16 août 2013

Le train et l'enfant


C’est l’été. Les vacances. Soleil et sable entre les orteils. Tout ça.
Toi tu habites déjà au soleiletsableentrelesorteils alors, comme tu veux être dans le mouvement, tu pars. Hors de chez toi.
Pendant que les uns descendent, toi tu montes. Facile.

Te voilà donc en route vers la célèbre gare de Marseille où il fait bon arriver, un sac à dos au dos et un bébé de 18 mois au ventre. T’as chaud un peu mais t’es quand même une guerrière, il t’est arrivé pleins de trucs dans ta vie (genre tuer un moustique en Bulgarie, refuser la connivence d’une assistante sociale, écrire un livre en accouchant, survivre au vol de ton Ifon) donc tu gères. Ta fille signe qu’elle veut descendre du porte-bébé mais toi, tu lui expliques qu’elle descendra lorsque vous arriverez dans le train. Elle accepte, bonne joueuse.

Tu arrives à ton siège après quelques sueurs sous les aisselles.

Voilà ma fille, on va voyager ici pendant 5 heures. 
5 heures ?
Et oui, 5 heures, fillette. 
Ziva, assieds-toi je vais poser le sac à dos et boire un coup – toi aussi d’ailleurs tu sues des cheveux – puis on va y aller.

Tu es prête. Ca va mieux. Tu as bu de l’eau, t'es assise, ta fille met sa main dans tes nichons mais ça va, tu gères. Puis d’un coup elle crie. Très fort. Pas le cri du nourrisson apeuré par le vide autour de lui et l’immensité de ce monde sans foi ni utérus. Non le cri d’une 18 mois qui sert à S’EXPRIMER. Pas un cri de princesse ou de fée niaise non non, le cri des mioches que tout le monde regarde et qui provoquent des « oh putain, je tombe toujours sur le wagon où il y a des mioches criards. J’ai vraiment trop la loose » (toi aussi, tu voyages dans le wagon « mioche criaird » ? Moi aussi. Avant. Quand j’étais une célibataire romantique et voyageuse).

Tu gères grave. Tu es calme. Patiente.

« Pépito, je me sens stressée quand tu cries. Je n’arrive pas à bien t’écouter. J’ai besoin qu’on me parle doucement pour écouter. S’il te plait, essaie de me demander doucement ce que tu veux ».
D’une voix fluette, elle me murmure alors un « Maman » et signe une demande quelconque. 
Au choix : descendre du siège, non en fait, remonter sur tes genoux maman, boire, manger, la mer, mets-moi les lunettes de soleil maman, non en fait mets-les à doudou lapin, c’est trop mortel de rigolo quand tu fais ça, monter sur le haut du dossier pour faire le cheval. Au choix. Et par répétitions inversées aussi.

Le problème, c’est que le cri du 18 mois, il est assez spontané. Impulsif, généreux. Il le surprend lui-même. Genre, d’un coup d’un seul, hop, un cri est sorti. Puis, de suite, un « maman » fluet vient préciser la demande de l’enfant mais trop tard, les voyageurs alanguis se sont retournés, ont fait le regard noir du célibataire romantique. Et toi tu enfonces un peu plus ton cul dans le fauteuil moelleux et tu souris.

Tu gères.

Elle veut descendre, Pépito. 

Ok. Vas-y, marche, va voir le chien là-bas oui. Tu peux le caresser oui. Mais non pas te laver les mains dans sa gamelle, ça c’est pas possible bébé. Ni ramasser les miettes de la moquette sncf. Et encore moins les manger. Bon viens, je vais te lire une histoire. Oui j’ai pris le livre avec des photos d’animaux. De la forêt et de la montagne oui. Oulala quel beau koala (il a un peu les dents jaunes quand même tu trouves pas ?). O le beau bouquetin. Oui un bouquetin on dit. Ah mais pourquoi tu cries ? Ah tu fais le bruit du bouquetin ok. Mais il crie pas le bouquetin chérie, il… heu… il fait quoi le bouquetin ? Je sais pas. Il bouquette mon cœur. Comme ça « chuuut ». Voilà, c’est ça. Mais pourquoi tu cries encore ? Allez viens on va faire une promenade, pendant que certains ne réalisent pas la chance qu’ils ont de lire des livres en écoutant Beyoncé dans leur I-truc tout en tournant leurs cheveux entre les doigts.

Tu gères grave. Vous êtes à Aix-en-Provence. L’idée c’est d’aller à Tours. Tu as déjà fait Bangkok-Lampang (15 heures) avec l’enfant il y a quelques mois en train. Voire Paris-Bangkok (15 heures) en avion. Sans doudou lapin. Donc tu vas pas te laisser impressionner par un voyage de 5 heures en première classe SNCF-moquette-et-kinderbueno.

Entre Lampang et Chiang Mai, Mai 2013
Tu as trouvé un petit fauteuil isolé dans le couloir. Entre les toilettes et la cuisine. Merveilleux. Tu as eu la non moins merveilleuse idée de ramener cet objet en bois qui consiste à placer trois perles sur une tige horizontale. Ca, c’est le jeu qui laisse Pépito concentrée au mois cinq minutes dis-donc. Sauf que là, les perles elles roulent. Elles roulent parce que le train il roule. Alors Pépito, elle, elle pleure.

Toi tu es calme. Patiente. 

Tu as rangé ton romantisme au fond du sac et tu la prends dans tes bras : « Pépito, je te comprends, c’est très énervant de perdre ses jouets parce que le train il roule comme un dératé (quelle idée hein). Viens, on va les ramasser ensemble, tu es d’accord ? ». L’enfant hoche la tête et vous voilà gesticuler dans le wagon pour ramasser les pièces perdues.
Ô mais voilà un escalier. La fillette étant dans sa phase « j’apprends à monter et descendre les escaliers toute la sainte journée », elle trouve là une activité idéale. Ok. Toi ça te gonfle un peu les escaliers mais ça fait longtemps que tu as renoncé à chercher ce qui t’excite. Alors tu prends la douce main de ton Pépito et une marche, deux marches, trois marches… Ô mais la rampe elle est trop haute. Et puis c’est pas simple parce que le train il fait rien que rouler alors la fillette, elle manque de rouler aussi. 
Donc elle pleure. 
Elle crie en fait, mais avec de l’eau dans les yeux.

Viens là, mon ange, oui tu peux mettre ta tête dans mon cou parce que celui qui a inventé le cou, il l’a forcément fait pour accueillir les têtes d’enfants qui trouvent que la vie elle est relou. Oui je comprends, c’est pas facile pour toi de rester dans ce train et de ne pas pouvoir faire ce que tu veux mais s’il-te-plait, peux-tu lâcher mes cheveux parce que, comment te dire, ça fait mal.

Ô regarde le miroir. C’est qui dedans ? Ah bah non, ne le lèche pas, c’est sale Pépito.

« C’est tous les jours comme ça ? » il te demande le contrôleur barbu, sympathique mais bourru. Non monsieur, c’est pas tous les jours qu’on prend le train cinq heures. D’habitude, Pépito c’est une enfant libre, qui court partout, qui évolue librement, qui a toutes ses activités à disposition, qui a le droit de crier à certaines heures et selon certaines conditions, qui a plus de droits que d’interdits. 

Alors forcément, non c’est pas tous les jours comme ça, monsieur.

Marseille, Juillet 2013
C'est à vous !
  1. je fais régulièrement St Raphaël/Paris avec ma poupette de 18 mois, haha, mais c'est trop ça.
    Je crois que je t'aime.
    (et tu sais quoi, avant je prenais l'ergobaby mon ami, et depuis que je prends la poussette, ben elle dors dedans la mioche. Au moins 1h30 (et là, truc de ouf, je sors mon Macchéri pour mâter une série - non, pas un livre, je peux plus me concentrer suffisamment)

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  2. Bonjor Célia,
    Votreu écriture est agréable. Votre blog riche.
    Il lui manque la pudeur, dommage.
    L'écriture au service d'une idée ou d'une émotion vient éveiller notre (celle des lecteurs)spiritualité et notre créativité s'il elle est pratiquée avec pudeur. Sans la pudeur, elle titille seulement nos affects primaire et une réflexion faites de comparaisons basiques.
    L'écrivain ne doit pas se mettre en avant mais s'incliner face aux mots qui le déborde.
    Dommage, vraiment.
    Cordialement,
    Martin Féruvier

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    1. N'importe quoi !
      "il lui manque la pudeur" => n'importe quoi.

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