20 avril 2014

Enfance et découvertes

Une fois n'est pas coutume ; aujourd'hui, je te propose un article sur l'enfant, le merveilleux enfant. Comme je l'ai déjà dit, ce blog s'ouvre peu à peu à des questions de parentalité, dans l'idée aussi que vous êtes, certains d'entre vous, en contact avec des enfants dans vos métiers respectifs, ou lors de stages et que vous semblez plutôt intéressés par ces questions. Ainsi, que ce soit auprès de ses propres enfants, d'enfants en crèche ou en Maison d'Enfants à Caractère Social (MECS), ou en Institut Médico-Educatif, ou que sais-je encore... je pense que ces articles peuvent trouver leur intérêt ici (sinon, hésite pas à me le dire, je suis ouverte à la critique).

J'utiliserai volontairement le féminin ou le masculin pour décrire l'enfant, sois pas étonnée, c'est mon côté "soutien aux minorités"

Comme tu le sais, parce que tu as lu mon article sur les émotions, ou aussi celui sur l'éducation non-violente & co, j'ai une petite fille. De deux ans. Qui s'appelle Pépito, quelque chose comme ça.

Deux ans, c'est un âge particulier.
Parce que l'enfant est dans une vision du "Moi" de plus en plus unifiée.
Parce qu'il utilise le langage pour faire exister ce "Moi" et qu'il se délecte de cette nouvelle merveilleuse liberté de pouvoir faire vivre des mots, des sons, des idées, des désirs.
Parce qu'elle se perçoit de plus en plus comme une personne à part entière, capable de positionnements indépendants de ses parents.
Parce qu'il vit des émotions fortes, si fortes...
Parce qu'elle est curieuse, à l'écoute, la sensibilité sensorielle à fleur de peau, l'oeil affuté, l'oreille aiguisée.

Cette curiosité-là, beaucoup s'en émerveillent en décrivant cette "innocence de l'enfance". C'est vrai que c'est touchant d'assister à la découverte du monde par un oeil neuf. J'aime passer du temps à observer cette Pépito naissante, dans le coin d'une pièce ou à l'extérieur et je dois dire, je m'émerveille assez facilement de ces petits rien qui l'aident à se construire jour après jour.

Dans mon attitude et les transmissions que j'ai envie de lui apprendre, certain-e-s le savent déjà, je m'appuie sur la pédagogie Montessori, j'ai d'ailleurs fait une formation cette année pour approfondir quelque chose qui me passionnait mais que j'avais besoin de mieux comprendre. Cette formation m'a donné des clés pratiques pour accompagner Pépito dans ses apprentissages, notamment pour les temps à venir où elle n'ira pas à la maternelle mais sera dans des périodes sensibles d'apprentissages ; mais j'ai surtout pu affirmer des positions personnelles sur l'attitude des éducateurs, quels qu'ils soient (parents, proches, famille, enseignants, éducateurs spécialisés, etc...). J'en avais déjà parlé dans un article précédent ("Moi, maman ignorante") mais juste pour un rappel rapide, voici les quelques caractéristiques qui, selon moi (mais surtout selon des gens qui ont écrit, théorisé, débattu sur la question), permettent à l'enfant de grandir et se construire en fonction de ce qu'il est réellement et non de ce que d'autres attendent de lui (je te la fais rapide hein, tu peux en savoir plus en lisant les articles de la rubrique Parentalité Positive/Education non-violente) :
- Le non-interventionnisme ;
- La mise en place d'un environnement physique et affectif secure qui permette à l'enfant une totale liberté de mouvement et d'expérimentation ;
- L'observation fine (parce que nos enfants sont tous singuliers et que chacun évolue différemment) ;
- La disponibilité physique et affective ;
- La remise en question de notre position, le questionnement permanent ;
- La mise à disposition d'activités permettant à l'enfant de faire des erreurs/expérimentations et résoudre des problèmes sans avoir à être interrompu ou aidé.

Il y aurait certainement des choses à ajouter mais je dirais que c'est ici un mix de plusieurs "méthodes" qui, personnellement, me conviennent bien dans l'idée que je me fais de l'éducation.

Jusque là, Pépito était curieuse de tout ; elle pouvait passer beaucoup de temps avec trois couvercles et deux pinces à linge, vagabonder ici et là dans ses découvertes etc... mais nous sommes arrivés à un âge où les activités que je lui proposais sont devenues un peu lassantes et plus vraiment adaptées à son âge et à ses nouvelles propensions à apprendre. J'ai donc revu la disposition de l'environnement (notamment en prévision des activités purement Montessori que nous commençons très doucement depuis peu (et de l'arrivée imminente de sa petite soeur)) et impulsé de nouvelles choses.

Je pourrais décrire toutes ces choses, mais je voudrais surtout parler ici d'une activité que je lui ai proposé récemment, en ce début de printemps plutôt agréable. Nous vivons en centre-ville et nous sommes donc assez limités en terme de découverte de la nature et autres pérégrinations champêtres. Mais quelle chance, nous habitons à côté d'un grand parc. Vendredi matin, donc, j'ai proposé à Pépito de nous y rendre et de ramasser des choses. Ce qu'elle voulait.


Voici donc comment s'est déroulée cette activité, sachant que je n'avais pas trop d'idées au départ :

- Le matin : nous avons pas mal marché et observé la nature qui nous entourait. Il ne faisait pas super beau, nous étions donc plutôt seules, ce qui a favorisé l'écoute, l'observation, les discussions etc... sur les oiseaux, les fourmis, les arbres, les fleurs, les machins quoi. On se rend pas compte mais même loin de la campagne, pleins de choses peuvent être observées et parlées avec un enfant en bas-âge et en demande de découverte. C'était par exemple la première fois que j'étais amenée à expliquer à Pépito que "les fourmis allaient chercher à manger pour amener dans leur maison blabla" et elle était complètement subjuguée par ce que je lui racontais, accroupie près de la fourmilière, les coudes sur les genoux et les deux mains sous le menton. Mais encore fallait-il se baisser très très bas, se faire toutes petites et se taire un petit instant...
Elle a ramassé des machins et des trucs, moi aussi, puis on est rentrées.

- L'après-midi, après la sieste j'avais donc disposé sur sa table d'activité un grand plateau, trois contenants dont un rempli à moitié d'eau et le sac dans lequel attendaient tous les machins ramassés le matin. "Tu te souviens, ce matin, on a ramassé des feuilles, des fleurs, des cailloux... Je te propose de faire ce que tu as envie maintenant. Tout est encore dans le sac, j'ai amené trois sortes de bol, celui-là a de l'eau dedans. Tu fais l'activité dans le plateau et quand tu auras fini, on nettoiera et on rangera".

Y'a des gens, ils nous offrent des sacs de toute beauté, que veux-tu.
Et la voici donc, dans un premier temps, sortir ses trouvailles et les placer dans le plateau. Elle a d'abord sorti toutes les feuilles et les a coupé, comme lorsque nous coupons vulgairement des épinards ou des feuilles de blette à la main. Sur le moment, je me suis dit "Oh bah c'est dommage, on avait trouvé de jolies feuilles et elle les déchire" mais évidemment, je me suis empêchée d'intervenir et l'ai laissé faire, de ma place discrète, derrière elle sur une chaise. Ce sont ces toutes petites choses qui me font réaliser à quel point nous attendons des choses de l'autre (notre enfant, mais aussi les gens que nous pouvons accompagner dans notre travail) ; bien que je ne me le sois pas formulée a priori, j'imaginais certainement qu'elle observerait les feuilles, les nervures, les machins et les trucs mégatrop intéressants de la nature. Mais en vrai, à deux ans, elle adore m'aider à cuisiner et elle a donc fait la même chose avec les feuilles, point barre.

Elle a passé un très long moment, absorbée par son plateau, à manipuler, couper, mais surtout à tremper dans l'eau, sortir de l'eau, remettre dans l'eau, ressortir de l'eau, verser dans un contenant puis un autre. Elle a aussi regroupé tout ce qui avait la forme d'une boule pour toucher leur texture, les faire flotter dans l'eau etc... Elle n'a jamais tourné la tête vers moi, et quand elle a eu fini, je suis intervenue pour l'aider à nettoyer.


Ca a l'air de pas grand-chose comme ça, et effectivement ça n'est pas grand-chose pour nous qui connaissons un peu le monde, depuis le temps, mais il me semble que pour un petit enfant de deux ans, cette idée de plateau à thème (ou plateau d'observation, ou plateau sensoriel) est une bonne base pour expérimenter et apprendre sans l'adulte (mais avec lui, quand même un peu hein, t'as compris). Et puis surtout, ça peut évoluer avec l'âge (mais l'enfant ne va pas observer les mêmes choses à 6 ans par exemple, il pourra même associer à ses observations une recherche Internet ou des livres si besoin), les saisons, les choses vécues... On peut aussi avoir un vivarium pour observer rapidement quelques insectes qu'on replace ensuite dans leur habitat naturel, etc.. Les possibilités sont larges, à l'instar de l'imagination de l'enfant, et surtout... sans investissement financier particulier.

Pour finir, voici un article qui expose différents types de bacs sensoriels : Clique ici.
C'est à vous !
  1. Merci pour cet article, encore une fois très intéressant. Ça entre en résonance avec ce que j'apprends en ce moment de la médiation thérapeutique / artistique, et me donne matière à réfléchir sur les différentes approches que l'on peut proposer (avec ou sans consigne, même pour des adultes) !

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  2. Bon, on est dans l'expérimentation permanente avec toi... C'est bien... J'ai pu me rendre compte de mes grossières erreurs et de mes talents trop directifs en matière d'ateliers avec des 6-12 ans... ça date un peu mais j'en ai encore une bonne mémoire... Il s'agissait de réaliser une fresque murale assez grande représentant un aquarium avec plein de poissons multicolores, découpés dans du contre-plaqué à la scie électrique type "découpes fines"... le tout peint par les minots et les adultes qui voulaient bien ajouter leur touche perso. Je me rappelle combien il était parfois difficile d'animer l'atelier, soit parce que certains étaient dissipés, ou d'autres s'y prenaient "mal" (j'utilise volontairement le terme): en gros, il faut laisser sécher entre la couche de fonds et les motifs sinon ça fait des patés... Bref, comment arriver à atteindre un objectif avec des individualités en herbe, des tentatives d'expression, des techniques à acquérir pour certains, de l'assurance pour d'autres... Comment réaliser une oeuvre collective qui soit le fruit des individualités participantes et ne pas focaliser sur sa propre finalité???

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