20 avril 2011

Un jour, un dernier


Vapeurs éthyliques qui subsistent. Insomnie oblige.
Mais rien qui peut empêcher le rendez-vous matinal. Préparé, argumenté, négocié depuis une semaine avec Fernand*. Le menu est établi ; ce sera grosse salade, pâtes à la bolognaise, merguez au barbecue et corbeille de fruits. Du grand luxe. 
La nonchalance n'a d'égal que les promesses estivales qui parviennent à nos corps étourdis par la rugosité des maux passés. Alors Matthias note de sa main fébrile les ingrédients nécessaires à notre festin, Fernand se déhanche sur un air qui ne parvient à nos oreilles que par intermittence, Florian affiche un sourire à faire rêver les solitaires. Même Fernande semble se délecter de nos tentatives de déstabilisation, et presque les provoquerait. N'exagérons rien, elle ne viendra pas faire les courses avec nous mais quelques instants de facéties pour sublimer l'instant... allons-y gaiement, ma p'tite dame, qu'elle semble dire ! 
Nous sommes prêts. M., le coordinateur du lieu. Matthias, le gestionnaire de liste, William, celui qui est toujours prêt à participer aux sorties/ateliers/activités divers(es), Lucien dont le sourire ne rend que plus désinvolte le contraste avec son errance d'autrefois. Et puis il y a Fernand qui chantonne et déblatère gaiement. 
Il faut mobiliser et maintenir l'engouement. Nulle attente pour la mise en action de l'infime désir. Fragile et délétère. Mais les sourires virevoltent aujourd'hui. C'est un peu comme si rien ne pouvait venir assombrir ces instants. Comme si, ensemble, on prenait conscience de notre force. La force communautaire en quelque sorte. Comme si, finalement, il pouvait bien tout arriver au monde. C'est vrai qu'à eux, il leur est déjà tout arrivé. Ou presque.

Il y a cette rue où nous saluons tour à tour ouvriers et prostitué(e)s, auteurs d'un quotidien qui ne s'écrit qu'à la lumière des imprévus. Puis le marché, ensoleillé, où se côtoient les étals de marchandises et les effluves estivales. Les sourires ne cèdent plus. Ils rayent nos visages et portent nos échanges. Les marchands mêlent au brouhaha ambiant leur gouaille éreintée et nous sourions encore, emportés par nos déambulations approximatives. Fernand nous a quitté en chemin et Matthias s'improvise plaisantin. William taxe des clopes et Lucien sourit en apprenant les appellations françaises des fruits et légumes.

Revenus de cette agréable promenade où chacun a trouvé une place confortable, nous formons deux groupes. Oui, parce que nous avons deux lieux d'hébergement pour l'instant, à quelques mètres l'un de l'autre :
- Le premier, ancien squat désuet devenu "résidence accueil", dans lequel les habitants vivent encore pour quelques semaines et qui possède l'électricité ;
- Le deuxième, nouvel immeuble pour améliorer le confort de vie des habitants du premier, opérationnel mais sans l'électricité.

Je missionne un premier groupe au 2ème pour préparer la salade et la table de notre vingtaine de convives à venir. M. monte au 2ème préparer les pâtes à la bolognaise avec un deuxième groupe de personnes. Ici on est chez nous en quelque sorte. Les ouvriers délaissent leur labeur, l'instant d'un regard. Une dame de la rue se fait la témoin d'une incartade entre une habitante et une jeune ; mais ça ne va pas se passer comme ça, je vais aller voir sa mère, qu'elle nous dit !
Nous alternons, du 1er au 2ème, entre passoires et torchons, marmites et spatules... chacun donne un coup de main, à la hauteur de ses possibilités. Vite, vite, nous sommes tous attablés, à la merci de joyeux rayons de soleil, les confidences vont bon train, les blagues se bousculent aux éclats de rire,  les narines frétillent, l'ambiance est doucereuse.

Et mélancolique. Un brin d'amertume. Je tente de prendre un instant avec chacun d'entre eux/elles. Les remercie pour ce qu'ils m'ont permis d'apprendre, pour ce qu'ils m'ont apporté dans ma profession à venir. Leur dit que c'est avec eux que j'ai construit ma place et que je n'oublierai pas. Leur souhaite des sourires éternels et de la fraternité à l'envi. Me retourne quelques fois encore.

C'est un joli dernier jour.


* Mais oui, z'ont été changés les prénoms
C'est à vous !
  1. Coucou Célia,

    Eh bien bonne fin de stage alors ! Cette dernière journée avait l'air plutôt chaleureuse. Je pense que désormais tu es toute à tes écrits... Sans doute dans les révisions également ? En tout cas, je pense fort à toi, prépare bien les dernières épreuves :D
    Et merci pour ce petit retour inattendu sur ton blog que j'ai découvert par hasard. Pile aujourd'hui ! Bye !

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  2. Merci Quenelle, oui ce fut une journée très riche, surtout qu'elle a terminé par un entretien d'embauche réussi.. beaucoup d'émotions, donc !
    Je suis sur la finalisation des écrits oui, la fin se profile, ça fait du bien !

    Ton mail m'a beaucoup touché, je te réponds bientôt !!

    Bises !

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  3. quelle belle ecriture.....une educ auteure quelle jolie métier!
    bonne chance et bonne route
    caroline

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  4. Merci Caroline, quel joli message ! Pour l'instant, je ne suis ni l'un ni l'autre mais j'y travaille ! Bienvenue à toi !

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