7 juin 2011

Lettre de la prison


"Depuis maintenant plus d'un mois, je suis au quartier d'isolement*. Quand je me trouvais encore au bâtiment, j'ai fait un travail à l'atelier dans la couture... je faisais les combinaisons des surveillants. Tu dois avoir un sourire car moi-même, je n'aurais jamais imaginé faire un jour de la couture.
[...]
De toute façon, ma chère Célia, avant qu'il m'arrive malheur, que je me fasse du mal physiquement, déjà je vais faire un courrier à la direction régionale. Car aussi, ils m'ont perdu une photo de ma mère (...). Et en plus il y a d'autres choses. Ex : je me suis retrouvé deux fois sans mon traitement. Voilà parfois comment se déroulent mes journées. 
Moi je sais ce qui va arriver. Un jour très proche, je vais me mettre un coup de balafre à la gueule. Car là, c'est vraiment de l'abus de pouvoir que peu de surveillants se permettent. Tu sais, ma chère Célia, j'en suis capable. Souviens-toi ce que je t'avais dit, de mon geste quand je me trouvais à X, que j'ai essayé de me rendre aveugle.
Je suis vraiment désolée si je te fais de la peine mais il fallait que je te fasse part de ce qu'il se passe (...)"

S., détenu en maison centrale

On dit quoi à ça ? Qu'il ne faut pas se faire du mal ? Que c'est mal de se faire souffrir soi-même ?
Non... je crois pas que c'est ce qu'il faut dire.
Je ne sais pas ce qu'il faut dire.
Je crois que face à l'inconcevable, il n'y a que l'absence de mots. Pour dire une présence impuissante.


* Souvent proche du quartier disciplinaire, un quartier d’isolement est prévu dans chaque prison. Il permet au chef d’établissement d’écarter du reste de la détention des détenus gênants, suspects, meneurs, sans qu’ils n’aient commis de faute disciplinaire. Il permet aussi de protéger des détenus qui pourraient subir les agressions de leurs codétenus ou provoquer un certain désordre par leur présence (délinquants sexuels, policiers, détenus célèbres, etc.). Souvent dénoncé comme une « torture blanche », l’isolement a des effets psychologiques et psychiques dévastateurs sur les détenus qui le subissent pour de longues durées. En 2002, 2.494 détenus ont été placés à l’isolement, dont 814 à leur demande. Parmi eux, 161 se trouvaient isolés depuis plus d’un an. Néanmoins, la décision de placement ou de maintien à l’isolement peut désormais être contestée devant les juridictions administratives. 
Source : Ban Public
C'est à vous !

Vous avez un avis ? Partagez le !