18 octobre 2011

Elle. Son rire. Ses larmes.


Ca faisait un petit moment que je ne l'avais pas croisé. 
Aujourd'hui, je l'aperçois de loin ; elle découpe de sa silhouette l'horizon d'une mer fondue dans l'urbanité. Aujourd'hui je la revois. Les dents de devant brisées, la perruque en folie, l'âme en folie, le cœur en larmes et une bière à la main. Elle répond à mon sourire. Elle me balance ses vapeurs d'éthanol en riant. Elle pleure aussi. Pose ses deux mains sur mon ventre arrondi et se met à réciter une espèce de litanie de bénédiction, dans une langue qui ne ressemble à aucune autre. Mais je n'y connais rien, moi, en langue étrange alors je la regarde, émue quand même. Elle bénit l'être qui grandit dans mon ventre, ça je l'ai bien compris par contre. 
Puis elle se met à pleurer. Fort. Parce que je n'ai pas encore acheté le landau. Et la peluche. Et l'eau bénite (elle me l'offrira alors, c'est pas grave). Et les anges pour le protéger. Et puis l'amour. Et puis tout ça. Achète ! Achète ! me souffle t-elle avec sa bouche qui tremble et sent l'amertume, à 5 cm de mon visage, son ventre collé au mien, ses mains posées sur mes hanches.
Ils nous regardent, tous. Il nous regarde, le monde. Se demande peut-être comment je supporte cette intrusion. Je sais que dans sa folie la plus exaltée, elle sait l'ignorance des vivants et la peur qu'elle suscite. Alors je prends ce qu'elle me donne. Parce que je sais que dans sa folie, mon ventre rond la ramène à ce nourrisson qu'elle a confié à une famille plus apte il y a de longues années. Alors sa fille, elle ne fait que la rêver pour survivre.
Je sais que dans sa folie, ses intentions sont vraies. Et même si elle pleure en riant, et même si elle rit comme le diable en souffrance, et même si elle fait peur aux enfants avec son rictus édenté et sa perruque qui s'fait la malle, elle est vraie. 
Elle est elle.
C'est à vous !
  1. Je persiste et je signe : merci pour ces lignes ! Ton âme d'éduc' (comme j'aimerais en croiser plus souvent) est palpable... et quelle âme ! Belle rencontre que tu nous décris ici; ta sensibilité me permet de croire que la mienne m'aide également chaque jour : en dedans, en dehors et par-delà "les murs". Peu importent les contours, c'est l'essence-même de la rencontre qui fait la richesse de notre métier. A bientôt Vanillette. Porte-toi (/le) bien ;-)

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  2. Merci Quenelle, ton message me va droit au cœur. Je suis certaine que, par d'autres biais, tu valoriseras ta propre sensibilité... dans les rencontres, au hasard d'un couloir, au hasard d'une conversation, il se passe des choses incroyables. Faut-il seulement avoir le temps de les voir... Des bises

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  3. encore merci pour tes mots. tu devrais aller voir Joseph Rouzel se serait une belle rencontre entre vous!

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  4. Elle est vraie.... Je vois ce que tu veux dire quand je lis ton texte et je m'interroge. Car je connais, j'ai très proche de moi une personne ainsi totalement inadaptée et qui, elle, me semble profondément fausse. Existe-t-il des personnes comme cela, en marge, mais fausses ? Ou bien avons-nous l'impression qu'elles sont fausses seulement parce qu'elles sont en marge ?

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  5. Ah oui carrément PY ?! Je consulte déjà son site et c'est une belle rencontre déjà effectivement !!

    Anne, je pense que nous avons tous, qui que nous sommes, des moments où nous sommes plus sincères/authentiques que d'autres, selon le degré de confiance/connaissance que l'on a avec la personne en face, la confiance qu'on a en soi, la situation etc... Je pense donc que personne, jamais, n'est TOTALEMENT inadapté... D'ailleurs, inadapté pa rapport à quoi ? Par rapport à qui ?
    Je laisse ces questions en suspens, j'ai mes prpres réponses, je te laisse trouver les tiennes...

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