5 novembre 2011

La voix de Nicolas, animateur socioculturel


C’est de son propre chef que Nicolas a décidé d’organiser cette interview afin de donner son point de vue d’animateur en vue de devenir Aide Médico-Psychologique (AMP). Me voilà donc ravie de vous le présenter à travers quelques questions.

Bonjour Nicolas. Peux-tu te présenter ?
Bonjour Célia. Je m’appelle Nicolas, j’ai 21 ans, je suis animateur et directeur de colonies de vacances depuis 4 ans, et plus particulièrement de séjours adaptés (des séjours vacances destinés à des personnes vivant un handicap mental) depuis bientôt 2 ans !
J’ai également une deuxième casquette, enfin plutôt un nez car j’interviens en tant que clown à l’hôpital avec l’association « clown z’hopitaux » dans le cadre des cœurs visiteurs ! Pour l’instant, je monte une intervention pour l’hôpital de Chalon-sur-Saône avec ma collègue, pour intervenir une fois par semaine auprès de différents services… mais c’est un vaste sujet !
Pour conclure cette présentation, je prépare actuellement les concours d’Aide Médico-Psychologique ; même si l’animation fait ma vie, j’ai envie de m’ouvrir à de nouveaux défis en glissant vers le social (même si j’y travaille déjà, raison de cet article !) mais plus particulièrement dans le médico-social.

Peux-tu nous parler de ton expérience dans le domaine de l’animation ?
C’est l’histoire d’un petit gars qui n’était pas forcément très copain avec l’école, qui aimait bien faire du théâtre, être dehors... et qui cherchait sa voie.
Un jour, ce petit gars, qui avait le Brevet d’Aptitude aux Fonctions d’Animateur (BAFA) en poche sans s’en être vraiment servi, a accepté un poste d’animateur saisonnier. Une fois le contrat terminé, il se dit « Tiens, pourquoi pas une colo ? » ; « et une classe découverte ? » « et une autre colo ? »… ainsi de suite !
Le petit gars, vous l’avez compris, c’est donc moi !
Une fois que j’ai mis le doigt dans « l’engrenage », je n’ai jamais pu arrêter les séjours ! J’ai aimé cette responsabilité qui est la notre : éduquer en amusant, apprendre à (faire) vivre ensemble en jouant, (faire) grandir sans vraiment se prendre au sérieux ! Et surtout, j’ai découvert l’éducation populaire ; être animateur, c’est avant tout avoir un rôle d’adulte et pas seulement être là pour surveiller ou faire des coloriages, loin de là !
De séjour en séjour, j’ai appris à improviser, à créer, à écouter, j’ai ensuite été adjoint, assistant sanitaire… et il y a environ deux ans, j’ai eu la chance de faire mon premier séjour adapté, et là nouvelle claque ! Depuis je me suis « spécialisé » auprès des jeunes et adultes en situation de handicap mental, relevant même le défi personnel de devenir directeur cet été (même si au final, je trouve que c’est pas vraiment mon truc d’être « chef ») !

Alors, c’est quoi un animateur ?
Je pense qu’un animateur est avant tout un passionné, quelqu’un qui a envie d’être au contact des gens pour partager, pour apprendre…
Un animateur, même si ses outils de travail sont le jeu et l’imaginaire, est très proche de la réalité. Si tu es animateur, tu prends conscience de beaucoup de choses et tu as envie de les transmettre, de faire grandir, de créer des souvenirs… Ce que vivent mes gamins (j’utilise volontairement le « mes » car en plus de partager avec eux, j’ai les enfants sous ma responsabilité donc même si je ne me positionne pas en « papa de substitution », j’apporte une attention très forte à chacun d’eux) en colo, je sais que ça participera à leur construction, ce sont des moments privilégiés pour eux, entre eux.
Nous, nous avons la responsabilité de leur offrir les clés pour créer ces moments et pour leur apprendre à vivre ensemble ! Le reste leur appartient (je parle ici des enfants, mais ça vaut aussi pour les adultes que j’accompagne !)
J’aimerais aussi définir ce qu’un animateur n’est pas (ou du moins ne devrait pas être selon moi, bien qu’on retrouve souvent ce genre de profil dans l’animation occasionnelle) : une personne qui ne pense qu’à s’amuser, à faire un peu n’importe quoi en espérant que les enfants/jeunes seront ses « potes », ou au contraire une sorte de « croque minettes » qui ne pense pouvoir se faire respecter qu’en hurlant ou en exigeant le « silence total »… Ces deux types d’animateurs se font généralement bouffer au bout de deux ou trois jours !

Qu’est-ce que tu préfères dans ton métier actuel ?
De le pratiquer ! Non plus sérieusement, j’aime pouvoir être toujours en création, en réflexion
Avec les personnes que j’accompagne, j’aime découvrir sans cesse de nouvelles choses, car dans l’animation, et à plus large spectre le social, la polyvalence et la curiosité sont des atouts !
J’aime aussi ce métier car on y rencontre énormément de gens, souvent de façon éphémère, mais avec simplicité ! En fait, l’animation socioculturelle porte bien son nom, dans le sens où elle conjugue vraiment l’idée d’accompagner/d’être l’adulte référent avec celle d’être « artiste » et spectateur de chaque moment !

Qu’est-ce qui, au contraire, te plait moins ?
Je vais tenter de résumer, sinon on en a pour la journée ! Déjà, il ya le manque de reconnaissance (de notre métier, des diplômes, ect…) ; le Contrat d’Engagement Éducatif (CCE) qui, bien qu’il soit en pleine réforme, nous condamne à travailler 14h par jour en séjour, et à être payés 2h !
Comme je le disais précédemment, il y a aussi la mentalité qui règne chez beaucoup de personnes qui font ce boulot durant leurs propres vacances (même si c’est agréable de travailler avec des gens qui ne sont pas forcément dans le secteur de l’animation à l’année) qui consiste à être parfois j’men foutiste ! Ainsi, pas surprenant que les parents nous disent « Bonnes vacances ! » quand on récupère leurs enfants !

En quoi nos métiers, éducateurs et animateurs, sont proches ? Ou différents ?
Ils sont proches dans le sens où nous créons de la relation dans l’accompagnement, même si celui-ci se fait différemment ! 
En ce qui concerne l’animateur, il dispose d’outils bien particuliers, qui lui offrent peut-être plus de légèreté ? En tout cas, il a l’occasion de cultiver l’aspect ludique de l’accompagnement. Quand je parlais tout à l’heure du fait d’être artiste, cela passe par exemple par la maitrise des outils de l’imaginaire : certains seront portés sur les activités manuelles, d’autres sur les jeux d’eau, d’autres sur la nature, le théâtre, le cirque… (le BAFA propose d’ailleurs autant de spécialisations pour le dernier stage dit d’approfondissement) !
Mon petit plaisir ludique ? Le jeu de société interactif comme « Le loup-garou » : cela mêle théâtre et jeu de rôle, stratégie, apprentissage de la démocratie et de la justice/injustice… En tant que maître du jeu, j’y apporte tout un univers propre au séjour qui se déroule ! (« les loups-garous de thiercelieux », 13 euros environ !)

Pour illustrer ma réponse, je vais proposer quelque chose que m’a appris un des mes mentors en animation (bien sur ce n’est qu’un plan, la réalité est variable) :
• Le psy va travailler autour de la personne pour définir ses caractéristiques, son potentiel, son profil etc... ;
• L’éducateur va travailler auprès de la personne, pour déterminer son évolution, lui ouvrir des portes, travailler sur ce qu’a établi la personne elle-même ou les personnes ayant travaillé autour d’elle (psy, parents…) ;
• L’animateur va accueillir la personne telle qu’elle est. Pour lui faire vivre des choses, il va non pas s’adapter à la personne directement, mais adapter l’environnement pour lui ouvrir des portes vers l’imaginaire, le jeu, l’apprentissage
Par exemple si j’ai envie d’amener les enfants à apprendre des choses sur l’univers pirate ou l’histoire du Moyen-Age, le fait de créer, avec l’espace que j’ai, un château ou un rafio, de me déguiser, de me mettre dans un personnage va permettre à l’enfant/l’adulte de rentrer dans cet univers malgré lui (quoique)… le plus dur est ensuite de quitter cet univers en douceur !

Est-ce que tu souhaites ajouter quelque chose ?
Oui, juste un « merci » de m’avoir accordé cet espace de parole !
Si ça vous intéresse, il existe un site assez extra pour trouver des ressources, infos, et offres d’emploi dans l’animation (à utiliser avec précaution, car on y trouve de tout !) : Planet' Anim, le portail de l'animation
C'est à vous !
  1. Un grand merci à Nicolas pour cet article très agréable à lire. J'aime écouter, lire ces gens qui sont pleins de pêches et avec ectte envie d'échanger et de faire évoluer ses pratiques. Dans mon boulot, on me qualifie souvent d'être optimiste et déconneuse;) en me rétorquant que c'est rare... Moi, je trouve cela vital et nécessaire pour soi, pour les Autres. Voilà, c'est chouette de croiser (même virtuellement)des personnages frais et dispos;)) Bonne continuation, Nicolas!! Mooi

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