15 novembre 2009

La toxicomanie, définitions et prise en charge



*Photo by Eclektek
Pour débuter la thématique de ce mois de Novembre 2009, il m'a semblé important de faire un point théorique sur la problématique en elle-même. En effet, il est aisé d'établir des constats définitifs et arbitraires lorsqu'on aborde de tels sujets, empreints d'un inconscient collectif souvent dangereux. Il s'agit donc pour moi de donner aujourd'hui les grandes lignes théoriques nécessaires à la connaissance du sujet : cadre juridique, définitions, prise en charge, etc... sans prétendre, encore une fois, à l'exhaustivité !
Quelques définitions avant de commencer...

Nous faisons souvent la confusion entre l'addiction et la toxicomanie. Pour caricaturer, nous pouvons dire que l'addiction concerne toute sorte de relation de dépendance (au jeu, à la drogue, au sexe, à la cigarette...) alors que la toxicomanie concerne uniquement les produits illicites.

Pour être plus précise, je vous propose des définitions issues de la Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie (MILDT) :
  • L'addiction désigne une relation de dépendance plus ou moins aliénante pour l'individu et plus ou moins acceptée, voire parfois totalement rejetée par l'environnement social de ce dernier. Nous voyons bien là l'aspect général de la notion.
  • La toxicomanie est un comportement de dépendance à l'égard d'une ou plusieurs substances psychoactives. Cette définition me gêne un peu car relativement générale. Selon moi, la toxicomanie est une maladie, chose que l'on ne mentionne que trop peu souvent à mon goût... Une maladie qui trouve sa source dans des facteurs divers ; psychologiques, sociaux, environnementaux, etc... et qui se caractérise en effet par une relation de forte dépendance à un produit. J'ai précisé plus haut "produit illicite" car, en mon sens, les limites de la toxicomanie commencent là où s'arrête la tolérance de la société vis-à-vis de ses substances psychoactives. En effet, pourquoi l'alcoolique n'est-il pas nommé toxicomane ? A mon avis, il s'agit simplement du fait que l'alcool est autorisé et même si l'alcoolisme est reconnu aujourd'hui comme une maladie, on ne l'apparente pas à la toxicomanie. Y a-t-il un sens plus péjoratif derrière le terme "toxicomanie" ? Je vous laisse en juger par vous-mêmes.

Le cadre légal de la toxicomanie en France

Cet article n'est pas destiné à entrer dans les détails juridiques mais plutôt à donner une vue d'ensemble du paysage français. Je citerais donc simplement la principale et première loi qui vint pénaliser la consommation et la trafic de stupéfiants en 1970.

La loi du 31 décembre 1970 relative aux mesures sanitaires de lutte contre la toxicomanie et à la répression du trafic et de l'usage illicite des substances vénéneuses est encore en vigueur aujourd'hui et établit des sanctions graduelles en fonction des délits commis par usagers ou revendeurs :
Pour la consommation de drogue, quelque soit la substance consommée, l'usager encourt au maximum 1 an d'emprisonnement et 3750 € d'amendes. Bien entendu, le juge évalue la gravité du délit et peut, s'il le juge opportun, recourir à d'autres mesures : stage obligatoire de sensibilisation, injonction de soins, retrait de permis, etc...
Pour le trafic de stupéfiants, la loi est beaucoup plus sévère. Je n'entrerais pas dans les détails mais dans certains cas, le revendeur encourt au maximum 10 ans d'emprisonnement et dans d'autres cas, la peine maximale peut aller jusqu'à 30 ans d'emprisonnement et 7 500 000 € d'amendes. Cette large fourchette correspond à la variété des situations rencontrées (production, fabrication, transport, revente, détention, importation, etc...), à l'âge des personnes concernées (la justice est plus sévère lorsqu'il s'agit de mineurs) et à l'implication du trafiquant. Pour prendre deux exemples extrêmes, on peut rencontrer une personne qui revend de la drogue afin d'assurer le financement de sa propre consommation ou alors une personne qui, à la tête d'un réseau, alimente par exemple tous les revendeurs de Paris qui, eux-mêmes ne sont qu'intermédiaires, etc... Forcément, les peines ne seront pas les mêmes dans ces deux cas.

Les substances pouvant être utilisées comme "drogues"

J'ai tenté, à l'aide du site de la MILDT et d'autres sources en ma possession (mes cours), d'établir un classement des différentes substances. On pourra trouver beaucoup à redire puisque certains produits peuvent se retrouver dans plusieurs catégories à la fois...
  • Les sédatifs (inhibent ou diminuent l'activité du système nerveux)
    • Les opiacés naturels (opium, codéine, morphine, héroïne...)
    • Les opiacés synthétiques (Méthadone, Subutex, Di-Antalvic...)
    • L'alcool
* La Méthadone et le Subutex sont deux produits de substitution à l'héroïne. Nous le verrons dans la partie "Prise en Charge"
  • Les tranquilisants
    • Benzodiazépines, anxiolytiques, hypnotiques (Lexomil, Xanax, Valium, etc...)
    • Barbituriques
  • Les stimulants
    • Amphétamines, anorexigènes
    • Cocaïne, crack
    • Hallucinogènes (LSD, champignons hallucinogènes, kétamine, GHB, Ecstasy, solvants...)
    • Cannabis (qui peut, bien entendu, être classé aussi dans les tranquilisants).
Éducateur, ce métier impossible - livre information drogues inpes
Pour plus d'informations sur les différentes substances, voici un ouvrage proposé gratuitement par l'INPES. Cliquez sur l'image !

Au-delà de l'aspect très formel de cette liste, je tiens à formuler quelques recommandations. La toxicomanie est fortement liée au rapport que la personne entretient avec le(s) produit(s) consommé(s), le rituel de consommation, l'entourage, etc... En effet, il est important à mon avis de distinguer un usage festif d'un usage plus pathologique. Je ne tente pas là de faire l'apologie de quelque comportement que ce soit mais simplement de mettre en garde face à des témoignages ou certaines analyses... Il s'agit, n'oublions pas, de parcours singuliers et d'histoires particulières. Nous ne pouvons affubler chaque personne ayant consommé un ou des produits au cours de son existence d'analyses catastrophiques ; à chacun son histoire, à chacun ses raisons...

Ce propos m'amène justement à vous parler des différents modes de prise en charge de la toxicomanie en France.

La prise en charge de la toxicomanie

La MILDT établit une distinction entre trois types de prise en charge :
  • Les soins généralistes concernent les médecins ou les structures hospitalières
  • Les soins spécialisés désignent ceux effectués dans le cadre du secteur social, sanitaire et médico-social
  • La réduction des risques est apparue récemment et s'appuie notamment sur un principe de prévention.
Avant la prise en charge, nous trouvons la prévention :
  • Prévention primaire : Éviter l'exposition des personnes au risque de la première consommation. Pensez par exemple à la dernière campagne TV "Drogues, ne fermons pas les yeux". 
  • Prévention secondaire : éviter le passage d'un usage expérimental à un usage régulier ou abusif.
    • Les Consultations Jeunes Consommateurs : créées en 2005, ces consultations proposent écoute et conseil aux jeunes concernés et à leur famille.
    • Les espaces Santé Jeunes : ces espaces ont un rôle plus général mais peuvent également intervenir dans les premiers risques liés à la consommation de toxiques.
    • Les interventions en milieu festif : de plus en plus d'associations se mettent en place pour informer et sensibiliser lors de certains évènements festifs
  • Prévention tertiaire : diminuer les risques sanitaires et sociaux chez les personnes dépendantes. Il s'agit ici d'accompagner les personnes qui consomment des produits toxiques à réduire les conséquences néfastes qui pourraient être entraînées par leur consommation (distribution de seringues stériles, accompagnement socio-éducatif...). C'est dans ce volet de la prévention que l'on retrouve les politiques de réduction des risques, politique revalorisée en 2005 en même temps que la création des CAARUD.
*CAARUD : Centre d'Accueil et d'Accompagnement à la Réduction des risques des Usagers de Drogues. Pour plus d'informations, voir ici


Pour vous donner un exemple précis, je vous propose la lecture d'un document proposé par l'INPES sur la réduction des risques.

Éducateur, ce métier impossible - réduction des risques infectieux toxicomanie inpes
Cliquez sur l'image pour lire le document

Après la prévention, vient la prise en charge de la toxicomanie lorsque les personnes ont pris la décision de soigner leur dépendance ou en tout cas, de demander de l'aide à ce sujet. Il existe plusieurs types de prises en charge :
  • Le sevrage : en milieu hospitalier ou en ambulatoire, une équipe soutient la personne dans le malaise physique et/ou psychique lié au manque du produit.
  • La post-cure : après le sevrage, vient une plus ou moins longue période de malaise psychique, il s'agira d'envisager un suivi thérapeutique afin de travailler autour des raisons de la consommation, de la relation au produit, etc...
  • La substitution : dans le cas de la consommation d'héroïne, il peut être décidé de recourir à la substitution. Les produits les plus souvent utilisés sont le Subutex et la Méthadone, comme je le précisais plus tôt.
Pour tenter une explication simple, je dirais que le cerveau produit régulièrement et naturellement des neurotransmetteurs tels que la dopamine. Lors d'une première prise d'héroïne par exemple, c'est bien l'action du produit sur les neurotransmetteurs qui permet de ressentir une euphorie, excitation, désinhibition, etc... Lors de la prise régulière et compulsive de l'héroïne en revanche, c'est le produit qui délivre, de manière artificielle, les neurotransmetteurs nécessaires au bien-être normal du quotidien. En effet, le cerveau, ayant compris qu'un objet extérieur pouvait travailler à sa place, devient tout simplement fainéant et arrête de travailler. Je caricature beaucoup mais c'est schématiquement ce qui se passe.
Du coup, si la personne arrête sa consommation du jour au lendemain, elle ressent un manque physique et psychique (nous sommes bien là dans le cas de l'héroïne) lié au faible degré d'activité du cerveau ; c'est pourquoi la substitution permet d'accompagner l'arrêt de la consommation. La Méthadone ou le Subutex fournissent au cerveau ce qu'il lui faut, permettant ainsi à la personne de se stabiliser matériellement, professionnellement et affectivement...
Ce qu'il faut comprendre aussi par là, c'est bien la notion de maladie. Certains restent sous traitement de substitution à vie, d'autres envisagent un arrêt progressif, les situations dépendent encore une fois de l'histoire de chacun...

Pour l'accompagnement du sevrage, l'orientation des malades, la délivrance d'un traitement, etc..., plusieurs types d'accueil existent :
  • Le médecin généraliste, si la personne est d'abord passé par un centre spécialisé
  • L'hôpital
  • Les Centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) : ces centres remplacent normalement les CSST (Centres de Soins Spécialisés aux Toxicomanes) et les CCAA (Centre de Cure Ambulatoire en Alcoologie)
  • Les communautés thérapeutiques : on mise là sur l'influence des pairs et l'entraide.
  • Les centres médico-psychologiques

Mes sources

Éducateur, ce métier impossible - site MILDT

Éducateur, ce métier impossible - site inpes
C'est à vous !
  1. salut

    je voulais te dire que ton blog est super chapeau bravo et le sujet sur la toxicomanie et très bien il est bien ecrit

    voilà je pense que ça fait toujours plaisir d'avoir des compliments sur son travail

    alexandra

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  2. Bonjour Alexandra et bienvenue ici !

    En effet, c'est vraiment très encourageant de voir ce genre de commentaires donc je t'en remercie... Ça me touche.

    A très bientôt

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  3. super cool cet article. je vais le relire. il va me rafraichir la mémoire en vue de ma prochaine épreuve du dc4. merci pour ce partage. et bon courage pour la suite.

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  4. Bravo et merci pour cet article, il est rare que la toxicomanie soit si bien comprise par des non usagers...
    je découvre seulement ton blog donc tu en as peut être déjà parlé mais concernant le réduction des risques (RdR) le site d'ASUD est à mon avis LA référence, bien plus que les sites du gouvernement. Un site fait par des usagers pour les usagers qui peut être très utile aux soignants.
    J'ai bien l'intention de passer les concours des écoles d'éduc, je repasserai donc par ici. Ca m'a l'air d'être une vraie mine d'infos :)

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  5. Merci pour cette contribution. En effet, le site d'ASUD est particulièrement intéressant, il faudra que je le rajoute.
    Sinon, tu as l'article d'une personne concernée : http://educateur-specialise.blogspot.com/2009/11/la-voix-de-pablo-pour-un-message-d.html

    Bon week-end et bienvenue !

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