23 mars 2015

Mon mémoire d'éduc.

mémoire éducateur spécialisé Célia Carpaye

Lorsque j'ai publié l'ouvrage "Le guide pratique de l'éducateur spécialisé" en 2011, j'ai mis à disposition mon mémoire de fin de formation sur un site dédié. Je m'aperçois aujourd'hui que peu de personnes savent qu'il est en accès libre, j'ai donc décidé de le publier sur ce blog.

INTRODUCTION DE MON MEMOIRE

(Pour le télécharger dans son intégralité, cliquez ici)
Mon étranger, ta vérité. Dérive vers l’étrange. Drôles de mot, posés à la hâte sur un journal de bord quand, l’instant d’une rencontre, les évidences furent bouleversées. Images mentales d’un homme au corps difforme et à l’esprit aliéné par cette inconnue folie. Les représentations ont la dent dure ; la peur côtoie le misérabilisme et la sollicitude prend la forme de la fascination.
Ce sont des instants de vie, empruntés par tout un chacun. Je me souviens de cette après-midi là, à siroter une limonade à une terrasse de café d’Aix-en-Provence. Cet homme aux traits tirés et au rictus édenté qui hurle contre l’invisible. Qui me demande l’heure sans me regarder avant de repartir, volubile. Il y a bien quelqu’un ou quelque chose près de lui ; nous en avons pour preuve l’insistance du regard vers cet autre invisible, la sincérité du discours, l’intensité de la douleur qui semble le traverser. Je me tourne vers mon ami et m’interroge tout haut : « Mais que voit-il ? Qui voit-il ? Comment l’Homme peut-il tant s’égarer ? Comment le cerveau peut-il à ce point faire souffrir un Homme ? ». Tant d’interrogations que je semble partager avec ces autres clients attablés, effarés ou curieux, amusés ou fuyants.
Tentation serait grande de porter du mépris au voyeurisme ambiant, alimenté par le traitement sensationnel de certains faits divers. Mes interrogations sont pourtant le reflet de mes propres représentations sur la question énigmatique de la folie ; cette inconnue folie qui questionne le sens et les limites de l’existence. Profonde curiosité de ce qu’est « être un Homme », la fascination a certainement constitué la première marque de l’intérêt que j’ai pu lui porter ; d’abord par la lecture, ensuite par la volonté d’entreprendre un parcours universitaire de type « Psychologie ». J’ai fini par laisser de côté ces questions pour me consacrer à un bilan de compétences, posant la part d’indicible de la condition humaine comme un postulat quasi philosophique. Continuant à m’intéresser à cette question, j’ai poursuivi mon enrichissement personnel par la littérature et le cinéma tout en construisant un nouveau projet professionnel : devenir éducatrice spécialisée.
Cette formation a fait pour moi l’objet d’expériences qui ont permis la construction praxique de ma future profession. En première année, j’ai choisi d’intégrer un Institut Médico-Éducatif (IME) au sein duquel j’ai pu interroger la question de la normalisation au regard des potentialités que je pouvais découvrir chez ces enfants dit « inadaptés ». Lors de la deuxième année de formation, j’ai eu l’opportunité d’effectuer un stage pratique au sein d’un foyer rattaché à la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ). J’ai pu y questionner l’action de l’éducateur spécialisé dans le cadre d’un mandat judiciaire, soumis par conséquent à la contrainte. Pour cette dernière année de formation, j’ai pu rejoindre l’Équipe Mobile Psychiatrie Précarité (EMPP) M. de l’hôpital S. de Marseille, équipe dont la mission s’inscrit dans la rencontre et l’accompagnement des personnes sans-abris souffrant de troubles psychiatriques sévères.
Forte de l’élaboration d’une posture professionnelle, il s’agissait pour moi de construire un savoir circonstancié sur la question de la psychiatrie, de ma place de future éducatrice spécialisée. Ce que j’ai pu décrire précédemment comme une « profonde curiosité » s’inscrit aujourd’hui dans la construction d’une professionnalité qui dépasse mes premières représentations.
Au-delà d’une réflexion globale sur la question psychiatrique, j’ai choisi d’intégrer cette équipe pour son aspect novateur ; s’appuyant sur les concepts de la santé communautaire, l’EMPP propose en effet un accompagnement basé sur la valorisation des pairs dans le rétablissement des personnes psychotiques.
Ces pratiques sont d’une grande richesse et bouleversent les rapports entre professionnels et personnes accompagnées ; en parallèle, un certain nombre d’observations de terrain m’a amené à relever certains paradoxes, au regard du vécu individuel de la psychose. La construction de ma problématique pose par conséquent la question de la place de l’éducateur spécialisé dans des pratiques communautaires.
Afin de développer cette réflexion, j’ai choisi de partager mon mémoire de fin de formation en trois parties. Dans une première partie, je tenterai de décrire la teneur de l’intervention de l’EMPP, de manière théorique et concrète. C’est ici que seront abordées les différentes notions utilisées dans le cadre de l’EMPP.
La deuxième partie sera l’occasion d’aborder les différents paradoxes que j’ai pu identifier par des observations de terrain. En m’appuyant sur les missions de l’éducateur spécialisé, je proposerai une ou plusieurs hypothèses de travail.
Celles-ci se traduiront dans une dernière partie par la mise en place d’un projet éducatif spécialisé. Par le questionnement éthique de la démarche de projet et d’évaluation, j’essaierai de démontrer la nécessité des ajustements permanents pour une prise en compte singulière des personnes accompagnées.


C'est à vous !

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