7 février 2009

Le handicap et la sexualité



Il y a quelques jours de cela, je vous invitais à visionner un reportage diffusé sur France 5, nommé "L'amour sans limites". Si vous n'avez pas eu l'occasion de le voir, vous avez la possibilité de le louer sur leur site Internet en cliquant ici.
Ce documentaire avait pour vocation d'interroger la France sur la sexualité des personnes en situation de handicap. Depuis quelques années, nous parlons de ce sujet, nous écrivons, débattons... pour autant, je crois que nous sommes relativement en retard dans le traitement de cette problématique. Personnellement, j'ai eu l'occasion de lire une série d'articles sur Lien Social l'année dernière où des lecteurs (travailleurs sociaux ou pas) donnaient leur avis sur la chose. Interpellée, étais-je, et autant dire que j'ai toujours eu du mal à me positionner par rapport aux réponses que l'on peut donner au droit à l'amour, si bafoué pour ces personnes. Pardonnez donc la maladresse éventuelle de mon propos.

Repartons de la base. Aujourd'hui, de nombreuses personnes en situation de handicap n'ont pas la possibilité d'avoir une vie sexuelle. Ou pire, une vie amoureuse. En effet, la gestion des relations de couple peut se révéler difficile dans certaines institutions ; pensons simplement à ce jeune homme, dans le reportage cité précédemment, qui avait demandé une chambre pour sa copine et lui et qui se l'était vu refusée d'une manière peu respectueuse par la directrice de l'établissement.
Nous sommes face à des adultes, dans des structures régies par certaines contraintes. Le handicap crée parfois certaines représentations et si la question de la sexualité n'est pas constamment interrogée par les travailleurs sociaux, on peut vite se retrouver dans de telles aberrations, où le sujet ne peut exister qu'à travers ses difficultés physiques et/ou mentales. Le droit à l'amour est une question sans réponse. Difficile alors de parler de sexualité.

En visionnant ce reportage, il a bien fallu que je me rende à l'évidence. C'est un sujet sensible pour moi. Pour d'autres aussi, certainement. Car en effet, si je n'avais pas été abonné à Lien Social l'année dernière, je n'aurais pris conscience de ce problème que ce 3 février dernier, devant France 5. Est-ce parce que, pour moi, les personnes handicapées n'avaient pas droit au désir ? Pouvaient se passer de plaisir ? Pouvaient se passer d'amour ? Je ne sais pas vraiment. Quoi qu'il en soit, je me souviens avoir été interpellée et interrogée par mon ignorance à ce sujet.
Lorsque j'avais lu le terme "assistante sexuelle" ou quand d'autres disaient que des "prostituées" pouvaient s'occuper de réconcilier les personnes avec la sexualité, y'avait comme un malaise pour moi, une espèce de confusion que je n'ai pas cherché à comprendre sur le moment. Confusion que je cerne un peu mieux après avoir vu le documentaire.

Dans "l'amour sans limites", on pouvait voir des centres spécialisés dans d'autres pays européens comme l'Allemagne où le métier d'assistant sexuel est règlementé. Nous avons pu voir deux personnes, un homme et une femme, chargées de réconcilier les personnes avec leur corps, ou tout simplement de faire découvrir à l'autre la notion de plaisir. Si j'ai bien compris, ils disaient être là pour aider les personnes dans cette découverte de soi et de l'autre, dans l'expérimentation de sensations inconnues jusqu'alors. Autour de la sexualité, étaient développés le dialogue, l'écoute, les échanges entre personnes concernées ou encore des ateliers de parole animés par un psychologue... Tant d'éléments qui permettaient aux personnes de ne pas exister non plus qu'à travers la sexualité, mais dans tout ce que ça pouvait englober ; la tendresse, la chaleur humaine, la présence d'un autre, etc...
Justement, je souhaiterais ici soulever la notion d'assistant sexuel. En effet, ces personnes ont l'air de pouvoir répondre à la nécessité du désir pour quiconque et d'apporter une vraie aide à ces personnes. Mais d'abord, si nous devions parler d'égalité avec le milieu ordinaire, ne devrions-nous pas pointer du doigt le choix du partenaire ?
En effet, on part du postulat que l'éthique nous oblige aujourd'hui à tendre vers une égalité entre les personnes. Et ce, même en terme de sexualité. Ainsi, j'ose poser la question : l'objectif ne serait-il pas de permettre à quiconque de vivre une histoire d'amour, de sexe ou d'amour & de sexe avec la personne choisie ?
Ce questionnement nous amène finalement, je crois, à pointer du doigt le difficile paradoxe entre l'égalité pour tous et la prise en compte des différences individuelles. Qu'est-ce le mieux ? Vouloir le même traitement pour tous ? Adapter les pratiques et rester dans la stigmatisation de la personne handicapée ?
Je ne sais pas si j'arrive à m'exprimer correctement mais là où un assistant sexuel offre son propre corps (et donc sa personne toute entière) dans une relation d'aide, je vois ça avec mes propres limites et mes propres représentations. Je ne crois pas que j'aurais aimé subir une personne dans ma vie sexuelle. J'aurais préféré, si j'avais été en situation de handicap, que l'on m'accompagne dans l'accès à une vie privée avec une personne que j'aurais choisi d'aimer ou avec qui j'aurais choisi d'avoir des relations sexuelles sans implication amoureuse. Et puis, chose autrement importante selon moi, j'aurais voulu la spontanéité de l'acte. A ce sujet, je ne sais pas trop comment ça se passe en Allemagne par exemple mais comment font-ils, concrètement ? Y a t-il des créneaux horaires destinés à l'acte sexuel entre la personne accueillie et l'assistant(e) sexuel(le) ? Ces "séances" font-elles partie du soin ?
Bien sûr, ce sont des questions lancées comme ça, sans vraiment avoir toutes les cartes en main pour y répondre et j'y mets beaucoup plus d'implication personnelle que professionnelle. Forcément, un sujet tel que celui-ci entraîne la confusion et je crois que celle-ci est légitime.
Car je pense aussi à la personne qui choisit d'être "assistant sexuel". Est-ce une vocation ? Existe t-il une formation adaptée, puisque l'on parle de "métier" ?
La dame, dans le reportage, disait qu'elle donnait bien davantage que son corps. "Je donne mon cœur, ma personne, etc..." Cette personne a peut-être tellement d'amour pour les personnes en difficulté qu'elle a choisi cette profession pour aller au bout de la relation d'aide. Pour autant, comme me disait un formateur il y a peu de temps : "Nous ne sommes pas là pour donner de l'amour ou du plaisir ; si nous sommes capables de donner du plaisir, nous sommes aussi capables de donner de la souffrance. La relation d'aide peut se transformer en tyrannie, alors."

En fait, je crois que ce qui me gêne dans tout cela, c'est l'incapacité de distinguer la part personnelle de la part professionnelle. Par exemple, si le métier d'assistant sexuel consistait à simplement accompagner un couple dans les gestes de l'acte sexuel, gestes difficiles à effectuer pour eux, je crois que cela m'interpellerait moins. En effet, le professionnel serait extérieur à l'acte. Bien entendu, le simple fait d'être présent pendant l'intimité de la relation n'est pas anodin et ne laisse pas indemne. Comme, à mon avis, les douches ou les soins au corps que l'on peut faire en tant qu'éducateur dans une maison d'accueil spécialisée par exemple. Notre métier, dans sa définition, est de toute façon empreint de notre personne. Mais j'ai l'impression que la frontière entre celui qui donne son corps à la profession et celui qui accompagne des personnes dans leur relation (une relation qui leur appartient) est importante.

C'est un peu lorsque l'on dit que la relation d'aide, c'est "être auprès de l'autre dans ce qu'il est en train de vivre". Ce n'est pas "souffrir avec l'autre".

*

N.B. : J'ai certainement omis une quantité de paramètres dans cet article et je m'en excuse si cela pouvait être interprété maladroitement. J'ai simplement essayé de poser des mots sur ce qui me mobilisait, en tant que personne. Je pense que cette réflexion doit encore murir pour moi mais si vous avez des contributions, n'hésitez pas. L'échange est bienvenue.
C'est à vous !
  1. C'est tellement plus facile de détourner le regard, de ne pas s'interroger sur la question, qui forcément n'est pas évidente... Je trouve ça déjà très courageux d'aborder le problème, et d’évoquer ses propres limites (qui n'en a pas ?).
    Cela touche profondément notre humanité. C'est difficile de se demander "Serait-ce mon rôle ?", "En serais-je capable ?" et de ne pas trouver de réponse a priori.
    J'ai étudié le film Nationale 7 avec mes élèves de prépa sociaux cette année, et plusieurs d'entre eux ont fait un "blocage". Sans doute une question de maturité.

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  2. penser d'un non diplomé24 novembre 2012 à 18:54

    Bonjour,
    Il est vrai que le problème de sexualité est toujours difficile a traiter, l’évocation même de mots tels que: masturbation, sexe ou plaisir de la personne provoque souvent des malaise au sein d'une équipe (directeur, amp, educ ...) lors de réunion .

    Il est vrai que la sexualité de l'autre renvoi a sa propre sexualité, et donc a sa propre intimité, et en matière de sexualité (mais pas que) nous ne somme pas tous au même niveau, et pas tous ouvert!

    Il est vrai que le métier d'assistante sexuelle est un peu difficile a concevoir! Mais partons de la personne accueillis avant tous! Il est important (pour certain) de pouvoir y avoir accès! La vie sexuelle n'est elle pas sur le premier pallier de la pyramide de maslow?

    Permettez moi de prendre l'exemple d'une personne que j'ai accompagnée pendant une année. Cette personne était traumatisé crânienne et tétraplégique , Elle ne posséder plus que la pince d'une main et de tous son mental. Cette jeune personne avait connu la vie "normal" de tous jeune , et était même en couple lors de son accident. Elle avait connu le plaisir charnelle, et était dans l'incapacité physique de ce masturber,et le vivait très mal. Personnellement j'ai essayer pendant plus d'un an d'essayer de trouver une solution (transfert dans un autre pays, appareil aidant a la masturbation...) mais aucun appui de la part de la direction et de l’équipe. Seul 3-4 collègue était ouvert a ce sujet, et voyaient comme moi que la personne soufrait réellement de se besoin physiologique.




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