19 décembre 2012

Y'a pas que les VAD dans la vie


8h55. Je traîne ma nonchalance sur cette place populaire où se mêlent vendeurs à la sauvette, mendiantes matinales et commerçants complaisants. J’aperçois Bob au loin, plus fou que jamais. Il chuchote à l’oreille du soleil en agitant les bras. Ses cheveux et sa barbe ont poussé, frisottent, transpirent et trainent le sarcasme de cet été écrasant. Son baluchon a grossi, il porte un bermuda jaune à fleurs et des sandalettes de plage, il a les traits marqués par un soleil devenu trop menaçant.

Quelques mètres derrière lui, je distingue le pas décidé de J.-M, ce philosophe bavard qui avait bien d’autres choses à faire que de devenir fou. Ses cheveux ont poussé à lui aussi. J’observe, silencieuse, la douce folie qui se lit sur son visage cerné de tics et sur sa gestuelle imprécise.

Un jeune homme traîne ses Doc Marteens et ses pupilles dilatées en vociférant à l’aveuglette, le front suant. Voyageur égaré entre la toxicomanie et la folie. Il rejoint une jeune fille d’une vingtaine d’années qui pleure parce qu’elle voudrait bien une cigarette.

9h00. Je monte au bureau.

10h00. Je pars en visite à domicile. Un mec aux bras tachetés bloque sur une gouttière. Immobilisme dérangeant. Transcendant. Deux mètres derrière lui, son campement de fortune donne des airs d’apocalypse au macadam endormi. Au milieu du désordre, il y a une poussette dans laquelle deux bambins semblent dormir.

11h00. Je regagne le bureau. L’homme aux pupilles dilatées me dit que j’ai des yeux magnifiques. Je souris aux siens, écartelés par le singe noir.

Devant la porte du bureau, je croise Simon. Je ne l’avais plus vu depuis des mois. C’était presque devenu un copain à l’époque, ce mec de la rue avec qui j’avais passé des heures parce qu’on était juste bien ensemble. Il me dit qu’il va bien, qu’il a cessé de boire il y a une semaine, qu’il continue son bonhomme de chemin. Un enfant mendiant interromp notre conversation pour nous quémander quelques pièces. Simon pose sa main sur sa tête enfantine et moi je souris quand même.

17h00. Je rentre chez moi. L’homme aux bras tachetés est allongé au milieu de la chaussée, le nez pointé vers l’azur insolent. Il semble mort. Les bébés ne sont plus là. Mais il y a pleins de poussettes vides.
C'est à vous !

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