13 mars 2015

Hope, un film troublant.

Affiche film Hope

"Tu penses à la souffrance que tu as laissé derrière toi. Et même quand tu te blesses, tu ne le sens pas. Il faut courir ce jour-là pour ne plus jamais courir de toute ta vie. Tu sais que tu es arrivé là où tu voulais. La terre promise.
Hier soir, je suis allée voir un film que j'avais envie de voir depuis longtemps. Hope. J'en ressors troublée. Toujours aussi blessée. Révoltée.

Ce film, sorti en salles le 28 janvier 2015, a été réalisé par le français Boris Lojkine et traite des conditions que rencontrent les communautés africaines migrantes lors de leur épopée vers l'Europe.

En route vers l’Europe, Hope rencontre Léonard. Elle a besoin d’un protecteur, il n’a pas le coeur de l’abandonner. Dans un monde hostile où chacun doit rester avec les siens, ils vont tenter d’avancer ensemble, et de s’aimer.
Voici la bande-annonce :



Comme tous les films et documentaires traitant de l'immigration, ce film est dur, brutal, violent. M'intéresser à cette problématique me plonge toujours dans un profond désarroi ; entre tristesse et colère, je rage de vivre dans un pays qui participe de près ou de loin à l'appauvrissement et à l'exode obligé de certaines populations au profit d'enjeux économiques qui nous dépassent.

Ce film, pourtant, est encore particulier et ne ressemble à aucun autre. Entre le documentaire et le film traditionnel, il nous offre une vision crue et très réaliste d'une des facettes de l'immigration. En effet, il se passe des traditionnelles images de pirogues et de mers déchaînées pour décrire ce qu'on connaît déjà de ce phénomène, laisse juste deviner les habituelles étapes des routes de l'immigration (négociations avec des passeurs, traversées difficiles, abandons des passeurs dans le désert, manque d'eau et de vivres etc...) pour démontrer avec la plus grande précision le phénomène des ghettos communautaires.

En effet, lors des traversées migratoires, les personnes s'arrêtent dans des villes étapes, villes dans lesquelles les attendent des lieux de vie et de transit appelés "ghettos communautaires" (beaucoup de migrantEs se retrouvent coincéEs dans ces villes étapes, s'étant fait dérober l'argent accumulé pour le voyage lors de contrôles musclés destinés à soutirer des pots-de-vin aux migrantEs. Certains restent là des années durant sans jamais pouvoir continuer leur route, les femmes recourent souvent à la prostitution, contrôlées par des proxénètes véreux et c'est ainsi que se met en place un esclavagisme d'un autre temps soutenu par la corruption).
Les "ghettos communautaires" sont des sortes de lieux d'habitation où sont réuniEs les migrantEs en fonction de leur pays d'origine, dirigés par des "chairman" qui n'hésitent pas à soutirer - encore - ce qui reste éventuellement à ceux et celles qui ont pris la route pour l'Europe et à profiter de ce nouveau business qu'est le trafic d'immigréEs.

Ce film, Hope, donne à voir cette facette là de l'immigration ; le racisme, l'injustice, la corruption vécus à l'intérieur même des chemins de l'immigration. Et c'est dur à voir. Dur de se dire qu'on a eu la chance, nous, de naître du bon côté du monde avec un papier qui dit qu'on a le droit de vivre là, d'y respirer, d'y consommer alors que d'autres n'auront que l'espoir de supporter les conséquences d'un capitalisme poussé à son extrême, dans lequel les plus forts appauvrissent les plus faibles pour ensuite leur refuser la liberté de circulation.

En même temps, ce film traite de l'immigration féminine, encore plus difficile plus douloureuse que celle des hommes puisque les femmes représentent un marché juteux et lucratif, avec leur corps à vendre et à exploiter.

Ce film est dur et présente une vérité de laquelle nous n'avons pas le droit de nous dérober, sans toutefois se laisser aller à un voyeurisme facile et malsain. Même s'il me plonge aujourd'hui dans une grande tristesse, je ne veux jamais jamais jamais fermer les yeux sur ce que notre monde fait subir à ses habitantEs. Et je voudrais le partager avec vous pour que jamais jamais nous ne fermions les yeux devant l'insupportable.

Je voudrais conclure cet article par un bout de texte qui m'a particulièrement ému lors du concours "Je suis Moi", si son auteure m'en donne la permission :

"Aujourd'hui, j'ai rencontré des gens qui vivent à Calais. Ils ne sont pas calaisiens, ils ne sont pas français, ils ne le seront sûrement jamais. Ils sont là en transit. En attente de passer, ou pas, la frontière de leur "bonheur". Là où leur eldorado les attend, en quête d'une autre vie, qu'ils espèrent meilleure. Ce sont des "migrants" comme on les appelle. Ils étaient 500 à attendre l'unique repas quotidien. J'ai eu le plaisir de leur distribuer ce repas si important, si essentiel, le repas de la survie. J'ai été dans une "jungle" c'est comme ça qu'on appelle les campements de fortunes dans lesquels ils tentent de survivre. J'ai échangé avec eux, serré des mains, enlassé des inconnus. J'ai vu des enfants affamés, des femmes amaigries, des hommes enragés, déterminés. Mais avant tout j'ai rencontré des Humains, des vrais, comme on en croise peu. J'ai vécu en immersion la misère humaine comme on ne peut même pas se l'imaginer. J'ai vu des hommes forts, courageux, qui gardent le sourire au-delà des épreuves que leur propose la vie. Leurs journées sont rythmées par l'attente, le froid, la rue, la faim, le racisme, la violence, mais aussi l'empathie, l'entraide, le soutien, l'espoir. Trop plein d émotions. Bien loin de la vision de nos écrans télévisés, dénaturée, modifiée, amplifiée, grotesque, mensongère, j'ai été à Calais..."
Une éducatrice spécialisée en formation



Pour aller plus loin, je vous propose également quelques pistes (non exhaustives évidemment) :

Guide migration au féminin La Cimade
Petit guide pour conjuguer la migration au féminin. La Cimade, Juin 2013. (Cliquez sur l'image pour y accéder librement)
"N'en déplaise à nos représentations, les femmes migrantes sont là, d’autant plus déterminées que le chemin migratoire a été éprouvant, d’autant plus actives qu’elles doivent prouver encore davantage, d’autant plus fortes que leur situation, et de femme, et de migrante, les rend plus vulnérables aux discriminations et injustices sociales. Elles existent et agissent pour et par elles-mêmes, tributaires de notre incapacité collective à penser la complexité et la diversité de leurs situations et parcours de vie privée et professionnelle."

Livres migrations immigration
Ma sélection d'ouvrages sur les questions de la migration.
(Cliquez sur l'image pour y accéder)


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