14 mai 2015

L'enfant, de Maria Montessori


Ce livre-là, je le cherchais depuis un moment déjà car il a bonne presse, est assez accessible (contrairement à d'autres, comme L'esprit absorbant de l'enfant que j'ai lu avec difficulté) et se révèle être un assez bon résumé de la philosophie Montessori.
Parce que oui, je n'ai de cesse de le rappeler mais la pédagogie Montessori, avant d'être du matériel très joli et très cher, c'est avant tout un état d'esprit, une philosophie qui allie science et pédagogie au service de l'enfant, en le plaçant au centre de ses apprentissages. Je crois que ce que m'a le plus appris mon cheminement personnel (je suis formée en 3-6 ans et lis régulièrement sur le sujet, alimentant ma réflexion en permanence) réside dans la place prise par l'éducateur ; son rôle, sa nécessaire présence mais son obligatoire silence. Une dichotomie qui en fait n'en est pas une.
Dans cette pédagogie - et je vous invite à penser ce propos de manière plus générale -, l'éducateur a un rôle très important mais très peu interventionniste :
  • Il met en place un environnement (appelé "ambiance") sécurisé, stimulant, répondant aux besoins et à l'esprit absorbant des enfants ;
  • Il entoure l'enfant d'un regard bienveillant ; par un regard authentique, une attention vraie, une absence de jugements positifs ou négatifs ;
  • Il se tait, laissant la place à l'enfant dans toute sa dimension ; physique, psychique, émotionnelle, spirituelle aussi. Sa présence silencieuse se suffit à elle-même.
livre l'enfant maria montessori

Récemment, je trouvais cet ouvrage à un prix modique dans une librairie d'occasion marseillaise et m'empressais donc de l'ajouter à ma bibliothèque déjà (trop ?) fournie. J'ai été fascinée par la fine intelligence de cette grande dame qui, déjà si tôt (dans une époque colonialiste, patriarcale, normative) dénonçait la violence éducative ordinaire et repérait l'incroyable pouvoir des enfants à embellir notre monde et à le transformer. Fascinée aussi par la pertinence de ses propositions, issues de son savoir scientifique mais aussi de son intuition. Je vous invite à lire ces citations avec calme et attention car chaque mot recèle un message clair et profond que l'ouvrage contextualise évidemment parfaitement.

"(...) si l'enfant porte en lui la clef de sa propre énigme individuelle, s'il a des directives de développement et un plan psychique, il les a en puissance, extrêmement délicats dans leurs tentatives de réalisation ; alors, l'intervention intempestive de l'adulte, volontaire, exalté par son pouvoir illusoire, peut contrarier ces plans ou en faire dévier les réalisations occultes."

"(...) c'est quand, dans l'ambiance, un obstacle s'oppose au fonctionnement intérieur. Alors l'existence d'une période sensible peut se manifester par des réactions violentes, par des désespoirs que nous jugeons sans cause et que nous appelons caprices. Les caprices sont l'expression d'une perturbation intérieure, d'un besoin insatisfait, à l'état aigu. Ils représentent une tentative de l'âme pour réclamer, pour se défendre."

"Ce n'est jamais le calme qui pose des problèmes et oblige à réfléchir ; ce sont les désordres. La chose la plus apparente, dans la nature, ce sont pas ses lois, ce sont ses erreurs. Ainsi, personne ne s'aperçoit des signes extérieurs imperceptibles qui accompagnent les oeuvres créatrices de la vie."

Sommaire 1, L'enfant, Maria Montessori
"L'esprit de l'enfant est pratiquement inconnu des adultes ; il leur apparaît comme une énigme, parce qu'ils ne le jugent que sous l'angle de l'impuissance pratique et non au point de vie de la puissance de l'énergie psychique en soi. Il nous faut penser qu'il existe une cause à toute manifestation de l'enfant. Il n'y a pas un phénomène qui n'ait ses propres raisons d'être. Il est bien facile de considérer que chaque réaction mystérieuse est un caprice ! Ce caprice doit prendre à nos yeux l'importance d'un problème à résoudre, d'une énigme à déchiffrer. Cette attitude nouvelle représente une élévation morale pour l'adulte."

"Les animaux supérieurs s'adaptent d'instinct aux conditions de leurs petits : quand un jeune éléphant est conduit par sa mère dans le groupe des adultes, la grande masse des pachydermes ralentit sa marche pour permettre au petit de s'incorporer ; et quand celui-ci est fatigué et qu'il s'arrête, tout le monde s'arrête. Le sentiment d'un semblable sacrifice n'a pas encore pénétré dans notre forme de civilisation."

"La main est cet organe dont la structure fine et compliquée permet à l'intelligence de se manifester, à l'homme de prendre possession de l'ambiance, de la transformer et, guidée par l'intelligence, d'accomplir sa mission dans le cadre de l'univers. (...) Or l'homme a peur de ces petites mains tendues vers les objets sans valeur et sans importance qui l'entourent, et ce sont ces objets qu'il s'attache à défendre contre l'enfant."

"Il faut savoir accueillir les manifestations supérieures de l'enfant. (...) le travail de sa petite main, cet autre balbutiement, réclame des "motifs d"activité" sous forme d'objets qui y correspondent. On voit alors de petits enfants accomplir des actions qui réclament un effort impressionnant, un effort que l'on croirait impossible matériellement."

"Quand nous voyons un paralytique porter lentement un verre à sa bouche en risquant d'en renverser le contenu, il naît du heurt insupportable de ce rythme avec le nôtre une souffrance à laquelle nous essayons d'échapper, en substituant notre rythme au sien ; c'est ce que nous appelons "aider le paralytique". Quelque chose d'analogue se passe entre l'enfant et nous."

Sommaire 2, L'enfant, Maria Montessori
"Le maître et, en général, celui qui veut éduquer l'enfant, doit se "purger" de cet état d'erreur qui fausse sa position en face de lui. Le défaut fondamental, fait d'orgueil et de colère, doit se présenter à conscience du maître dans sa vérité nue. (...) C'est un véritable soulagement pour nous que de nous trouver devant des êtres incapables de se défendre, incapables de nous comprendre, comme les enfants, qui croient tout ce que nous leur disons. Non seulement ils oublient les offenses, mais ils se sentent coupables de tout ce dont nous les accusons."

"On ne voit pas la méthode. Ce qu'on voit, c'est l'enfant. On voit l'âme de l'enfant qui, libérée des obstacles, agit selon sa nature propre. Les qualités enfantines que nous avons dégagées appartiennent tout simplement à la vie, au même titre que la couleur des oiseaux ou que le parfum des fleurs."

"On a toujours reconnu qu'un éducateur devait être calme. Mais on n'envisageait ce calme qu'au point de vue de son caractère, de ses impulsions nerveuses. Il s'agit ici d'un calme plus profond : d'un état de vide ou, plutôt, d'un manque d'encombrement mental d'où découlait une limpidité intérieure, un détachement de toute attache intellectuelle. C'est "l'humilité spirituelle" qui prépare à comprendre l'enfant (...)."

"L'adulte qui croit son enfant beau et parfait, qui met en lui son propre orgueil et son espoir en l'avenir, est, en même temps, la proie d'une force occulte qui le pousse à lui manifester du mépris. Ce n'est pas seulement la conviction que "l'enfant est vide", que "l'enfant est méchant", qui lui fait penser qu'il doit combler le vide et corriger l'enfant. Non, c'est bien le "mépris de l'enfant", qu'il éprouve, et aussi le sentiment que cet enfant faible, qui est devant lui, est vraiment un enfant, c'est-à-dire un être sur lequel l'adulte peut tout."


"Quand le petit se défend, l'attention de l'adulte n'est pas attirée sur le véritable état de choses : il traite de désobéissance, de méchanceté tout ce que fait l'enfant pour sauver sa propre vie. Peu à peu, cette voix de vérité et de justice, déjà affaiblie, disparaît ; elle est remplacée par les camouflages brillants, solides, permanents de devoir, de droit, d'autorité, de prudence, etc."

"(...) avec ce qu'on appelle "éducation", il [l'adulte] fait un effort pour l'attirer prématurément et directement dans sa propre forme. (...) l'adulte exhibe devant eux [les enfants] sa propre perfection, sa propre maturité, son propre exemple historique, en demandant qu'on l'imite."

"Oui, l'amour de l'enfant est très important pour nous. Père et mère dorment toute la vie ; ils ont tendance à dormir sur toutes choses ; il est nécessaire qu'un être neuf les secoue et les soutienne avec une énergie fraîche et vive, qui n'existe plus en eux. Il faut un être qui agisse différemment et qui vienne dire, chaque matin :" Il y a une autre vie, que tu as oubliée. Apprends à vivre mieux." Vivre mieux ; sentir l'amour nous toucher... L'homme dégénèrerait sans l'enfant qui l'aide à s'élever."


C'est à vous !
  1. Ton article me donne envie de replonger dans des lectures "montessoriennes" ! J’aime beaucoup la pédagogie de Maria montessori. Pour le moment, je n’ai lu que Éducateurs sans frontières Et je possède des livres avec des activités montessori dont je me suis inspirée pour accompagner les jeunes autistes de l’ime !

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  2. Très bon article, que je recommanderai !

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