18 août 2012

La voix de Lana... sur l'hospitalisation


Encore une fois, Lana questionne l'inépuisable notion de normalisation, à travers ce texte que je trouve particulièrement poignant. Elle nous montre l'indicible violence de l'hospitalisation, le silence forcé, orchestré. Le silence de fait.

Ils t’ont brisé.

Neuf mois dans leur ventre vide, neuf mois derrière leurs grilles, pour que tu renaisses à la vie. Leur vie.

C'est leur travail, il fallait que tu penses autrement ou que tu te taises. Il fallait que tu avales leurs médicaments ou que tu restes enfermé.

Ils sont contents, ils ont fait leur travail. Tu avales comme il faut tes médicaments tous les jours et tu te tais. Trop de médicaments pour que tu aies encore quelque chose à dire, mais quelle importance tant que tu ne dis pas ce qu’il ne faut pas ?

Si tu veux être, sois, mais sois comme eux ou ne sois rien. Il n’y a pas d’alternatives pour ceux qui n’ont pas la force d’arracher leur différence avec rage.

On n’appellera plus la police pour des broutilles puisque tu ne sors plus de chez toi. Tu ne dérangeras plus personne puisque tu ne vois plus personne.

Tu ne penses plus de travers mais qui sait ce que tu penses puisque tu vis comme si tu étais mort ?

Tu fais ce qu’il faut pour que leur travail soit justifié. On ne te voit plus à l’hôpital, ni sur les toits d’une église, ni parcourant des kilomètres la nuit. La nuit tu dors, et cela dès dix-huit-heures trente. Le jour tu restes seul et ne perturbe plus le quotidien des gens comme il faut.

Tes désirs, tes rêves et tes fugues, ta folie et ta vie, tout cela a disparu sous une dose trop élevée de médicaments et neuf mois d’enfermement vide, froid et inhumain.

Maintenant tu es normal. Tu ne dis plus rien. Et c’est bien ainsi. Pour eux, c’est bien ainsi.

Ils t’ont brisé.


C'est à vous !

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