11 janvier 2010

Un crachat dans le néant, hommage à Mano Solo


10 janvier 2010, mon modeste hommage à Mano Solo. Les connaisseurs remarqueront que je n'ai que peu de mérite...

*Dessin de Babache

Le monde entier ne saura jamais à quel point je suis triste, Mano. Dois-je te dire "Salut, à plus tard !" ou croire encore que la mort est un jeu ?
Pour l'heure, p'tit con, j'ai une folle envie de dire "Va t'faire foutre la vie" mais je pense à l'éternel cafard que tu écrasais à grands coups de butoir et je me dis que y'a qu'à faire semblant de rien.
Pourtant, ta mémoire coule partout le long des trottoirs. De Barbès à la place Clichy, de Pigalle à la braderie des enfants rouges en passant par Ménilmontant ou l'port de Bercy, y'a comme un crapaud blanc qui nous fera toujours de l'oeil, invectivant un "Vive la Révolution !" cynique et passionné.
A 46 ans du matin, la mort t'a tapé dans le dos. J'y ai cru, Mano tu sais, tout le monde y a cru. Et puis un matin, au pied du lit ça ricane, se secoue le paquet d'os et tu inventes la nouvelle déchirure de tous les shalalistes du monde entier.
J'aurais voulu. J'aurais voulu croire que les chemins des meilleurs ne mèneraient pas à la mort. J'aurais voulu croire en la noyade de la Faucheuse. Mais Madame la mort ne supporte pas d'incartades et s'fout que t'étais trop petit pour mourir.

J'entends d'ici ta voix rocailleuse me lancer un "Qu'elle chiale pas sa mère celle-là !" mais comprends que ça pèse sur mon sourire. Des mecs comme ça, y'en a pas deux, des mecs avec un sacré cœur comme ça, y'en avait qu'un même si parfois, tu pesais des tonnes avec ta gouaille de révolutionnaire qui secouait les imbéciles.
C'est juste une histoire qu'a pas de chance, une histoire qu'a pas de sens, une histoire comme un sale dimanche qu'on nous présente comme si c'était le dernier show. Mais nous on sait que t'as été le premier avant la mort. Le bras d'honneur à l'arrivée fera de toi le grand gagnant. Et même si ces femmes de toutes les couleurs ne t'ont pas arraché de ta torpeur, moi ça m'coupera pas l'envie. Ça m'coupera pas l'envie de courir après les vérités qui n'servent qu'à mentir. Ça m'coupera pas l'envie d'inventer ce pays sans violence où nous vivrons une éternelle enfance.
Mano c'est toi que je pleure ce soir et c'est toi que je pleurerais demain. C'est pour toi que j'danserais ce soir, c'est pour toi que je chanterais ce soir. Je laisserais couler la morve de mon nez parce que put'... Raoul, y'a des trucs qui s'oublient pas !

Mano, ta victoire est si pure, si seule, si dure, ta victoire est si vaine qu'elle ne peut qu'être belle...



"J'ai souvent eu l'impression d'être ce marinier prisonnier d'un voyage sans but mais je n'ai plus peur à présent. Je roule vers mon destin, je taille ma route et je m'en vais rejoindre les lions qui ronronnent en canon dans ce pays sans femmes et sans chiens.
Faut pas pleurer, les gens, la liberté ou la mort, c'est mieux que finir vieux ; j'ouvre les ailes et je m'envole en priant pour tous les habitants du feu rouge. Aujourd'hui je marche seul avec plus personne à qui faire la gueule et j'compte sur vous.
N'oubliez pas que c'qui compte, c'est pas l'issue mais c'est le combat. Alors soyez combattants. J'vous jure qu'elle est belle la vie. J'vous jure que la beauté du geste vous donnera raison.
Tout a une fin, c'est peut-être ça qui est bien.

Salut. A plus tard..."


C'est à vous !
  1. Drôle, j'ai eu la même sensibilité que toi.
    Puisqu'il faut rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu, et à Mano, ce qui appartient à Mano.

    Je lui ferais un hommage le 23 Janvier sur scène.

    Puisque Mano nous a dit "adieu"

    R^

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  2. Il y a quelques sprits que ne sont pas prêts pour vieillir, pour s'étaindre petit à petit...
    Et c'est pour ça qu'ils partent tôt...

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