24 juillet 2009

La voix d'une assistante de service social


Elle s’appelle Valérie, elle est assistante sociale et c’est la nouvelle voix de ce blog. En effet, je suis récemment tombée sur son propre blog « Pause Café » qu’elle entretient régulièrement et même si je n’ai pas terminé ma lecture, les quelques articles lus laissent présager de bons moments à découvrir ses (més)aventures, ses coups de gueule, ses joies, ses peines…
Bonjour Valérie. Pour commencer, pourrais-je te demander de te présenter pour que nous en sachions un peu plus sur toi ?
Bonjour, je suis assistante sociale, j’ai 33 ans et je vis en région parisienne. Je suis auteur du blog « Pause Café » depuis un peu plus d’un an. J’y relate, comme tu l’as expliqué, mon quotidien en tant que professionnelle, mais également des morceaux de vie plus personnels, le plus souvent sur le ton de l’humour.

Depuis combien de temps exerces-tu le métier d’assistante sociale ? Dans quel type de structures l’as-tu été ? Quelle est ton expérience ?
J’exerce cette profession depuis 2000. J’ai commencé par une expérience en polyvalence de secteur pendant 4 ans, sur des secteurs dits « sensibles ». J’y ai fait mes armes, mais j’ai surtout souffert du manque de moyens pour aider la population accueillie et du décalage entre la théorie étudiée en formation et la réalité du terrain.
Je me suis ensuite tournée vers le service social du personnel, un peu par hasard.
Je travaille aujourd’hui dans la fonction publique, auprès de salariés, et je dois bien avouer que c’est plutôt confortable. Les personnes que je reçois ont un salaire, sont à priori insérées, ce qui constitue une base de travail lorsqu’une difficulté se présente. J’interviens à la jonction de la vie personnelle et professionnelle. Mon objectif est de permettre aux agents de concilier le mieux possible ces deux versants. C’est très enrichissant : je côtoie des personnes de tous milieux, je travaille énormément en partenariat tant à l’interne qu’à l’externe. Le seul écueil qui pourrait finir par me peser : je ne travaille pas en équipe, je n’ai pas de collègues avec qui échanger au quotidien sur les situation et lorsque je veux mener une action un peu différente (type collective), je suis le seul moteur.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de devenir assistante sociale ? Que peux-tu en dire aujourd’hui ?
Les motivations…voilà toujours la grande question… J’ai passé le concours d’entrée à l’école un peu par hasard, je m’étais inscrite en fac de psycho, après le Bac, et j’ai vite compris que le fonctionnement de l’Université ne me correspondait pas. Je me suis lancée dans le bénévolat pendant un an, ce qui m’a permis de mettre en valeur mes motivations : le contact à l’autre, l’aide, l’accompagnement.
Comme je l’ai dit précédemment, j’ai rapidement essuyé de nombreuses désillusions : manque de moyens, manque de temps, incohérences de certaines lois ou dispositifs sociaux.
J’avais également beaucoup d’à priori concernant le service social du personnel. Pourtant, c’est grâce à l’exercice dans ce secteur que je me suis « réconciliée » avec ce travail. Je m’épanouis enfin, entre autre parce que j’ai du temps à consacrer aux personnes que je reçois. Cela me permet d’être plus efficace, même si les moyens ne sont toujours pas présents.

Quelle est l’expérience qui t’a le plus marqué dans ta carrière ?
Je ne vais pas citer d’exemples précis (il y en a beaucoup sur mon blog, dans la rubrique « assistante sociale »), mais je dirais que ce sont sans doute les décès. Je dois malheureusement y faire face régulièrement. Lorsqu’il s’agit de personnes que j’ai bien connues, suivies…Et que je dois accompagner la famille dans les démarches, c’est parfois assez difficile.
D’une manière générale, je crois qu’il y a des personnes qui vous touchent plus que d’autres, pour des tas de raisons.

Le cliché de l’assistante sociale vêtue de sa jupe plissée et de sa paire de lunettes revient souvent dans les discours généraux. On entend aussi celui de la « voleuse d’enfants » ou que sais-je encore… Que pourrais-tu nous dire à ce sujet ?
Les clichés nous concernant ont la vie dure, en effet. L’image populaire la plus sympa reste celle de la série « pause café ». En réalité, ces stéréotypes trouvent leurs fondements dans l’histoire de notre profession : au départ, ce sont des religieuses qui dispensaient « la charité et la bienfaisance ». Et puis, il faut bien dire que les médias nous servent peu, on entend parler des assistantes sociales qu’en termes négatifs, lorsqu’elles ne sont pas intervenues (cf : réseaux de pédophilie), ou en cas de dérapage (cf : une assistante sociale dénonce un sans-papier). Enfin, les assistants sociaux ne font pas parler d’eux. Il n’existe que très peu de témoignages de la profession, de blogs… Il n’y a jamais (ou peu, ou pas relayées) de manifestations, de grèves…

As-tu été en contact avec des éducateurs spécialisés au cours de ta carrière ? Si c’est le cas, comment s’organise le travail, quels sont les liens entre les deux professions ? Les différences, les points communs ?
En polyvalence de secteur, nous nous trouvions dans les mêmes locaux que l’Aide Sociale à l’Enfance, ce qui facilitait grandement le travail. J’ai été amenée à travailler sur des situations de protection de l’enfance avec des éducateurs spécialisés, à recevoir en binôme… Cela m’a beaucoup apporté, dans la manière de traiter, dans le point de vue, différent du mien. Mais j’ai également assisté à des conflits importants, concernant la prise en charge ou non de situations par l’équipe enfance. Je crois qu’il y avait de nombreux préjugés de part et d’autre, et un manque de dialogue évident.

Personnellement, je pense que les éducateurs spécialisés et les assistantes sociales ont tout à faire ensemble. Pourtant, je ne sais pas grand-chose de vous. Comment expliques-tu cela ? Que faudrait-il pour que les professions se rejoignent davantage ?
Comme je viens de le dire : du dialogue ! Un tronc commun en formation (je crois que certaines écoles le pratique), des réunions d’échanges sur les pratiques professionnelles…

Avant de terminer, souhaiterais-tu rajouter quelque chose ?
Merci pour cette interview, bravo pour cette initiative et cette envie de découvrir d’autres professions que la tienne. Cela ne peut que t’enrichir et faire de toi une professionnelle ouverte au travail interdisciplinaire.

Éducateur, ce métier impossible - blog assistante sociale pause café Valérie(Cliquez sur l'image pour accéder au blog de Valérie)
C'est à vous !
  1. Encore merci et bravo pour cette excellente idée!
    J'ai trouvé les questions vraiment très intéressantes...
    Continue! Je suis sûre que ce blog apporte à beaucoup de travailleurs sociaux en devenir!

    bises

    Val

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  2. ES ou AS...être en lien tout en se préservant pour ne pas se trouver submerger par les difficultés des autres. Au bout de quelques années l'intitulé du diplôme laisse la place à une culture professionnelle partagée. Bonne route jeune collègue.

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  3. Bonjour Myel et bienvenue sur ce blog. Je crois que tu as bien résumé les choses telles que je les vois. Cela dit, l'expérience me dira si c'est aussi simple... En tout cas, j'espère garder une certaine ouverture d'esprit pendant ma carrière et veiller à cette sacrée interdisciplinarité !

    Bon week-end à toi Myel et à bientôt (je m'en vais voir ton blog... j'aime bien savoir qui sont mes visiteurs hihi)

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  4. Bravo pour ton interview sur Val, très discrète et qui ne nous dit que ce qu'elle veut bien ;p
    D'autant que son métier n'est vraiment pas très facile, c'est d'autant plus méritant!

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  5. Bonjour Figele et merci pour ton passage ici. J'avoue que j'ai trouvé les réponses de Valérie très intéressantes !
    A bientôt

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  6. Bonjour Vanilette,

    Merci de nous faire découvrir par tes interviews les bloggeurs travailleurs sociaux. C'est très intéressant d'avoir les réactions de professionnels de terrain qui ose écrire, témoigner.

    A++

    Elliryc

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