27 février 2014

Ô les émotions !


La vie, c'est le mouvement. Une image est immobile. Pour ressembler à une image, l'enfant a dû tuer le mouvement en lui.Isabelle FilliozatAu coeur des émotions de l'enfant

Ce blog s'est officiellement ouvert à la question de la parentalité positive depuis l'article Parent, ce métier impossible (oui, oui, le numéro 2 est en préparation) alors voilà, moi j'suis comme ça, je vais parfois aborder ici des questions qui concernent principalement les parents ; il me semble toutefois que les outils évoqués peuvent intéresser aussi des éducateurs ou intervenants auprès d'enfants ou de jeunes adolescents. A voir...

Alors aujourd'hui, je te parle des émotions. Ô les émotions.
Ô ces choses-là qui prennent tant de place dans notre vie, régulent les relations entre les gens, ne se contrôlent pas, tentent de se maîtriser... ô les émotions. Avant de rentrer dans le coeur du sujet, considérons donc tout de go que l'émotion est chose normale, légitime, universelle, saine.
Dans un numéro de 2006, la revue Sciences Humaines affirmait d'ailleurs le propos suivant : "On ne peut pas ne pas ressentir d'émotions et ne pas être influencé par elles. L'humain, comme tous les mammifères, est équipé de série d'un logiciel de réactivité émotionnelle : nous n'avons pas besoin d'apprendre la peur ou la colère, mais l'environnement nous apprendra par contre de quoi avoir ou non peur, sur quoi nous mettre ou pas en colère, etc. Le déclenchement des émotions est automatique : seule leur régulation est sous le contrôle relatif de notre volonté. Les émotions représentent ainsi une forme d'intelligence préverbale et préconsciente. Elles sont des structures préparées de réponses, intervenant de manière automatique dans les processus adaptatifs. Depuis Charles Darwin, nous savons que nous disposons d'une gamme d'émotions dites « fondamentales » : colère, tristesse, joie, honte... qui sont innées et universelles, et remplissent une fonction adaptative précise. Seules l'expression et la modulation de ces émotions mais non leur existence dépendent de l'environnement."

Je trouve cet extrait relativement parlant quant à l'aspect utilitariste et ordinaire de l'émotion.

Ceci étant dit, parlons maintenant de l'enfant. L'enfant, le peut-être divin, mais surtout l'émotionnel enfant. Evidemment, ils ne sont pas seuls à ressentir des émotions mais ils représentent quand même cette partie étrange de la population qui les exprime de manière parfois... comment dire... explosive ?
Oui l'enfant est un enfant (je l'ai déjà dit ici, mais au cas où, je le redis).
Non l'enfant n'est pas un mini adulte.
Oui l'enfant est pourvu d'un système cognitif et neurologique particulier, qui n'est pas celui de l'adulte.
L'adulte a appris à exprimer (ou pire, refouler !) ses émotions d'une manière socialement acceptable, au regard des codes de la société dans laquelle il vit n'oublions pas.
L'enfant, lui, il est submergé par l'émotion.

Je me souviens avoir écrit ce petit bout de texte sur ma petite Pépito lorsqu'elle commençait à ressentir des choses fortes. Elle avait 18 mois à ce moment-là et j'étais fascinée par la puissance de ses états émotionnels :
Elle découvre les émotions.
L’amour, l’élan d’amour. Elle serre très fort sa peluche qui sent mauvais, l’embrasse et rit d’un rire cristallin parce que c’est intense, l’amour. Ca prend comme ça, alors qu’on ne s’y attend pas et il faut faire quelque chose pour décharger. Quelque chose de puissant. Moi parfois, lorsque je suis débordée d’amour, je l’embrasse. Je lui dis « Je t’aime ». Je lui crie « Je t’aime ». (...) Elle est seule et pourtant c’est comme si j’en aimais mille. Elle découvre l’amour elle aussi. Elle rit fort. Crie. Serre fort cet être bienveillant qui la suit depuis sa naissance.
Et parfois, elle compresse nos joues entre ses mains taquines et nous croque le nez en y laissant un filet de bave. Comme ça. Dans un élan d'amour qui ne se contrôle pas.
Elle découvre aussi la colère. La frustration. Comme on voudra.
Aujourd’hui par exemple, elle est concentrée sur ce jeu qui me semble difficile pour son âge. Concentrée, le sourcil froncé, l’œil affuté, l’avenir du monde semble dépendre de la réussite de son œuvre. Je prépare le repas et j'entends des cris étouffés ou des cris tout court. Je l’entends râler puis rire. Rire et pleurer. Grogner et puis se taire. Quand je lève la tête, elle est en train de se taper les joues et la tête. De colère. Elle ne supporte pas de ne pas arriver à fixer ce satané canard dans l’encoche prévue à cet effet.
J’ai mal de la regarder se faire mal ainsi. Je suis vraiment touchée. Ca m’a l’air si difficile de grandir. Vouloir faire tant de choses. Vivre le manque. L’insatisfaction. Alors qu’un canard dans une encoche, c’est une histoire de vie ou de mort. Ca la submerge cette émotion. Elle n’y peut rien. Elle vit toutes ces choses à l’intérieur d’elle-même qu’elle ne peut pas toucher mais qui la bousculent, la bouleversent, l’entraînent sans qu’elle n’y puisse faire grand-chose. Sa colère, j’ai l’impression de pouvoir l’attraper, tellement elle est tout azimut. Elle circule dans la pièce et je la vois se débattre. Je suis touchée mais je lui fais confiance. Je n’interviens que lorsqu’elle m’appelle en me tendant une étoile de mer un peu bizarre. Je la guide à voix basse pour ne pas heurter sa concentration. Quand elle y arrive et qu’elle crie « bavooo » en tapant des mains, je lui dis « Tu as l’air contente » et quand elle grogne parce que la queue du poisson ne rentre pas, je lui dis « ça te met très en colère ».
Elle accepte de poser son jeu pour venir manger. Je l’assois sur sa chaise, lui présente une première assiette. Un peu violemment, elle la repousse. Je lui présente une deuxième assiette. Elle la repousse encore en jetant son lapin au sol. A la troisième assiette, elle se tire les cheveux. Je suis très touchée par cette colère qui est toujours là, parmi nous. Qui la dépasse, qui déborde, qu’elle ne maîtrise pas. « C’est difficile de faire partir cette colère, hein ? Elle est encore là. C’est vrai que ça t’a demandé beaucoup d’énergie et de concentration ce jeu. Est-ce que tu veux boire avant de commencer à manger, pour laisser le temps à la colère de partir un peu ? »
Elle boit de l’eau et mange. Ce fut une épreuve. Une épreuve d’enfant.
Petite, minuscule pour l’adulte. Si importante pour l’enfant.
J'avais vraiment été touchée par la manière dont Pépito vivait les petites épreuves qui étaient les siennes et je me souviens m'être dit que comme l'amour qui submergeait l'enfant (ou la joie), la colère ou la tristesse étaient vraiment des sources de tensions extrêmes.
Les enfants, ils aiment à la folie furieuse. Et ils sont en colère à la folie furieuse aussi.

Bref.

L'émotion, chez l'enfant, elle est normale, légitime, parfois explosive. Une des manières de l'aider à les vivre de manière sereine consiste à les parler simplement, à les décrire quand elles arrivent : "Je vois que tu es très en colère", "Tu as l'air contente d'avoir réussi cecicela", "Ca te rend très triste que Mamie s'en aille", etc... sans les assortir de jugements néfastes et toxiques (quand bien même seraient-ils positifs, ils restent des jugements de valeur).

Pépito, elle a eu deux ans dimanche dernier. Et à deux ans, c'est bien connu, les émotions c'est tout azimut, ça fait du bruit, ça explose partout, tout le temps. J'avais vu sur Internet un sac à émotions, j'en ai parlé autour de moi et une amie lui a offert ce merveilleux cadeau.
Pour voir ledit sac, suis ce lien.

Le voici en image :

Tu peux donc y apercevoir de gauche à droite en partant d'en haut : la mauvaise humeur, la colère, la joie, la tristesse, l'amour et la douleur (ou la maladie).

Alors, Pépito elle est encore un peu jeune et les émotions, c'est juste le début mais quand même, j'ai été très étonnée de la manière dont elle s'est appropriée le sac. Ce qui est vraiment très sympa à l'heure actuelle, c'est que nous parlons des émotions tout simplement, à la fois dans un objectif de banalisation mais aussi pour leur donner de l'importance. Voici, pour toi, lecteur, une partie de notre conversation :
- Alors ça c'est quoi ?
- Kalèr !!
- Oui c'est la colère. Ca t'arrive parfois ?
- Oui. Maman...
- Ah oui, moi aussi parfois, je suis en colère c'est vrai. Alors je râle un peu. Parfois je crie. Et toi, tu fais comment ?
- Rhaaaaâaaa !!
- Oui tu râles voilà. Est-ce que tu pleures aussi ?
- Oui. Bouhhh (simule le pleur).

Bon je t'fais pas toutes les émotions hein, t'as compris le principe. Les émotions, on les touche, on les manipule, on les parle et c'est vachement rigolo. Elle aime d'ailleurs beaucoup les piocher au hasard et deviner à quoi elle correspondent.


Mais on peut aussi les utiliser avec des enfants plus grands pour leur demander de déterminer l'émotion qui a dominé leur journée par exemple, et reparler à la fin de la semaine de quelques évènements marquants si besoin.
Ici, le côté sensoriel est vraiment sympa mais il est aussi possible d'utiliser des images.
Sur Facebook, une des personnes avec qui je suis en contact m'avait envoyé une photo d'un tableau qu'elle utilise régulièrement avec sa fille un peu plus grande :


Ce genre d'outils me semble tout à fait adapté à des groupes d'enfants en collectivité également (IME, MECS, toussa...).

A côté de ça, j'ai découvert une super collection de livres adaptés aux enfants à partir de 2-3 ans. C'est la maison Piccolia qui les propose ; ces ouvrages évoquent les émotions simplement, sans jugements, juste en les décrivant, avec des illustrations simples et jolies. A la fin de chaque livre, une page est destinée aux parents pour tenter d'expliquer en quoi l'émotion concernée peut permettre à l'enfant d'entretenir une bonne estime de lui-même.

Voici l'exemple de l'ouvrage "Quand j'ai peur" (et pardon pour la qualité médiocre de la photo) :


Le seul bémol que j'émettrais, c'est qu'il s'agit d'un animal alors que les enfants en bas-âge n'ont pas forcément l'imagination suffisante pour faire la part des choses (tu vois Pépito, elle comprend pas pourquoi les chiens ils font caca par terre dehors alors que dans son livre, ils font dans un pot).

Voici quelques ouvrages de la collection (nous avons seulement la peur pour l'instant (et la colère est en commande (si tu vois ce que je veux dire))) :






Pour aller encore un peu plus loin :

C'est à vous !
  1. Bonjour Célia,
    je suis la créatrice du petit sac à émotions. Je voulais vous remercier de tout coeur d'avoir partagé votre expérience. Je suis très touchée, j'espère que vous vivrez encore de bons moments avec lui !
    bonne journée,
    Catherine / Bykiki

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  2. Bonjour Célia, je découvre votre blog et cet article que j'apprécie tout particulièrement...je suis éducatrice en crèche et enceinte de 9 mois...je partage vivement ce que vous abordez...et j'aime tout particulièrement votre écrit sur les émotions de votre petite. J'aime la façon dont vous le transmettez et votre positionnement par rapport à ses émotions, j'espère savoir accompagner de cette manière notre petit garçon...
    Aussi, connaissez-vous ces éditions:

    http://www.pourpenser.fr/livres/

    J'apprécie beaucoup leurs livres, mais ils font également des jeux...

    Et merci du partage, du sac à émotions! c'est une excellente idée!!
    Belle journée,
    Alexandra

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