21 juillet 2011

La voix de Lana... le sang de l'injustice


C'est avec quelques jours de retard que je publie le texte du mois de Lana. Pour ceux qui ne savent pas, je rappelle que nous avons choisi ensemble de consacrer un article par mois à un des textes de cette jeune femme. Pour voir les publications précédentes et pour en savoir plus :

Eh bien oui, je parle du mal que peut faire la psychiatrie, parce que je sais qu’elle peut l’éviter et qu’elle peut faire du bien.

L’hôpital m’a fait du mal.

Je fais des cauchemars d’enfermement, parce que j’étais à l’hôpital de mon plein gré, mais démunie de toutes mes affaires, et derrière des portes fermées, et d’autres obligatoirement ouvertes (celles des salles-de-bains et des toilettes). Et démunie de mon humanité. Pas par les infirmières, mais par le système hospitalier.

Oui, je fais des cauchemars quand je pense aux jeunes anorexiques attachées parce qu’elles ont vomi ou ont simplement voulu sortir de leur chambre d’isolement.

Oui, je souffre toujours d’avoir vu le reportage sur Sainte-Anne, où l’incompréhension, la violence, les punitions, l’irrespect sont légions.

Oui, j’ai pleuré quand j’ai vu les photos de la chambre de mon ami en HO*, dont les murs et les châssis sont remplis de moisissure. Oui, j’ai pleuré quand j’ai su qu’on lui avait fait une injection en pleine nuit parce qu’il avait osé se lever pour aider un patient qui avait un problème. Et j’ai pleuré de rage quand son psychiatre l’a menacé de prolonger son HO d’un an s’il continuait à faire valoir ses droits.

Oui, mon coeur se brise quand je vois qu’on attache un autiste à son lit parce qu’il demande simplement à regarder la télé.

Non, je ne peux pas vivre tranquillement avec tout ça. Non, je ne peux pas faire disparaître la souffrance que ce côté-là de la psychiatrie cause.

Oui, je suis à terre quand je vois qu’on rajoute de la souffrance à une souffrance déjà immense.

Oui, j’ai peur et parfois la nuit je rêve que je suis traitée comme une folle incurable, reléguée loin de la société.

Et je rêve de Renaud, mon double imaginaire, attaché depuis vingt ans en chambre d’isolement, qui court dans les escaliers de l’hôpital, se cognant aux portes d’un labyrinthe sans issue.

Non, ces cauchemars qui me troublent pendant des heures ne viennent pas de rien.

Oui, mon parcours en psychiatrie a été jalonné de souffrance, et si quelqu’un n’a jamais eu à souffrir en psychiatrie, j’aimerais l’entendre, et j’aimerais que des tas de gens, des centaines, de milliers viennent me dire qu’ils sont une majorité à n’avoir jamais souffert en psychiatrie.

Et le bien que la psychiatrie fait, ça n’excuse en rien le mal qu’elle fait. Au contraire. Puisqu’elle est capable de bien, de très bien même, il est temps qu’elle abandonne des traitements indignes.

Oui, voilà mes ondes négatives. C’est le fait que je ne supporte pas qu’on fasse du mal à des gens qui ont juste le tort d’aller déjà très mal. C’est le fait que je ne peux pas vivre en me bouchant les oreilles devant les cris et les larmes de ceux qui sont au fond et qu’on maltraite encore. C’est le fait que je ne peux pas me taire pour faire croire que tout va bien, en balayant de la main les paroles de tous ceux qui ont fini de pleurer en silence, de tous ceux qui ont décidé de parler, et qui demandent le respect.

Mes ondes négatives sont une blessure plus difficile à faire cicatriser que celles de la maladies. Parce que la maladie, quoiqu’on dise, n’est pas une injustice. Une fatalité, de la malchance peut-être, pas de l’injustice. L’injustice, c’est ce que se font les hommes entre eux. Et ce que font les hommes aux plus faibles d’entre eux, encore plus. C’est cela que je ne supporte pas, c’est cela qui me fait souffrir au quotidien. Mes ondes négatives sont du sang qui ne s’arrête pas de couler, et je me fiche que certains ne veuillent pas le voir. L’injustice, ça se dénonce, ça se crie, et ça en dérange toujours certains.

Le sang de ma schizophrénie n’est pas une injustice.

Le sang de la maltraitance est une injustice.

* Hospitalisation d'Office : Mode le plus contraignant de l'hospitalisation sans consentement. Il s'applique aux personnes dont les troubles mentaux sont vus comme "compromettant l'ordre public et la sûreté des personnes"

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C'est à vous !
  1. Juste une précision sur la Ho de mon ami, qu'on comprenne bien ce que veut dire un trouble à l'ordre public qui mérite une HO (et donc être considéré comme dangereux, être de ceux dont les sorties sont plus difficiles à obtenir depuis Sarkozy et dont il voudrait faire un fichier): il a refusé de payer une note de restaurant parce qu'il se prenait pour Jésus et a accepté une fois la police arrivée. 9 mois de HO.

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