11 juin 2009

La voix d'un éducateur de jeunes enfants


Elliryc est éducateur de jeunes enfants. Mais pas que. Il est aussi bloggeur, membre actif de la Fédération Nationale des Éducateurs de Jeunes enfants de Meurthe-et-Moselle, participant d’AgoraVox et j’en passe...
Elliryc est un homme. Et des hommes, on n’en trouve pas des masses chez les éducateurs de jeunes enfants. Ainsi, me voilà m’incruster dans son temps libre pour lui poser quelques questions.



Salut Elliryc. Déjà, pourrais-tu te présenter afin que nous en sachions un peu plus sur toi ?
Je suis éducateur de jeunes enfants. J’ai 31 ans. Je suis tombé dans Internet depuis quelques temps déjà. J’ai commencé sur un site d’EJE, Passerelles-EJE (www.passerelles-eje.info) où de simple membre du forum, j’ai commencé à participer à la vie du site en écrivant une newsletter mensuelle puis en devenant modérateur du forum du site. De cette participation assez active, j’ai eu envie de passer un peu plus dans le concret. J’ai donc rejoint l’association locale de la FNEJE puis de me lancer dans le bain de l’engagement au niveau national. Depuis la dernière Assemblée Générale, je suis Vice-Président.
Coté travail proprement dit, j’ai beaucoup travaillé et travaille encore en internat : en Centre Médico-Educatif avec des enfants polyhandicapés (c’était mon premier poste en tant que diplômé) et en foyer de l’enfance (déjà presque 5 ans). Entre temps, j’ai fait un crochet en structure Petite Enfance pendant 2 ans.

Tu es éducateur de jeunes enfants, donc. Depuis quand ? Comment t’es venu l’envie d’exercer ce métier ?
J’ai été diplômé en décembre 2001, dans l’avant-dernière mouture du diplôme, c’est-à-dire en deux ans et un trimestre. Le diplôme d’EJE a beaucoup évolué ces dernières années. Il se déroule dorénavant en trois ans comme les éducateurs spécialisés. D’ailleurs, la première promotion en formation initiale avec ce nouveau cursus (réforme en 2005) va passer le diplôme dans les semaines qui viennent. Bon courage à tous !
J’ai découvert ce métier par l’intermédiaire d’un membre de ma famille qui l’exerce. De dehors, le monde de la crèche est tout mignon, tout beau et cela m’a plu. J’ai donc souhaité découvrir le monde de la Petite Enfance et j’ai fait une colonie en tant qu’animateur pour des petits (4/6ans). Cela m’a permis de voir que le contact me plaisait et se passait bien avec les plus jeunes. En parallèle, j’ai tenté les concours d’entrée dans les centres de formation. Au bout de trois tentatives (comme quoi, il faut persévérer !), je suis entré en formation d’EJE. La formation m’a montré ensuite que le travail était bien loin des images d’Epinal et qu’accompagner les plus petits dans leurs premières années était une lourde responsabilité même si parfois, beaucoup de personnes le prennent à la légère encore aujourd’hui.

Parmi les nombreuses expériences que tu as pu avoir, pourrais-tu me dire celle qui t’a le plus marqué ? Pourquoi ?
Oula… quelle question ! Le foyer de l’enfance où j’ai réalisé la majeure partie de ma carrière pour le moment. C’est un travail très intense, très prenant. La charge de travail est importante car j’accompagne des enfants âgés de 3 à 6 ans généralement. Ensuite, le plus marquant, ce sont ces petits bouts de quelques années avec déjà une vie bien bouleversante. Un enfant a perdu son papa pendant son placement, un autre avait un bras tordu suite à une fracture mal soignée, d’autres ont vécu des choses assez horribles. Il faut être présent et apporter un cadre le plus rassurant possible. Pas évident quand vous êtes deux éducateurs pour 12 enfants si jeunes d’apporter écoute, réconfort sans se substituer au parent parfois peu présent. Je ne veux pas m’apitoyer sur leur sort car sinon, je ne n’arrive plus à assurer mon rôle auprès d’eux mais je ne veux pas non plus me « blinder » pour me protéger. Il faut savoir travailler en prenant la distance nécessaire mais ne pas oublier que les situations rencontrées au travail ne sont pas la norme.

J’ai vu quelque part que tes convictions personnelles te poussaient à encourager la reconnaissance des EJE ? Qu’entends-tu par là ? Que mets-tu en œuvre dans ce sens ?
La reconnaissance du métier est essentielle si l’on veut que nous ne soyons plus assimilés à des animateurs qui jouent aux jeux de construction à longueur de journée. Il y a un groupe Facebook sur ce thème qui est très symptomatique.
A partir de ce moment-là, quand j’ai commencé à intervenir sur le site Passerelles-EJE et que je me suis rendu compte que j’intervenais beaucoup sur ce thème, j’ai adhéré à la FNEJE, organisme représentant la profession (une de ses missions) pour mettre un peu plus de concret dans mes paroles sur les forums. Parler c’est bien, agir c’est un peu plus efficace. Mais ça, peu de professionnels franchissent le pas à mon avis. Et puis, pour exprimer mon point de vue, j’ai créé un blog où je mets infos, impressions, analyses à mon niveau de l’actualité qui est toujours très chargée. La Petite Enfance est au cœur d’enjeux politiques depuis quelques années.
Mon mandat d’administrateur national de la FNEJE me fait participer aux réflexions et aux décisions à prendre pour essayer de représenter au mieux le métier et parfois le défendre contre des orientations politiques qui nos paraissent décalées.

Est-ce qu’il t’arrive de travailler avec des éducateurs spécialisés ? Selon toi, qu’est-ce qui te différencie de ce métier, mis à part que tu travailles avec la petite enfance ?
J’aime beaucoup travaillé avec des professionnels non-« Petite Enfance ». Ils nous obligent davantage à expliciter notre connaissance acquise au cours de la formation. Nous sommes des travailleurs sociaux spécialisés dans la Petite Enfance. Mais, parfois, des EJE se retrouvent plus dans le coté animation et prise en charge des plus petits. Or, le métier n’est pas ça. Comme le montre le nouveau référentiel professionnel, il s’agit de d’accueillir le jeune enfant et sa famille, de conduire l’action éducative au sein d’une équipe pluri-professionnelle en tenant compte du cadre institutionnel, des partenaires et de la politique de la Petite Enfance. On est loin des Lego ! Donc, la différence entre les deux métiers se situe principalement dans la connaissance de la famille et du jeune enfant. D’ailleurs, deux des quatre domaines de formation ont le même intitulé avec les ES.

J’imagine que tu dois beaucoup travailler avec des femmes ? Ton ressenti ? Comment le vis-tu ? Qu’est-ce que tu pourrais en dire ?
Sujet sensible…
Il y a encore beaucoup de travail à effectuer… chez les deux sexes. J’ai eu de bonnes et de mauvaises expériences. Je dirai que la mixité apporterait beaucoup aux professionnels et surtout aux enfants. Cela casserait un peu l’image qu’il n’y a que la femme qui peut s’occuper des enfants dans notre société. Les papas ont pris plus part dans l’éducation des enfants dès le plus jeune âge mais les clichés ont la vie dure. Il faut maintenant franchir le cap plus nettement au niveau des professions. La parité est une utopie mais une meilleure mixité serait déjà un grand pas.

Comme ça, sans trop réfléchir, qu’est-ce que tu préfères dans ton métier ? Qu’est ce qui, à l’inverse, te gêne ou t’importune ?
Ce qui me plait : pouvoir voir grandir un enfant et observer ses progrès au cours de son développement en essayant de mettre un environnement le plus adapté à ses besoins et à ceux de sa famille.
Ce qui me gêne : les professionnels qui ont encore du mal à se mettre à la place de l’enfant et de sa famille et qui, par fatigue, facilité ou égoïsme, pense d’abord à eux avant l’enfant. Il ne faut pas s’effacer et tout accepter dans son travail pour favoriser l’accueil de l’enfant. De toute façon, au bout de quelques temps, nous ne sommes plus satisfaits de notre travail et de ses conditions. Néanmoins, en arriver à ne s’occuper plus que de soi pour son petit confort personnel est quelque chose qui m’horripile.

Aurais-tu envie de rajouter quelque chose ?
Merci beaucoup de m’avoir donné l’occasion de parler de mon métier et de le faire découvrir.
Bonne continuation à toi et à ton blog.


C'est à vous !
  1. BONJOUR

    MERCI POUR LE TEMOIGNAGE D'UN EDUCATEUR DE JEUNES ENFANTS..
    EN TANT QU'EJE NOUS AVONS BEAUCOUP DE TRAVAIL SUR LA VALORISATION DU METIER..
    CORDIALEMENT AGNES

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