17 février 2015

Je suis Moi. Et toi ?


Ce matin, après une nuit sans sommeil, j'ai erré sur la toile, de liens et liens et de pages en pages en ayant l'impression de procrastiner mais en fait non, je procrastinais pas du tout, je lisais des trucs vraiment passionnants. J'ai eu, du coup, une idée lumineuse (le manque de sommeil me rend un peu maniaque*, soyez-en avertiEs) :
J'ai décidé d'organiser un nouveau concours pour ceux et celles qui auraient envie de recevoir un exemplaire dédicacé de mon dernier ouvrage "Les habitants voyageurs. Chroniques de la folie en mouvement". Ou pour ceux et celles qui tout simplement auraient envie d'écrire. Ou de participer à une sorte de patchwork de l'espèce humaine.

Mais attends, avant de t'expliquer en détail de quoi ça s'agit tout ça, je voudrais partager avec toi deux de mes découvertes matinales. Deux découvertes qui ont inspiré cette idée merveilleuse.

J'ai vu d'abord un court-métrage, je l'ai publié sur Facebook, sur Twitter parce que tu comprends, ça m'a fait un effet un peu bouleversant, ce truc-là. Il s'agit du film "Skhizein", réalisé par Jérémy Clapin, c'est une histoire de place(s), de centimètres et de météorite(s). Et de schizophrénie. Moi ça m'a fait mal mal mal dans mon dedans. Vraiment. Je te laisse regarder.



Ensuite, j'ai lu un article de Lana, qui a publié quelquefois sur ce blog il y a quelques années. Son blog s'appelle Blogschizo et propose des articles passionnants, drôles, tristes, engagés autour de la maladie mentale. L'article qu'elle a écrit aujourd'hui se nomme "Marre des clichés", je te propose de le lire ici (ça te détendra après avoir visionné "Skhizein") :
J’en ai marre. Marre d’entendre et de lire des clichés sur la schizophrénie.
Les schizophrènes sont plus intelligents que les autres, moins intelligents, plus artistes, plus dangereux, difficiles à gérer dans les services de psychiatrie, sont des êtres christiques en devenir, ont une aura indigo, souffrent de séquelles irréversibles, doivent prendre des médicaments à vie, ne peuvent pas guérir, sont de pauvres types frustrés, sont des personnes, des génies, sont victimes de graves carences en vitamines, etc.
J’arrête là. Je sais, il ne faut jamais aller lire les commentaires sur internet. Trop tard, c’est fait. Et je voudrais juste dire qu’il faut arrêter avec les généralités.
Parce que la schizophrène, elle en a marre, Marre de se voir mettre dans le même moule que 60 millions d’autres personnes dans le monde parce qu’elle vit avec la même maladie qu’eux.
Donc, je vais vous dire un truc. Pas que je suis une personne, parce que j’espère bien que vous l’aviez déjà remarqué, mais que je suis moi. Je suis râleuse, révoltée, curieuse, cartésienne, athée, je parle trop vite et trop brusquement, je suis organisée, je ne peux pas vivre sans lire, je suis libraire (pour l’instant), j’ai un chien, j’aime les séries américaines, je suis féministe, j’aime le cinéma et les expos, et, oui, je vis avec la schizophrénie. Et je n’entends jamais dire « les diabétiques ou les cancéreux, ils sont comme ci ou comme ça » et vas-y que je les mets tous dans le même sac. Alors, j’aimerais vraiment, mais vraiment, arrêter de l’entendre sur les schizophrènes.
S’il faut qu’on vous précise que les schizophrènes sont des personnes, que certains sont intelligents et d’autres bêtes, qu’il y a des artistes et d’autres qui ne le sont pas, si vous ne comprenez pas pourquoi il est normal et tout à fait sain de ne pas s’adapter à la vie en HP, si vous nous condamnez à la maladie à vie alors qu’on n’a pas vingt ans, si vous avez peur de nous, c’est vous qui avez un problème avec la schizophrénie. C’est vous qui confondez maladie et personnalité. C’est vous qui ne comprenez pas les schizophrènes. parce que tout ce qu’il y a à savoir, c’est que les personnes vivant avec la schizophrénie ont en commun certains symptômes, et que nous n’allons ni détruire ni sauver le monde avec notre dangerosité ou notre « christicité » en devenir. On a juste envie qu’on nous regarde comme une personne particulière, pas comme un cas psychiatrique qui représenterait tous les autres.
Et si vous n’avez pas compris ça, que vos étiquettes sont réductrices et nous dérangent, alors il vaut mieux que vous vous taisiez quand le sujet de la schizophrénie est abordé.
PS: mon taux de vitamines est parfait !
A l'instar du court-métrage proposé plus haut, j'ai eu l'impression que tout ça c'était juste une histoire de place(s)... une confusion, voilà, tout simplement, une confusion entretenue par une grande majorité de personnes qui pensent que LA bonne place est la leur et le reste étrange(r), pas à sa place. J'ai eu l'impression, encore une fois, que tout ça, c'était juste une histoire de perceptions, tellement prégnantes, tellement ancrées dans les têtes et les esprits qu'elles deviennent réelles et douloureuses pour ceux et celles qui vivent avec une maladie mentale, en particulier la schizophrénie.
J'ai eu envie de dire qu'elle avait raison Lana :
"C'est vous qui avez un problème avec la schizophrénie".

Au lieu de ça, une idée - fantastique ? - m'est venue : celle de nous mélanger, nous touTEs, avec nos joies et nos tares, nos maladies et nos compétences, nos défauts et nos manies. Nos envies, nos bizarreries, nos hontes et nos qualités.
J'ai eu l'idée de foutre un bordel monstre dans l'univers des représentations sociales.
J'ai eu l'idée de nous livrer sincèrement, avec la plus grande sincérité, pour montrer à quel point il n'est d'étiquettes que celles qui excluent et divisent.
J'ai eu l'idée de dire que nous étions tous des gens, pleins de gens, des fous des jolis, des rigolos des pas contents, des gens. C'est tout, voilà, des gens.

Alors je voudrais donner un nom à ce concours. "Je suis Moi". Genre comme ça tu vois :


En une dizaine de lignes environ donc, je te propose d'écrire quelque chose à partir de ces trois mots. Ce que tu veux, vraiment. Tu peux choisir de signer avec ton prénom, nom, surnom, anonyme, profession... Libre à toi.
Tu enverras ensuite ton texte sur mon adresse mail : carpaye.celia@gmail.com avant le Jeudi 26 février, date à laquelle je publierai l'intégralité des textes reçus, sans censure, sauf évidemment en cas de propos racistes, insultants and co (mais j'te connais, t'es pas comme ça, toi).
Pendant une semaine, je proposerai aux personnes inscrites sur ma page Facebook de voter pour le texte qui les aura le plus touché/émue/fait rire/fait chialer, etc. Le 5 mars, je donnerais le nom (ou le surnom) de celle ou celui qui aura remporté le concours.

Pour me plier au je(u), je te propose un petit extrait du livre "Les habitants voyageurs" (oui je sais j'aurais pu être plus joyeuse mais que veux-tu on choisit pas ses fous) (et oui je sais, je suis hors-concours donc ça fait plus de 10 lignes, que veux-tu ça commence là l'insoumission) :
Lorsque j’avais six ans, j'étais l'enfant bizarre : celle qui écrasait les mouches avec le pouce et pinçait les petites filles jusqu'au sang en les regardant froidement dans les yeux. A huit ans, je prenais des coups de ceinture sur mes fesses nues parce que ça donnait du pouvoir à un adulte. A dix ans, je dénonçais un homme responsable d'actes répréhensibles sur mineur de moins de quinze ans, à savoir moi-même. Un autre jour, je menaçais un homme avec un couteau parce qu'il avait tapé ma mère et que je devais protéger la fratrie. A dix-huit ans, j’entendais dans ma tête une voix féminine fort désagréable, surtout quand je fumais des clopes au réveil. A vingt-trois ans, je fréquentais un Centre de Soins pour les Toxicomanes (CSST) pour rencontrer un psychiatre et me fournir en ordonnances parce que je savais ce qui était bon pour moi. A vingt-cinq ans, personne n’avait encore décidé si j’étais bipolaire ou borderline alors j’ai décidé d’être libre.
Aujourd'hui, sous la douche, j'ai besoin de ma dose d'adrénaline. Alors, je m'offre des instants de vertige en faisant rougir ma poitrine ; parfois, je suis forcée de m'asseoir pour ne pas tomber à la renverse. Je me défonce à l'eau chaude en quelque sorte.
Aujourd’hui, je vis chez moi mais j’ai aussi vécu dans la rue, à l’hôtel, chez des amis, dans des trains, dans un Foyer de Jeunes Travailleurs, dans une voiture, avec un pornographe, un toxicomane sous substitution, un rugbyman, un footballeur, un journaliste, un cocaïnomane, un alcoolique, un clandestin, une vierge, un chinois et un écrivain.
Je ne me sens pas très bien en foule, ça me rend étrangère à moi-même. Je ne supporte pas que gmail dise de moi que je suis invisible. (...) J’écris « pour survivre, pour ne pas perdre la tête, (…) pour n’être pas seul[e] ».

Ca te dit ? A ton clavier !

* au sens psychiatrique du terme oui.
C'est à vous !

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