21 septembre 2009

Sifi, prof de Français


Lorsqu’on navigue nonchalamment sur la toile, on tombe parfois sur des perles. Des blogs qui gagnent à être connus. L’année dernière, j’ai justement découvert celui d’une prof de français qui m’a fait beaucoup sourire et qui m’a fait entrevoir un aspect du monde de l’enseignement que je n’aurais pas soupçonné. Elle s’appelle Sifi (oui, oui !) et je vous propose donc de découvrir son métier et son blog par la même occasion.


Bonjour Sifi. Pourriez-vous vous présenter et nous en dire un peu sur vous ?
Bonjour ! Je m'appelle Sophie, j'ai 29 ans. Je suis prof de lettres modernes en Alsace, et j'exerce ce métier depuis 6 ans maintenant, dont 5 passés dans un collège dit « difficile ». J'ai choisi d'écrire un blog pour pouvoir raconter les événements marquants de ma vie dans cet établissement en prenant du recul. A l'origine ce blog me servait un peu de « dévidoir » de mes émotions, et, au fur et à mesure, c'est devenu un vrai plaisir de raconter mon quotidien de prof.

Depuis quand exercez-vous le poste de professeur de Français ? Le collège dans lequel vous exercez a-t-il été un choix pour vous ?
Comme je l'ai dit, j'exerce ce métier depuis 6 ans. Mon collège n'était pas à proprement parler un choix, puisque le système de mutation des professeurs se fait à partir de « points » qu'on a ou qu'on n'a pas. Lorsqu'on débute, on n'a pas de points et on est donc nommés en général sur des postes que les professeurs plus chevronnés ne veulent pas. Ceci dit, en passant mon concours je savais très bien que je risquais d'aboutir en zep, c'était en toute connaissance de cause, et si c'était à refaire je le referais !

Qu’est-ce qui vous plait le plus dans votre métier ? Ce que vous aimez moins ? Envisagez-vous une longue carrière dans cet établissement/métier ?
Ce qui me plaît le plus, c'est le contact humain. Pas un jour ne ressemble à un autre, il faut communiquer avec les élèves, les collègues, les intervenants extérieurs... en ce sens c'est passionnant. J'aime aussi le fait qu'il faut toujours se remettre en question, se former... on n'enseigne pas de la même façon deux ans de suite.
Ce qui me plait le moins c'est le côté « Mammouth » de l'Education Nationale : les programmes qui se contredisent, de moins en moins de moyens, les réunions alakon...
Ma carrière dans cet établissement est terminée puisque j'ai obtenu ma mutation pour un collège plus tranquille. Dans le métier, à vrai dire je compte bien enseigner le plus longtemps possible mais j'ai du mal à me concevoir devant des élèves à 65 ans... je pose déjà les jalons pour me reconvertir un jour dans la formation d'enseignants.

Dans votre premier article, nous pouvons lire : « Je bosse depuis 3 ans dans un collège (…) classé zone de violence mais qui finalement n’est pas si terrible que ça… (…) Un bahut comme des milliers en France ». Pourriez-vous en dire plus à ce sujet ? Pensez-vous qu’il y ait un effet d’image dans les noms affublés à certains établissements ? (ZEP, zone sensible, etc…)
Oui, certainement, et c'est bien dommage. Notre établissement est classé « prévention violence » parce qu'à l'époque il n'avait pas obtenu le label Zep. Or la violence, si elle existe parfois, n'est pas le trait dominant. Ce qui pose problème, parce que les familles plus « sérieuses » mettent systématiquement leurs enfants dans le privé par peur d'un établissement comme le nôtre, créant ainsi un cercle vicieux : les bons élèves s'en vont, le niveau baisse, le nombre d'élèves diminue, les moyens baissent, les bons élèves s'en vont etc etc... Pourtant, cette mauvaise image n'est pas entièrement justifiée puisque nous avons une quantité impressionnante d'activités variées : aide aux devoirs, théâtre, latin, option trilingue, option basket... Je pense que s'il existe réellement des établissement qui méritent les labels, pour beaucoup d'autres ce n'est qu'une façon d'obtenir des moyens supplémentaires.

Alors finalement, votre réalité à vous, c’est quoi ? Pourquoi l’avoir classé en zone de violence selon vous ?
Ma réalité est celle d'un établissement où les élèves sont faibles, voire très faibles pour certains, issus de milieux pauvres. Il y a aussi beaucoup de primo-arrivants ce qui donne parfois lieu à des situations dramatiques. Dans l'ensemble, il y a beaucoup de petites incivilités au quotidien mais que très rarement de véritable violence. Ceci dit, les élèves sont très spontanés, attachés à nous la plupart du temps car nous sommes l'élément stable de leur vie. Beaucoup reviennent régulièrement nous voir après avoir quitté le collège.
La « zone de violence », comme je l'ai dit avant, a été un moyen d'obtenir des subventions supplémentaires comme nous n'étions pas en zep.

Votre métier vous confronte inévitablement à l’adolescence et à ses éventuelles problématiques ? Considérez-vous avoir un rôle à jouer dans les « petits malheurs » des ados ? Ou même dans les plus « grands malheurs » ?
Bien sûr que nous sommes confrontés aux aléas de l'adolescence. Le rôle que nous y jouons est celui que les élèves veulent bien nous accorder, mais il est évident que nous avons plusieurs casquettes: psy, policier, confident, assistante sociale... Ces rôles ne sont pas sensés faire partie de mon métier et je ne les impose pas aux élèves qui n'en veulent pas, mais d'une manière ou d'une autre nous nous retrouvons souvent impliqués dans leurs « malheurs » petits ou grands, tout simplement parce que nous les voyons parfois plus que leurs propres parents et nous en subissons les conséquences en classe.

En tant que professeur, vous arrive t-il d’entrer en contact avec des éducateurs spécialisés ou des assistantes sociales si la situation d’un élève le nécessite ? Comment, à votre avis, peut-on faire le lien entre le métier d’enseignant et celui de travailleur social ?
Nous entrons régulièrement en contact avec les travailleurs sociaux de notre secteur, soit pour leur signaler un cas particulier, soit pour en assurer le suivi. J'aime être au courant de ce qui se passe en dehors du collège, et la communication avec ces gens qui font un travail énorme est indispensable pour faire le lien entre l'intérieur et l'extérieur. Le lien peut et doit se faire par des rencontres régulières entre les acteurs du quartier et les enseignants afin qu'il n'existe pas pour l'élève de No Man's Land entre le quartier et le collège, mais un suivi constant.

Souhaiteriez-vous rajouter quelque chose ?
J'aurais aussi envie de dire que c'est un métier qui relève d'une véritable vocation : contrairement à beaucoup d'idées reçues, ce qui motive la majorité des profs ce n'est pas les vacances, mais l'enseignement, le contact humain, le goût de créer des choses pour faire avancer les enfants dans la vie.
Et merci à Vanillette de prendre le temps de s'intéresser à toutes ces professions !

Merci à Sifi pour le temps consacré à la réponse de cet entretien. Je vous invite vivement à visiter son blog en cliquant sur la bannière qui suit :

Éducateur, ce métier impossible - blog prof zep sifi vie de prof
C'est à vous !

Vous avez un avis ? Partagez le !