10 avril 2015

Burn-out maternel et balivernes.


Aujourd'hui, je voulais travailler sur le prochain cours que je proposerais bientôt sur le blog. Et puis en fait, j'ai décidé d'écrire un article. Sur les mères, le burn-out maternel, l'épuisement, la dépression appelez ça comme vous voulez. La société. Et le travail social. Parce qu'en fait, en deux-trois jours, j'ai lu/appris/entendu/vécu un certain nombre de choses qui m'ont donné envie d'en parler.

Le burn-out maternel c'est comme les serviettes hygiéniques ; ça doit rester caché.


BURN-OUT MATERNEL : je ne connaissais guère ce mot avant la naissance de ma toute petite qui a aujourd'hui 10 mois. Ca a commencé en rigolant sur Twitter quand j'utilisais de manière très vulgarisée le hashtag #BurnOutMaternel pour illustrer mes péripéties maternelles. Tiens, regarde un peu :

Burn-Out maternel Twitter

Je rigolais un peu, histoire de ne pas me pendre me sentir seule, en me disant que tout ça passerait bientôt car je me rappelais bien, avec mon premier bébé, c'était passé un jour tout ça. Et puis un soir, je me suis demandée si je n'utilisais pas ce mot à tort et à travers. J'ai tapé "Burn-out maternel" sur Google puis j'ai plus trop rigolé, avec mes cernes et ma solitude en plein été. Je me suis dit que, si je ne présentais pas (encore) les signes d'un burn-out, j'en étais une candidate idéale. Perfectionniste, exigeante avec moi-même, passionnée, débordée, fatiguée très fatiguée etc... ce que je lisais me parlait pas mal.

Puis les mois ont passé. Et ça n'est pas trop passé tout ça. Ma toute petite n'avait pas vraiment de soucis, sauf un. Et pas des moindres. Elle ne dormait pas. Et par voie de conséquence : moi non plus.
Et quelques un.e.s le savent ici, il est hors de question pour moi de laisser pleurer mon bébé ou d'appliquer tout ce qu'on peut mettre sous l'appellation Violence Educative Ordinaire, qui consiste globalement à conformer le bébé ou l'enfant à nos exigences d'adulte en ignorant ses besoins spécifiques.

Je ne vais pas rentrer dans les détails de ma vie parce que je sens que je vais encore en écrire des tonnes mais voilà, je m'épuisais tranquillement et au bout de quelques mois, je rigolais plus trop. Ni sur Twitter, ni ailleurs parce qu'en plus d'avoir un bébé tellement tonique qu'il n'en dormait pas la nuit, j'avais une vie personnelle en vrac très compliquée toussa.

Je sais pas quand j'ai commencé à repenser à ce mot. Burn-out. Peut-être quand j'ai donné une tétée en pleurant à 2h du matin ? Peut-être quand mon bébé est tombé, échappant à ma vigilance à force d'être trop épuisée ? Ou quand je n'ai plus eu envie de voir mes enfants le matin ? Ou peut-être quand me réveiller le matin me plongeait dans une profonde angoisse ? Ou peut-être quand j'ai quitté la pièce en claquant la porte et que ma fille de 3 ans a pleuré longtemps longtemps en me disant "maman tu m'as fait peur" et que j'ai culpabilisé d'être une mère en carton ?

Je ne sais pas. Je ne me rappelle plus. Une amie m'a interpellé : "Je m'inquiète un peu" (merci, amie, vraiment), des groupes Facebook m'ont permis de comprendre que je n'étais pas seule à vivre ces émotions paradoxales et difficiles, les mois ont passé. Je n'ai jamais cessé de pratiquer ce qu'on appelle le parentage proximal (je ne vais pas m'étendre, j'ai écrit pleins d'articles à ce sujet) tout en négociant régulièrement nos besoins. Aujourd'hui ça va mieux, je ne regrette rien et suis satisfaite de voir que mon bébé est secure et que je sors la tête de l'eau doucement.

Bref. (On a dit raconte pas ta vie, meuf)

Hier soir, Mme Déjantée, une maman (mais pas que) que je suis sur Twitter a publié un texte sur son blog qui m'a profondément marqué. Il se nomme Nous sommes des menteuses de mères en filles.

Je te mets quelques extraits ici mais je te conseille d'aller le lire en entier :
On nous a fait croire qu’il était matériellement POSSIBLE de s’occuper de ses enfants H24, de les faire manger bio et équilibré, et d’accommoder de façon ludique et gastronomique les trois mois hivernaux de choux de l’AMAP, de laver leurs couches home-made, d’avoir une maison impeccable avec des jouets rangés dans des bacs étiquetés façon promotion-de-l’autonomie-à-destination-des-non-lecteurs, d’être la première à la sortie d’école pour les emmener au square, de les exempter de cantine, de garderie du soir, de programmer des sorties au musée, d’organiser des activités manuelles les mercredis après midi, de construire soi-même du matériel éducatif Montessori, de les emmener à la piscine, faire du vélo, d’être toujours volontaire pour les sorties scolaires, toujours calme et sereine en toute circonstance, de participer à l’organisation de la kermesse de fin d’année, d’avoir toujours un gâteau de prêt pour les anniversaires et ventes au profit des classes vertes, de militer dans une association de défense des sans-papiers, de garder précieusement les emballages d’oeufs les pots de yaourt et les bouchons de lait, d’être membre du comité d’organisation de la semaine mondiale pour l’allaitement maternel, d’avoir un travail prenant (mais pas trop quand même) et passionnant, qui nous rend fière et nous épanouit, auquel on va en vélo jusqu’au dernier jour de sa grossesse, grâce auquel on gagne suffisamment d’argent pour payer les vacances en club, la maison bio-climatique et les stages de formation à la communication non-violente, pour lequel on passera en télétravail si -vraiment- on sent qu’on risque de ne plus être au top du top, sans oublier de faire son footing, d’aller au yoga, d’être bien pomponnée et épilée et bien entendu, de jouir au moins trois fois par semaine.
Ca m'a vachement travaillé tous ces mots, tu vois. Autant il y a des choses qui ne me concernent pas trop mais autant il y a des trucs... c'est incroyable à quel point c'est tout pareil (et en particulier, ma difficulté à devoir sacrifier mes engagements bénévoles ou militants).

Cet article reflétait pas mal mon cheminement depuis la naissance de ma toute petite. Et en même temps, à bien y réfléchir, je me disais quand même qu'il ne suffisait pas de lâcher la bride pour se sentir mieux. Alors j'ai mis un commentaire sous son article (je t'en mets quelques extraits ici) :
Ton article hier soir a vraiment fait écho en moi. Et puis la nuit passant, je me suis faite une réflexion. (...) je me dis que tous les choix éducatifs que certain-e-s qualifient d'”alternatifs” (je parle en particulier de la pédagogie Montessori, des choix alimentaires, des choix de vie genre pas de tv etc…) me permettent personnellement de m’épanouir en tant que maman, même si paradoxalement je peux être épuisée par moments. C’est finalement assez égoïste mais je crois que d’aussi loin que je me souvienne, les gosses (des autres), ça m’a toujours ennuyé. Et puis j’en ai fait deux, je sais pas trop pourquoi d’ailleurs ça s’expliquait même pas, je les aime à en mourir, j’ai découvert un truc que jamais je n’imaginais découvrir en donnant la vie, bref le truc qui m’a bien transformé en profondeur. Mais c’est pas pour autant que je me suis passionnée plus pour les jeux d’enfants, les délires d’enfants, etc… (...) pratiquer quelques activités Montessori, faire travailler mon imaginaire pour inventer des activités originales, aller voir des expos etc… au-delà de l’intérêt que j’y vois pour mes enfants, c’est aussi une manière de prendre soin de moi et d’être (un peu) égoïste en faisant des trucs qui me font pas trop chier. Tu vois ce que je veux dire ? C’est peut-être un peu confus mais à la fois, c’est vrai que par moments je me dis que tout serait plus simple si je mettais ma gosse devant la téloche avec un paquet de chips. Mais en fait non. A bien y réfléchir, non, vraiment. En revanche, là où c’est vraiment un truc pervers, c’est lorsque dans des moments difficiles, on a pas le choix que de revoir nos modes éducatifs. Genre quand la petite soeur est née, j’ai été tellement débordée qu’on a rangé Montessori au placard, j’avais tellement plus de tunes (CPE oblige) qu’on a mangé de la merde, j’avais tellement plus de forces que même faire un puzzle m’était impossible, j’avais tellement plus de patience que je me suis mise à crier. Papa a pris le relais bien sûr mais personnellement, tout cela a eu un gros effet sur mon estime personnelle, je me suis dit que j’étais vraiment une maman pourrie tout ça. Et puis doucement, j’ai réalisé ce côté “je me fais (un peu) plaisir en faisant du Montessori and co” mais que l’important restait l’ambiance d’amour (je sais pas comment dire autrement) qui pouvait régner dans la maison. Alors du coup, même si je dormais pas, même si j’étais à fleur de peau, je m’arrangeais pour passer du temps à rire et faire des bisous, des blagues pourries et des chatouilles, à lâcher prise (je me suis aidée des fleurs de Bach pour ça d’ailleurs) en prenant conscience à quel point je me mettais la pression toute seule (au-delà d’une certaine pression sociale certes). On a regardé notre premier dessin animé (bienveillant) un dimanche sous la couette, etc… Je n’ai pas lâché mes idéaux (parce que vraiment, j’ai réalisé que ça ne m’aiderait pas du tout) mais j’ai établi des priorités. 
(Alors je te vois d'ici te dire "Mais quoi ? Avec tout ce qu'elle nous bassine, elle aussi, elle craque son slip ?" Bah oui oui, moi aussi tu vois et je fais d'ailleurs le choix complètement délibéré d'en parler ici, histoire de participer à mon niveau à la banalisation de ce phénomène. Ca ne m'empêchera pas de continuer à défendre la place des enfants face à la tyrannie de certains adultes, j'te préviens. (Même si c'est moi l'adulte tyrannique, oui.))

Rien, ma pov' dame.
Alors voilà, je t'ai (un peu) raconté ma vie de femme ordinaire. Face à ces quelques difficultés, qu'ai-je pu trouver ? Une amie, donc. Des groupes Facebook aussi. Et puis ? Ma page blanche pour écrire. Et puis ? Rien.
Le silence.
La honte.
La culpabilité.

Comme le dit très bien Mme Déjantée :
Parmi ceux qui ne bougent pas, les pouvoirs publics tiennent le haut du pavé. Surme… quoi? Burn… quoi? D’abord la loi Toubon n’a-t-elle pas interdit les mots anglais? J’ai cherché sur le site de l’INPES (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé je rappelle) si ce mal insidieux avait fait l’objet d’une préoccupation étatique: RIEN. Faut dire, déjà qu’ils s’en tamponnent pas mal du surmenage au travail tant qu’il n’y a pas trop de suicidés alors pensez donc, aller se préoccuper du surmenage de celles qui ne travaillent MÊME PAS TOUJOURS!! En cherchant bien, on finit par dégoter un truc sur les troubles émotionnels et psychiques du post partum. Comme si la question du surmenage maternel se résumait tout entière au post-partum immédiat. Vous avez accouché depuis plus de 6 mois? Bonne nouvelle, vous ne risquez plus rien! A la rigueur, notre ami Google nous sort deux trois trucs sur le surmenage des parents dont les enfants sont atteints de pathologies graves, diabètes, cancer, parce que eux quand même, ils ont de bonnes raisons de ne plus en pouvoir (ce qu’on imagine aisément, mais qui laisse quand même pas mal de monde sur le carreau).
Alors c'est sûr, c'est pas juste une histoire de pouvoirs publics. C'est aussi une affaire historique, culturelle, sociale. Un truc directement lié à la dominance patriarcale de notre société. Je le disais récemment sur mon mur Facebook :
La pression sociale exercée sur les mères, ça donne un truc comme ça : sois bonne avec tes enfants (fais-en des enfants "bien élevés", donne leur tout ce dont ils ont besoin mais quand même s'ils sont un peu détraqués, ce sera forcément ta faute), bonne avec ton mari (baise-le, soigne-le, fais-lui à manger, fais-lui des blagues, sois-lui fidèle, le fais pas chier...) et bonne avec toi-même (épile toi, fais du sport, fais un régime, maquille toi, sors avec tes potes...).
Tout ça, ça donne juste envie aux mères épuisées* de se taire et de se murer dans le silence en disant que c'est "que de l'amour" (dès le départ, je sentais que c'était une entourloupe ce truc), c'est choupinou tout ça vraiment, dans cette société où les vitrines au bonheur sont plus nombreuses que les lieux d'épanouissement et d'écoute sincère.

* (il pourrait y avoir des pères mais non, je crois vraiment que la pression de la perfection est plus l'apanage des mères que des pères (en témoigne cette réaction réflexe qui consiste à féliciter un père qui s'occuperait de son môme quand on parle encore de "mères au foyer" en évoquant celles qui ont le travail le plus éreintant qui soit et que nul-le syndicat-e ne viendra défendre.))

Il semblerait que cette image soit tirée du livre "J'aurais adoré être ethnologue" de Margaux Motin

D'ailleurs,
tu vois, de mon statut - transitionnel pourrions-nous dire - de mère travailleuse sociale, je vois passer pas mal des choses. Pleins de trucs que je perçois aux interstices, entre les lignes, entre les histoires des un-e-s et des autres. Par exemple, j'avais publié l'histoire de Joachim, cet enfant de six mois retiré à ses parents et placé en pouponnière de manière abusive. Végétarisme, non-vaccination, des parents trop atypiques (pour qui ?) qui m'avaient fait soulever la normativité que nous sommes pourtant nombreux à accuser en tant que travailleurs/euses sociaux/ales.

Un autre jour, sur Facebook, j'avais publié ça :
La protection de l'enfance ordonne une enquête sociale chez une famille signalée par un pédiatre parce que : - bébé ne mange pas de viande et est encore allaité à 11 mois ; - bébé dort dans le lit de ses parents ; - bébé n'est pas vacciné. Un jeune ado est privé de sa mère, placé en ITEP, cachetonné et on dit de lui qu'il devient violent et psychopathe. je comprends plus rien à ce travail "social".  
Et puis il y a quelques jours, j'ai lu l'histoire de cette personne, cette maman avec qui nous échangeons régulièrement sur un groupe de Facebook, une maman qui m'a aidé à me départir de la honte et du tabou de l'épuisement maternel en parlant elle-même de ses difficultés. Je n'en dirais pas plus pour préserver son anonymat mais d'une chose à l'autre, cette maman s'est retrouvée d'abord devant des agents de police, ensuite face à une travailleuse sociale.
Pourquoi ? Parce qu'elle vit une dépression post-partum. Et qu'elle a osé en parler, parfois avec des mots crus, difficiles, loin des magazines et des vitrines au bonheur.

.. Que lui a t-on répondu ?
Que son lait n'était pas assez riche (je te renvoie, si ça t'intéresse vers un article qui explique que ça existe pas, ce concept : "Allaitement maternel : l'insuffisance de lait est un mythe culturellement construit").
Que si bébé pleurait, elle n'avait qu'à le mettre dans une poussette et aller se promener.
Que faire une thérapie et chercher un peu trop dans le passé, ça n'aidait pas du tout.
Que voir une assistante de service social, ça pourrait lui faire du bien.
Qu'il fallait se revoir régulièrement pour parler de tout ça.

.. Et alors, elle va faire quoi cette maman ?
Se taire.
Se murer dans le silence.
Ne plus parler de ses difficultés.
Parce que jamais elle ne renoncera à répondre aux besoins de son bébé.
Mais que jamais elle n'acceptera d'être accusée de manquements sur son enfant.
En revanche, elle n'a aucune confiance dans les services sociaux et se donne pour objectif, coûte que coûte, de donner à voir une maternité heureuse.
Au détriment, donc, de son état personnel de bien-être.

En résumé, si cette maman fait aujourd'hui une dépression, c'est un peu sa faute. Bah oui quoi, elle pourrait quand même arrêter d'allaiter son bébé, de le porter en écharpe et surtout - surtout - arrêter de fouiller son passé nom de dieu.
Par contre, ça n'est pas la faute - par exemple - à cette société individualiste qui monte les gens les uns contre les autres, créant de la défiance et de l'exclusion, qui globalise et nous enferme dans des rôles et fonctions spécifiques. Et sexués. Ca n'est pas la faute à ce lien social qui se délite et laisse sur le carreau des parents déboussolés et des enfants ayant des besoins spécifiques. Ca n'est pas la faute à cette société marchande qui nous vend que du bonheur et à laquelle nous devons ressembler pour être légitime.
Non non.
C'est la faute à maman. Et maman, elle a besoin d'aide. Et qu'on lui dise comment faire pour décoller son mioche de ses nichons.

Alors personnellement, en tant que maman ayant frôlé (ou vécu, je sais toujours pas) le burn-out maternel, je peux assurer que ce que je voudrais, ce sont des gens, pleins de gens autour de moi pour entendre mes plaintes tout en comprenant les besoins de mon bébé, des gens de confiance pour prendre mon bébé quelquefois pendant que je prends du temps pour moi, des gens pour me soutenir dans mes pratiques éducatives, des gens pour me préparer des bons petits plats me masser me ramener des DVD et des pop corn, me faire rire, me permettre d'être Moi sans rien me demander en échange (genre sevrer ma fille).

Alors bon, ça ce sont mes besoins personnels, chacun-e a les siens toussa. Mais quand même, cette histoire m'amène à me questionner sur la subjectivité très normée des travailleurs sociaux que nous sommes.
La subjectivité, c'est notre force vitale dans ce travail censé être social. Certes.
Mais que dire quand elle est au service de certitudes culturelles produisant l'effet qu'elle est censée enrayer ?
La subjectivité, elle doit servir l'empathie. Aider à parler à cet autre inconnu-e qui vient mettre (un peu de) sa vie entre nos mains. La subjectivité, elle sert à faire de nous des hommes et des femmes. Elle sert à lutter contre la technicisation de notre travail.
Mais elle doit sans cesse se confronter aux réalités extérieures. Sortir des bureaux et des institutions pour questionner les évidences.
Je crois qu'en matière de protection de l'enfance, la question est plus que jamais sensible. Avec la dominance freudienne - et donc patriarcale et hétérocentrée - de nos formations, il n'est pas étonnant que les rôles sexués et les idées sur la nécessaire séparation des bébés soient ancrés - et exagérés - chez nous autres, les travailleurs capables de décider ce qui est bon pour l'autre. C'est oublier, quand même, les apports de René Spitz ou de Bowlby sur le concept de "l'Attachment Parenting" (et donc le parentage proximal).

Rappelons-donc que notre rôle, au-delà du mandat qui nous est conféré lorsque nous recevons des personnes, réside à mon sens moins dans l'apport de solutions (forcément normées et ethnocentrées) que dans l'écoute active et dépourvue de jugements (positifs ou négatifs) ainsi que dans la valorisation des compétences de la personne accompagnée. Je ne parle pas là des situations de danger qui nécessitent une "assistance à personne en danger" mais de ces situations qui font appel au regard d'une société donnée et qui appelle à une réflexion plus profonde de ce qui signifie le concept d'aide.

Si ça vous intéresse - en tant que parent ou professionnel -, le site Maman Blues propose une documentation très riche sur ces questions-là, entre concepts théoriques et voies d'accompagnement. C'est par ici.

Je vous invite à lire un article que j'avais partagé il y a longtemps et qui tend à démontrer comment les influences de la psychanalyse freudienne contribuent à ancrer les pratiques de la Violence Educative Ordinaire dans nos comportements personnels ou professionnels : Ne le prends pas dans tes bras, de Lauren Plume. Un petit extrait :
Un bébé, pour de nombreux professionnels, psys et en particulier dans la tradition psychanalytique, est une sorte de monstre en devenir, un individu dangereux, qu’il faut dresser. Vous pensez que j’exagère? Non seulement je suis bien en-dessous de la vérité, mais ces théories de l’enfant-monstre ont infiltré nos esprits jusqu’au centre du cœur de la fibre, si j’ose dire. Quand les gens m’exposent leurs théories à propos des tout-petits, je suis perpétuellement surprise de constater à quel point on n’hésite pas à leur prêter des intentions néfastes. Les enfants, estime-t-on, n’aspirent qu’à grapiller la moindre miette de pouvoir. Laissez un enfant grandir sans « poser des limites » bien claires, sans lui apprendre l’obéissance, et il deviendra un de ces fameux enfants-rois, un tyran assoiffé de pouvoir qui vous rendra fous, vous ses pauvres parents, vous dominera, vous écrasera. Ces velléités de pouvoirs chez le petit enfant ne sont pas perçues comme acquises dans l’éducation, mais totalement naturelles, innées. Et toute l’éducation consiste à écraser ce pouvoir, le tuer dans l’œuf, pour transformer ce petit sauvage, cette petite brute sanguinaire, en être civilisé.
Et pour finir, cette fois vraiment, je vous laisse une petite citation tirée de l'ouvrage d'Emilie Potin : "Enfants placés, déplacés, replacés : parcours en protection de l'enfance" qu'elle tire elle-même (ouais je sais c'est compliqué la vie) du livre "De l'enfance maltraitée à la maltraitance" de G. Noiriel.
"L'intervention d'un tiers dans la sphère familiale, l’État représenté par les professionnels du travail social, a contribué à stigmatiser les façons de vivre en milieu populaire. Alors que les historiens ont interprété les lois républicaines sur la protection de l'enfance en termes d'évolution positive, de progrès social, les sociologues ont souligné la stratégie de l’État français pour mieux contrôler les classes populaires"
Les classes populaires. Les classes minoritaires. Toussa.
C'est à vous !
  1. Bonjour à vous !

    Avant tout, sachez que je compte passer le concours d'éducateur spécialisé l'année prochaine, et je tiens à vous dire : un grand merci pour votre excellent blog, très précieux et passionnant !

    Après la lecture de cet article, je me demande si vous n'êtes pas vraiment trop dure avec vous même, et si votre engagement poussé jusqu'à l'épuisement n'en devient pas contre-productif.

    J'ai moi-même grandi avec la télé, je l'avais toute la journée en fond, je connaissais toutes les pubs par coeur... Et aujourd'hui je suis végétalien, je n'ai pas de télé, je lis des livres, je voyage, j'aime beaucoup ma vie et je m'épanouis ! D'ailleurs, ce qu'on avait vu à la télé nous servait, à mes camarades et à moi, de socle commun pour inventer nos aventures et nos jeux d'enfants. Ce que je veux dire, ce n'est pas que vous devriez mettre une télé dans votre salon (je pense que vos raisons de ne pas le faire sont excellentes), mais qu'à mon avis il ne faut pas hésiter à laisser les enfants faire quelque activités débiles (genre jouer à la game boy ou à la playstation, ou aller au mcdo), que ça ne leur portera pas préjudice, et qu'au contraire, ce sera très utile pour eux dans leur rapports avec le monde extérieur. La plasticité de leur intelligence est phénoménale (vous le savez mieux que quiconque!) ils sauront très bien faire la part des choses, et c'est aussi bon, il me semble, pour leur sociabilité, pour se lier avec les enfants de leur âge. Ce serait dommage qu'ils se sentent bizarres et différents, et que ça crée des complexes chez eux, alors même que votre éducation vise à leur épargner les complexes et les névroses !

    En plus, un enfant a davantage besoin d'une maman en pleine forme, bien reposée, que de toute autre chose !

    Je vous envoie ce message car je suis sincèrement peiné de voir une aussi bonne maman que vous se damner et se frapper la tête contre les murs. J'espère que ça ne sonnera pas comme une énième leçon de morale contradictoire, comme peuvent en donner souvent ceux qui n'ont pas d'enfants à ceux qui en ont.

    Bon courage ! Reposez vous bien !

    RépondreSupprimer
  2. HooooOOOOOoooo bravo....un ouvrage m a permis de sortir de cette pression que je m affligeais au quotidien, en espérant moi aussi être une super_maman_qui_y_arrive_sur_tous_les_fronts...S'occuper de soi et de ses enfants dans le calme, de Sarah Napthali. Merci pour cette réflexion sur le travail social, étant moi même une éduc, je trouve beaucoup d'écho...

    RépondreSupprimer
  3. Merci beaucoup pour tes réflexions et notamment ton commentaire sur l'article de madame déjantée qui m'a bien aidée à clarifier ma pensée (https://biboulov.wordpress.com/2015/04/16/proposition-pression-et-depression/

    RépondreSupprimer

Vous avez un avis ? Partagez le !