4 septembre 2013

On n'a rien fait

Rue Léon Bourgeois, Marseille


Alors voilà, je suis de permanence téléphonique aujourd'hui. J'en ai un peu marre de la permanence mais quand même, j'ai envie d'y mettre du coeur. De donner aux gens quelque chose de vrai, ce quelque chose si étrange qui se déroule dans un lien non physique, dans une relation duelle. Si proche et si loin en même temps.

- Céliaaaaa. J'ai un problème d'antenne. J'en peux plus. Je déprime grave. J'ai besoin de la télé sinon je sens que je vais devenir violente. Il n'y a que ça qui me maintient en ce moment.
- Ok. Je comprends. Le souci, c'est que tous les membres de notre équipe sont en rendez-vous actuellement, ton rendez-vous n'est pas prévu aujourd'hui. Laisse-moi un peu de temps que je vois ce qu'on peut faire, mais je ne te promets rien...

Toute l'équipe est occupée. Tout le monde est en visite à domicile.
Sauf nous.
Ma collègue Colette et moi, on est dispos.
Et nous deux, on a pas la télé chez nous.
Et nous deux, on y comprend rien en antenne. 

Mais bon. Il n'y a que nous. 
"On peut être là dans 15 min mais je te préviens, tu vas avoir les deux plus incompétentes de l'équipe, en matière d'antenne. Il est donc possible que nous n'y arrivions pas hein."

Nous arrivons. Elle nous montre un câble pleins de fils dénudés et un trou dans le mur. L'idée c'est de relier les deux fils en cuivre là-tu-vois. Sauf qu'il n'y a quasiment plus de câble et qu'il faut pas trop se rater (rapport sans doute à une impulsivité incontrôlable qui lui fait "péter les câbles" de manière régulière et organisée).

Il faut dénuder un fil. Je prends un ciseau. Et coupe le fil.
Oups.
Colette, à toi. 
Colette, elle s'acharne grave. Elle gratte le fil, elle tente de le cisailler avec douceur pour ne pas commettre la même erreur que moi (bécasse), car on a vraiment plus de marge de manoeuvre quoi. Au bout de quinze minutes d'acharnement, on se dit qu'on va pas y arriver en fait. Que c'est la loose grave parce que la grande dame qui attend sa télévision, elle commence à claquer des dents. Et quand elle claque des dents, ça craint.

"Non mais attends, on va essayer avec la plaque électrique. Tu sais en prison, j'ai appris pleins de trucs. Donne-moi ça, vas-y. Je vais essayer", qu'elle dit. 

En quinze secondes, elle a dénudé le fil. Hop hop hop, la plaque a chauffé, le plastique autour du câble a cédé.

En vingt secondes, elle s'est agenouillée devant le trou dans le mur et relie les fils entre eux. 

- Vas-y, enroule ce fil autour de celui-là s'il te plait, elle me dit.
- Ok mais... heu... tu veux pas couper l'électricité ?
- Mais n'importe quoi, y'a pas d'électricité là, regarde... 
- Ah bon ? Pas d'électricité. Ok. Bon vas-y, dis-moi, lequel j'enroule ? 
- Cui-là. Colette, ouvre les volets, on n'y voit rien.

Voilà. Elle a mis son antenne. Et elle nous a appris à le faire. Au moins, on saura pour la prochaine fois. Ou pour quelqu'un d'autre.

Avant de partir, elle nous glisse quelques mots :
"Je ne vais pas bien en ce moment. C'est difficile. Je me suis battue encore. C'était dur la prison, il y a des choses que je n'arrive pas à supporter. Je me défends comme je peux. Merci d'être venues, les filles, ça m'a fait du bien".

Pourtant, nous on n'a rien fait. 
C'est à vous !
  1. La présence, le lien, les ressources personnelles.
    Tout est là.

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  2. La médiation éducative = la VAD.
    Le média = l'antenne.

    ;-)

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  3. Vivement le prochain épisode: "La réparation du pétage de plomb!!!"

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  4. Non le média c'est le câble, celui qu'on manque de couper, de dénuder trop fort... Mais au final, elle savait, il fallait juste que vous soyez là...

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    1. Oui tout à fait. Tu vois, j'y connais vraiment que dalle :D

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