30 décembre 2011

L'Ifon m'a tuer


Quelquefois ici, j'ai pu écrire des textes d'humeur qui à première vue, n'avaient pas grand chose à voir avec le métier d'éducateur spécialisé mais que j'avais quand même envie de partager avec vous. Alors, après Durkheim m'a tuer, je vous livre aujourd'hui L'Ifon m'a tuer. Pour le plaisir.

Je l'ai acheté avec la légèreté de celle qui revendique et affiche son indépendance. Il fallait bien avouer ; à montant égal, valait mieux acheter l'Ifon plutôt qu'un autre. Nulle aliénation dans cet acte. Je ne cessais d'ailleurs de déblatérer à qui voulait l'entendre que, sans être dans un conservatisme acharné, je m'intéressais à la modernité. Mais que, tout en vivant avec mon temps, je gardais un œil avisé sur les mécanismes de la main invisible (oui, cette grosse main aux doigts dodus qui berce les rêves d'enfants des classes populaires).
Alors je l'ai acheté, le bel objet. Libre toujours. Libre à jamais. Il brillait l'objet. S'adaptait à la perfection à tous mes autres objets au même logo. Rien à faire. La technologie m'eut démontré une nouvelle fois sa merveilleuse adaptation aux affres de la vie en société. Steve (Jobs oui) avait encore brillé de sa perspicacité. 
Tout à coup, on frôlait la complétude. Il n'était même plus nécessaire de désirer, l'Ifon devançait le manque. Tu ne veux pas, il te donne. Tu ne fais pas, il invente. Il a bien fallu que j'le crache le morceau et qu'à mon geek de boyfriend, j'avoue : "Oui l'Ifon est un bel objet".
Mais attention hein. J'ai continué à ignorer les vagues d'aliénation de la masse piégée, à revendiquer ma liberté et à réduire l'objet à ce qu'il était : un téléphone.
Et moi à ce que je suis : un être manquant que nul objet ne peut assouvir.

Alors certes.
Certes, là où j'étais, brillaient sa coque et son arrogance.
Certes, j'avais le pouce habile et la navigation facile.
Certes, je passais plus de temps à lire mes mails qu'à regarder mon prochain dans les yeux.
Certes, l'objet partageait l'abri conjugal, tantôt sous l'oreiller, tantôt dans la poche du pijama.
Certes, il était devenu ma première et dernière préoccupation quotidienne.
Certes.

Nulle justification pour l'aliénation. Bien sûr, j'ai quelquefois froncé les sourcils, constatant que la technologie moderne avait inventé des réflexes psychomoteurs à mon quotidien. J'ai quelquefois ressenti une drôle de sensation dans mon estomac ; angoisse subite quand, un subtil instant, il me semblait que mon Ifon était ce que le crochet était au Capitaine. Une seconde seulement, j'aurais du approfondir l'idée. Voire la conceptualiser.
J'ai préféré l'ignorer, libre et libertine.

Puis le jour est arrivé (j'ai toujours pensé, avant de détenir l'Objet, que la nature triompherait un jour et qu'elle finirait par anéantir l'Homme, petit être aliéné et inconscient).
Un dimanche. Une calanque. Un belvédère. Un tableau idyllique... comme on fait par chez moi. Ils ont tout pris les bougres : mon panier d'osier (l'idéal se cultive), mes baskets Adi... (ah bon ?), mes lunettes de vue Guc.. (revanche d'une enfant des classes populaires, un instant d'égarement), mon pull Niaf-Niaf (une erreur de parcours), mon Ifon, mes papiers d'identité et d'inclusion sociale (carte bleue en tête), ma trousse Agnès B. (un cadeau, j'te jure), mon mémoire, mon Vuibert DC4, mes fiches de révision... Z'ont tout pris, les canailles.
Me restait mon appareil photo, ma sidération et ma honte. Au départ, j'ai souri, nonchalante, résignée. Ce ne sont que des objets après tout, continuons notre route, vas-y file-moi ton Ifon que j'mette un mot sur Fessebouc.
C'est limite si, après quelques heures, je ne me sentais pas libérée.
Puis, quelques heures encore après, je me sentais tellement libérée que nue en fait. Parce qu'à mesure que le temps s'égrenait, je prenais conscience de toutes les petites choses que j'avais perdues dans cet innocent panier en osier (photos de famille que je ne retrouverai plus, mon adresse, mon nom, mon prénom, ma vie, un texte (très) intime qui faisait office de marque-page...)
Je n'avais plus d'Ifon mais surtout, j'ai très vite été prise d'un sentiment bien plombant assorti de l'étrange impression de me dématérialiser. C'est un peu comme si moi, ma petite personne, était aux mains d'étrangers, intrusifs et curieux, fouillant ma vie et mes pensées. En vrai, on s'en fout de moi, je ne suis rien sur cette grande planète aux multiples stars de cinéma mais quand même... j'me sentais toute chose. Vide. Vidée.
Avec pour seule compagne une soif d'ivresse à n'en plus finir.

Puis est arrivée la vie sans Ifon. Qui l'eut cru ? Même pas moi, enfant rebelle des temps modernes.
Que faire de mon pouce nonchalant ? (aurais-je pu dire aussi "ballant")
Comment retrouver mon chemin dans cette ville aux mille entourloupes urbaines ?
Que faire de ce temps suspendu ?
Mais surtout, comment gérer mes expériences anthropophotographiques qu'avec mon écran Rétina et mon mode silencieux, je me plaisais à illustrer sur Instagram ? (qui a parlé de consumérisme acharné ?)

Le temps est passé et a fait son œuvre. Sans-papiers et sans Ifon, l'essentiel m'est violemment revenu à la figure et j'ai du avouer à moi-même, pire juge de l'humanité : "Oui je suis une enfant de l'aliénation". Et ça, j'vous assure, ça m'a mis un coup.
J'ai arrêté les photos incongrues avec regret mais j'ai aussi longtemps attendu avant de refaire mes papiers, j'ai arrêté d'acheter parce que sans carte bleue, l'Homme moderne n'est rien, j'ai cessé de me cacher derrière l'Objet... Cinq jours après, je suis tombée enceinte. J'aime à croire que c'est parce que mon esprit s'est rendu plus disponible. Moins obstrué.

Bon. Depuis j'ai récupéré un Ifon. Mébon. C'est un peu comme de la récup'... du développement durable en quelque sorte.
C'est à vous !
  1. Je kiffe!!!! Je n'ai jamais voulu d'Ifon et je n'en VEUX PAS!!! ;)) Oui, ça peut faire hystérique qui résiste malgré ses pulsions enfouies de consommatrice à la con mais non, je vous jure, cette ***** ne me tente même pô. J'ai d'ailleurs vécu récemment une situation assez drôle (et un peu flipante quand on y réfléchit). Je suis allée acheter un nouveau mobile chez "mon" opérateur référent. J'avais pas mal de points et pouvais largement faire l'acquisition du saint-graal en question. Seulement, j'ai insisté pour qu'on me donne un téléphone qui téléphone et pi voilà. La vendeuse, insistante au début, les clients autour de moi choqués par mon refus ("COMMENT??? Elle ne veux pas d'Ifon?? Cette fille a un sérieux problème c'est sûr!!".C'est sûr), m'a laissée repartir, écoeurée, avec un téléphone avec des touches et pi c'est tout. "Une dingue dans sa tête cette nana" ;)) Mon homme possède, lui, l'Objet. Et bien moi j'dis, TOUT CA POUR CA???? Mouep, et après un visionnage récent d'une émission Artesiènne sur la fameuse Apple/Ifon Mania et bien...Je n'ai qu'une seule chose à dire : FUYONS LES GARS!!!!!! Après, j'ai d'autres addictions auxquelles je n'ai pû résister dans ma vie et aujourd'hui encore mais chuuuut...Mooi

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  2. Salut célia s est flo, je suis actuellement éducateur depuis plus d un an dans un village que tu connais bien, puisqu'il s'agit de cazoul les beziers. J ai trouvé une structure qui me permet de valider le diplôme en VAE,pense tu que le guide pourrai m être utile?Félicitation pour l'heureux événement a venir . Flo.

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  3. Bonjour Flo !
    Mais qui es-tu donc ? Bien sûr je connais Cazouls puisque j'y ai vécu quelques années... On se connaît ?
    Dis-moi, c'est quoi les épreuves de la VAE, que je puisse répondre à ta question ?! En attendant, tu peux consulter le sommaire ici : http://celiacarpaye.blogspot.com/2011/11/le-blog-de-lauteur.html
    A bientôt

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    1. Tu connais beaucoup de flo qui habitait a cote de l IUT ? Justement je ne les connais pas les épreuves de la VAE c est tout le problème mon patron est assez vague mais il me reste encore un an et demi donc pas d urgence

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    2. Tiens, regarde je suis tombée sur ce lien : http://www.cfts-formation.fr/site/index.php?option=com_content&view=article&id=73:artvaeaduspe&catid=34:categorie-cfts
      et en bas, y'a marqué les types d'épreuves à passer donc je te dirais, sans hésiter, oui, le guide est à mon avis très adapté car c'est quasi les mêmes épreuves que les éducs en initial.

      C'est quoi comme structure qui t'accueille ?

      Pour ce qui est de ton identité... j'ai envie de te dire que j'te crois pas mais bon pour ça, écris-moi sur carpaye.celia@gmail.com parce que bon... hein.. ;-)

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  4. Association carapas petite structure on acceuil 6 ou7 jeunes ase ou pjj qu On oriente vers la professionnalisation avec l aide du réseau qu on s est crée grace au rugby . Quand a mon identité oui c est moi je jetterais un œil sur le lien des que j ai le temps merci beaucoup a bientot

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    1. Intéressant, j'ai un peu bossé en PJJ en 2ème année... Mais j'aurais jamais cru qu'ils installent ce genre de structure à Cazouls beach ! (et qui l'eut cru qu'on partage un jour le même métier !)

      Et sinon je t'ai dit des bêtises, je me suis un peu renseignée sur Fb hier sur la VAE tout ça... et voilà ce que les gens en disent, à la question : est ce que le guide pratique peut correspondre à ceux qui sont en VAE ?
      1. Non, c'est une autre logique qui correspond à l'administration de la preuve de la compétence via le compte rendu de l'expérience.
      2. Non effectivement c'est une démarche différente, mais il permet de mieux appréhender les 4 fonctions de la profession d'éduc et de ne pas partir dans tous les sens lors de la mise en preuve de nos compétences.

      Et une autre personne conseille ce site : http://vae-educ.blog.mongenie.com

      Voilà, si tu veux entrer en contact avec eux-elles, c'est sur mon espace Fb pro : https://www.facebook.com/celia.carpaye

      A bientôt !

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  5. Bonjour Celia, bon pas d'Ifon pour ma part (joli l'article), je suis un résistant de la dernières heure, croc-magnon qui s'attarde devant le sapiens (de Noel)...

    Je viens de commencer ma formation d'AMP et souhaite la valider en ES d'ici 5 ans. Je prends contact avec la blogosphère environnante. J'ai aussi beaucoup aimé la voix de Lana...

    A bientôt ;)

    Marc.

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    1. Bienvenue à toi alors, Marc !

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    2. Hey, c'est au moins le Marc qui est maintenant en formation de Moniteur Educateur qui est également passé à l'Ifon si je ne me trompe pas.
      En tout cas Célia, très beau texte qui l'a fait prendre conscience que le processus d'aliénation est très rapide. Le portable, le passe-temps moderne. Quand on attend ? Quand on est chez soi ? Quand on s'ennui ? Il a toujours la bonne réponse. Mais qu'en est-il de l'imagination ?

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    3. Mouarf, Merci Célia, j'ai eu mon diplôme et suis actuellement en formation. Suis abonné à l'ifon en plus [Mode vendu ON]

      Marc.

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