses angoisses ou pire, les provoquer ?

Parmi les multiples causes à ces difficultés au sein d’un groupe, il me semble que l’estime de soi prend une place importante dans le vécu de l’enfant. Là où les éducateurs doivent prendre en compte le groupe, l’enfant chercherait peut-être une valorisation permanente de l’adulte, celui-ci étant vu comme « détenant la vérité ». Les adultes, notamment dans des situations telles que celles vécues en IME, sont les seules personnes à pouvoir renvoyer une image de l’enfant à lui-même. Ainsi, l’enfant va être attiré par toute « source potentielle de gratification » ; cela expliquerait cette propension à commencer un jeu pour l’abandonner vers une autre situation de valorisation…

Je pourrais également mettre en avant diverses autres hypothèses dues aux situations vécues par les enfants : carences affectives ayant provoqué un sentiment d’insécurité, psychoses, difficultés corporelles… mais d’une manière générale, il me semble plus opportun d’axer ma réflexion sur la réalité quotidienne de l’accompagnement éducatif.

Ainsi, comme le dit si bien Joseph Rouzel dans un de ses ouvrages : « Il [L’éducateur spécialisé] intervient à l’endroit où le sujet, dans son expression, est en difficulté pour trouver sa place dans la communauté humaine ». Ce travail-là commence dans les espaces de médiation mis à la disposition de l’enfant mais aussi de l’éducateur pour « transmettre un certain savoir et savoir-faire sur le monde et la vie en société . »

A suivre...
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Ressources

Éducateur, ce métier impossible - livre Le travail d'éducateur spécialisé Joseph RouzelJoseph Rouzel
(Oui, c'est mon bouquin de référence !)








Éducateur, ce métier impossible - livre j'ai mal à ma mère Michel LemayMichel Lemay
C'est à vous !

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