6 juillet 2015

Le processus de création dans l'acte éducatif.

"L'éducatif, par le travail d'autorisation, permet à un sujet d'advenir en tant qu'auteur, à l'origine des choix qui engagent ses actes. C'est par la création que le sujet se fonde dans une posture d'auteur, s'impliquant dans ses actes, à partir de désirs, d'intérêts, d'intentions, de choix de valeurs et de sens, le conduisant à s'engager dans une transformation de l'existant"

Professionnel(le)s, parents, proches, famille, nombreuses sont les personnes qui s'intéressent à l'acte de création chez les enfants, les adolescents, les adultes, les vieux, les malades, les pas malades, les fous (surtout les fous, tu sais ces génies torturés *ironie*)... Je m'intéresserais ici à la création chez les enfants (et éventuellement les adolescents) en posant la question du processus éducatif à l'oeuvre.

Aujourd'hui, "création" rime avec art,
oeuvres, exposition et reflète en fait une certaine idée de ce qui fait (une partie de la) société actuellement : le spectacle.
Dans une ère où tout va vite, où nous pouvons tout voir en cliquant sur une souris, où des photos se chargent en une seconde, où nous sommes ami(e) ou follower de n'importe qui et tout le monde, nous assistons à un phénomène fascinant : celui de la mise en scène publique et décomplexée de soi et de son univers. A travers les réseaux sociaux mais aussi par le biais du consumérisme, une idée sous-jacente demeure : ce qui compte, c'est le résultat et ce qu'on pourra en montrer.
Ne voyons-nous pas sur les réseaux sociaux défiler des images ou des mots pour montrer des vêtements achetés, une nouvelle voiture, un nouveau téléphone... Ne nous sommes-nous pas, nous-même, délecté de partager cette photo de nos vacances où nous étions en position avantageuse, ou ce nouveau canapé acheté chez le suédois ou encore le nombre de minutes courues dans une tenue carrément canon ?
Dans le même temps, l'acte de créer ne m'a jamais semblé aussi démocratisé, accessible, généralisé. Depuis des années, chacun peut y aller de son pinceau, stylo, ciseau pour retaper des meubles, recycler des vêtements, se spécialiser dans le scrapbooking, coudre...
N'y a t-il pas dans cette contradiction apparente une sorte d'adaptation de l'humain que nous sommes ? N'y a t-il pas une sorte d'absolue nécessité qui triomphe malgré tout, au-delà de toute culture de résultat ? Je parle là de la nécessité de créer, envers et contre tout mais surtout contre cette culture de la performance qui fait de nous des êtres frustrés, inaccomplis, en manque de, apeurés par l'échec. J'ai envie d'y croire.


Avant de continuer mon exposé, je partage avec vous deux petites choses :

1. La conférence gesticulée "La culture" de Franck Lepage, première conférence de la série "Inculture(s)". Dans cette conférence, il montre comment la question de la culture est trop souvent réduite à la question artistique et insiste sur son sens politique. C'est un peu éloigné de mon article mais c'est une réflexion que je partage et qui me permet d'élargir le propos.


2. Une interview à laquelle j'ai répondu pour le réseau Dédale (et dans laquelle justement j'évoque la question de "la création artistique" dans le travail social et la réflexion de Franck Lepage)



L'acte de créer doit moins servir le résultat que le voyage,
il doit servir le processus, le chemin emprunté par la personne qui crée. Dans le travail social - ce microcosme de la société, entendons-nous -, nous sommes de plus en plus enclins à observer la trajectoire des personnes que nous accompagnons par le biais des projets, des évaluations, des exigences de tarification et de budget.
Mais comme le dit si bien Jean-François Gomez dans son récent ouvrage Le labyrinthe éducatif, la trajectoire, "c'est l'effet de filière, c'est le parcours prévisible, c'est la place assignée qui exclue toute démarche personnelle intériorisée d'essai et d'erreur dès lors qu'on évacue la possibilité de se tromper ou d'errer" (p.40).


Se détacher du résultat, c'est accepter de cheminer sans savoir où aller, accepter de se perdre, accepter de voir la destination se modifier d'elle-même. C'est accepter de trébucher, de tomber, se relever ou rester à terre quelques instants. C'est accepter de ne rien maîtriser, rencontrer l'inconnu, ouvrir les yeux devant la surprise de soi-même.
Je pourrais parler là de la relation éducative comme acte de création et de créativité mais je parle en fait de l'acte de création en tant que tel, celui qui nous fait oser saisir un stylo, un pinceau, malaxer de la terre ou découper des morceaux de tissus. Je parle là de l'acte de création comme une composante à part entière de la rencontre avec soi-même.
Les enfants, tant qu'ils n'ont pas été bridés dans leurs émotions/sentiments/ressentis, sont prompts à la création. Ils sont de merveilleux inventeurs et leur temporalité de l'immédiat les met à l'abri de quelconque peur d'échouer. Ils vivent l'instant, sont dans la pleine conscience, vivent la création dans leur corps, leur tête, leurs doigts, leurs joies, leurs peines. Ils sont création. Ils créent dès lors qu'ils touchent, sentent, parlent...

"(...) le voyage étant effectué, la destination aura changé en même temps que soi-même"
Jean-François Gomez, Le labyrinthe éducatif, PUG, 2014

Il demeure à mon avis en chacun de nous - et en chacune des personnes que nous pouvons accompagner, parents ou professionnel(le)s - la capacité de créer sans conditions, oserais-je dire. Sans conditions de résultat. Il n'est besoin à mon avis d'aucune éducation dans ce processus, si ce n'est la présence de l'autre, juste à côté, silencieux, bienveillant, aimant.


La position de l'adulte, 
de l'aidant, de l'accompagnant - nous l'appellerons "éducateur" pour simplifier - réunit à mon sens deux objectifs : l'expression libre de soi et la r(é)assurance affective.  Ceux-ci se manifestant par un juste équilibre entre non-interventionnisme et présence bienveillante.

Je ne vais pas trop insister sur ces points car je l'avais déjà fait dans un autre article : Parent, ce métier impossible. Je reprendrais juste les principes sur lesquels reposent ces deux mouvements :
  • Les enfants disposent d'un potentiel, terreau de compétences qui émerge grâce à un environnement adapté.
  • Lorsque nous faisons quelque chose à la place d'une personne, nous focalisons notre attention sur le résultat, la performance, la réussite.
  • Le savoir se construit par l'expérience personnelle, l'exploration sensorielle (visuelle, auditive, corporelle etc...), la confrontation directe avec le monde.
  • L'exploration autonome ne peut se faire qu'en conditions de sécurité corporelle et affective.
  • La sécurité affective passe par le regard de l'adulte référent : un regard emphatique, non jugeant (en positif comme en négatif), accueillant, aimant, silencieux.
  • La sécurité corporelle passe par la mise en place d'un environnement adapté et sécurisé. Nous verrons plus bas quelques exemples et principes de base mais je vous renvoie également vers l'article précédemment cité.
Je voudrais m'arrêter un instant sur la question des récompenses/félicitations qui participent indirectement - et sans qu'on y pense vraiment - à la mise en place d'exigences et de frustrations chez les enfants (et les adultes !) créateurs. Je propose donc un extrait d'un de mes articles récents (La gentillesse est un vilain défaut), qui montre comment ces interventions peuvent nuire à une relation authentique et sincère.

"Qui émancipe n'a pas à se préoccuper de ce que l'émancipé doit apprendre. Il apprendra ce qu'il voudra, rien peut-être"
Jacques Rancière, Le maître ignorant

La récompense (...) est souvent vue comme une manière d'encourager, de tirer les enfants vers le haut et de sanctionner un comportement positif. Dans l'idée qu'il s'agit d'une forme de jugement, certes positive (mais entraînant forcément son pendant : le jugement négatif), Thomas Gordon pense que le système de récompenses est aussi nocif que celui des punitions.

Il évoque plusieurs raisons à cela :
  • Ce type de fonctionnement amène l'enfant à agir uniquement en regard de ce que l'adulte va récompenser/féliciter. Il vit et agit dans le regard permanent du jugement adulte, la question de son propre plaisir est donc conditionnée par ce que ledit adulte en pense et ressent (fierté par exemple).
  • Au bout d'un certain moment et à force d'être répétée, une même récompense n'est plus efficace et n'a plus de valeur.
  • Le plaisir de l'enfant n'est dépendant que des félicitations éventuelles qu'il va recevoir d'un tiers. 
  • Les récompenses créent de la comparaison et donc de la concurrence entre les enfants. 
  • En l'absence de récompenses (ou de félicitations), l'enfant peut penser qu'il n'a pas un assez bon comportement (et évidemment un adulte ne pourra jamais féliciter l'enfant autant de fois qu'il a un comportement acceptable, c'est humainement pas possible).

"Les compliments jouent surtout le rôle de récompenses extrinsèques et leur effet sur les enfants est assez prévisible. Les enfants qui en reçoivent beaucoup apprennent à ne choisir que les activités qui plaisent à leurs parents, en évitant les autres. Bien que certains parents trouvent cette attitude souhaitable, nous savons que ces enfants ont ainsi moins de chance de développer leur créativité et leur autonomie. Ils apprennent à se conformer plutôt qu'à innover et à suivre un modèle reconnu pour s'attirer des compliments
Thomas Gordon, Eduquer sans punir, p. 56


Dans les institutions du travail social,
dans les écoles, les centres aérés etc, les activités de création sont souvent organisées en groupe, sur un créneau horaire défini par l'adulte référent du groupe. C'est évidemment plus simple, plus commode, plus quantifiable aussi (l'évaluation toussa, pour avoir des sous, c'est le nerf de la guerre on le sait) mais ça ne répond pas à mon sens à l'impulsion naturelle de chaque personne à créer. Comment pourrions-nous penser que toutes les personnes d'un même groupe aient envie de créer le lundi matin à 10h30 ?
(Ervin Goffman a défini cela comme une des caractéristiques de l'institution totale/totalitaire/disciplinaire mais je vous en parlerais à un autre moment).
La question se pose aussi dans le cadre de l'école ; proposer le même cours à tous les élèves à la même heure place d'emblée l'enfant comme un vase à remplir et l'adulte comme un maître détenant le savoir (et le pouvoir) puisque nous imaginons bien que chaque enfant a des aspirations et une temporalité qui lui est propre. C'est en ça d'ailleurs que la pédagogie Montessori est respectueuse des besoins de l'enfant ; chaque enfant a le choix d'aller chercher le matériel qui l'intéresse en fonction de son envie/besoin du moment, il travaille ainsi à son rythme et dans une pleine conscience de son apprentissage. Les observateurs sont d'ailleurs souvent surpris par le calme qui règne dans ces classes.
Ainsi dans l'idéal, chaque enfant devrait pouvoir mener l'activité (jouer, lire, créer, s'ennuyer, écouter de la musique, ne rien faire, discuter, manger ou boire, etc...) qui lui convient en fonction de ses besoins propres. Oui, c'est vrai, dans le travail social, nous avons encore du chemin à faire...

Dès lors que plusieurs personnes sont en interaction
la mise en place de règles devient nécessaire pour servir la (relative) liberté de chacun. C'est d'ailleurs souvent cette composante de l'éducation que citent les professionnel(le)s lorsqu'ils/elles parlent de leur travail : "fixer des règles", "intégrer la frustration", "faire obéir", "respecter les autres", "les enfants ont besoin d'autorité" etc... et c'est aussi souvent sur ces injonctions que se greffent les difficultés éducatives puisqu'elles ne signifient pas la même chose pour tou(te)s.
Je vous propose de partager ma vision du cadre et de l'autorité autorisante en citant le propos d'un autre article (et un peu dans mon DPP il y a quelques années) :

Le cadre, avant d'être enfermant, est un espace d'émancipation et de création

L'autorité, en tant que condition de mise en place du cadre et tirant son origine étymologique du verbe "autoriser", est avant tout un espace d'autorisations et de possibles

Créer un environnement physique et affectif adapté, c'est avant tout autoriser l'enfant à être, tel qu'il est réellement, dans un espace délimité. La limite existe par l'existence même de ce qui est autorisé. La limite n'a pas besoin d'être évoquée, elle existe de fait.

Nous verrons plus bas comment l'environnement physique et affectif crée de fait un espace autorisant, mais intéressons-nous pour l'heure à la mise en place de règles permettant la cohésion du groupe (j'entends par "groupe" personnes accueillies et professionnel(le)s).

Ce support a été fabriquée avec un vieux cadre en bois d'après ce tutoriel

"Les règles sont utiles. Les règles sécurisent, pas les interdits ! On joue à un jeu avec des règles qui organisent les relations entre les joueurs. On ne joue pas avec des interdits et des limites. C’est pareil dans la vie ! On a besoin de règles pour vivre ensemble." Cette citation, tirée d'une interview d'Isabelle Filliozat (sur un site que je ne cautionne pas trop mais tant pis, l'interview est intéressante) me permet de soutenir les propositions suivantes :

1. Construire les règles ensemble
Dans un moment dédié à cela, le groupe peut se réunir, éventuellement utiliser un bâton (sur le principe que seule la personne qui tient le bâton peut s'exprimer et que les autres doivent écouter) et discuter des règles à mettre en place pour que puissent avoir lieu des moments de création. On pourra aussi penser à une boîte dans laquelle chacun(e) peut glisser des propositions de manière anonyme. Toutes les "formules" sont possibles et imaginables. Il s'agira en fait de poser la question suivante : "quelles règles devons-nous tou(te)s (professionnel(le)s et personnes accompagnées) respecter pour que chacun(e) puisse créer et s'exprimer librement dans cet espace ?". Si la parole n'est pas évidente, on pourra s'aider de quelques questions complémentaires :
  • Que devons-nous faire avant de commencer ?
  • Que devons-nous faire lorsque nous terminons ?
  • Quel matériel peut être emprunté librement ?
  • Qu'est-ce qui est important pour vous lorsque vous faites une activité ?
  • De quoi avez-vous besoin ? 
2. Formuler des consignes positives, simples, accessibles
Dans les espaces publics, on voit trop souvent des messages qui interdisent/empêchent/retiennent. Ici il s'agira d'autoriser, de créer, d'inventer. Notons que les consignes formulées positivement sont toujours mieux perçues par ceux qui les reçoivent car elles donnent une idée claire de ce qui est attendu, focalisent sur ce qui demandé et simplifient ainsi le message. (Imaginez donc que je vous demande de ne pas penser à une girafe. A quoi pensez-vous ? A une girafe, on est d'accord.)
Voici quelques exemples :
  • "On doit dessiner sur les feuilles blanches" plutôt que "Il est interdit de dessiner sur les murs"
  • "Le matériel doit être remis à sa place après utilisation"
  • "Le matériel doit rester dans l'espace de création" plutôt que "Ne pas déplacer le matériel"
  • "Quand on utilise la peinture, on a le droit d'utiliser ses mains, les pinceaux, les éponges et les accessoires du panier blanc"
  • "Pour créer, on utilise un tablier"
  • "Chacun(e) a le droit de créer sans être interrompu(e)"
  • "Dans l'espace de création, on marche"
Au moment de la construction des règles, les doléances des un(e)s et des autres devront ainsi être formulées positivement. L'exercice peut s'avérer passionnant, révéler nos réflexes langagiers et nous amener à penser l'accompagnement autrement (tant cette manière de fonctionner peut s'étendre à d'autres sphères).

3. Afficher les règles
Une fois les règles définies, signées, définitives, on pourra les afficher à hauteur de tou(te)s. Si les personnes n'ont pas accès à la lecture, des pictogrammes ou dessins pourront être proposés. Pendant les moments de création, il sera du coup plus facile de rappeler les consignes, à la fois en les reformulant mais aussi en s'appuyant sur ce document ayant fait l'objet d'une validation (et peut-être d'un vote !).

Venir spontanément à l'espace de création,
sans être influencée par quelconque adulte éducateur doit pouvoir être possible si nous souhaitons que l'enfant puise dans son rythme et sa temporalité singulière. Ainsi, nous chercherons un endroit accessible facilement, intégré à la "pièce à vivre" de manière à intervenir le moins possible.
L'idée est aussi que le processus de création soit intégré au processus de vie sans en faire toute une histoire. Que créer soit aussi facile que mettre ses chaussures, lire un livre, s'ennuyer, jouer...
Le lieu sera lumineux, aéré, attractif.

Ceci est l'espace de création que j'ai fabriqué pour mes enfants dans notre pièce à vivre (pas tout à fait terminé),
dont les idées ont essentiellement été plagiées chez Working Mama.

Pour mettre en place l'espace en lui-même, nous aurons besoin d'un certain nombre de choses, à adapter en fonction du nombre de personnes :
1. Une table de travail, adaptée à la taille des enfants (une table ordinaire dont les pieds auront été coupés pourra faire l'affaire) sur laquelle pourra être posée une nappe qui se nettoie facilement ainsi qu'une sous-nappe en plastique, type bulgomme de manière à amoindrir le bruit (puisqu'évidemment, si plusieurs personnes créent, nous voulons favoriser le respect de chacun(e)).
2. Des étagères accessibles à tou(te)s : pour favoriser l'autonomie de chacun(e), les fournitures doivent être en libre accès. Evidemment nous choisirons en conscience le matériel laissé libre en fonction de l'âge, de l'envie, des capacités de chacun(e). Pour mes deux filles de 3 ans et 1 an, j'ai placé en libre accès des feuilles/cahiers/supports divers, des feutres et crayons, des petits accessoires, des tubes de colle, du fil. J'ai choisi de mettre plus haut (pour m'adapter à ma plus petite surtout) les paires de ciseau, les craies, les tubes de peinture.
3. Une armoire ou un buffet pour ranger tout le matériel qui servirait pour des activités spécifiques et/ou qui ne peut pas être laissé en libre accès.
4. Un tapis de protection pour le sol : ça peut être une bâche ou une nappe en plastique.
5. Un espace d'affichage temporaire des créations.
6. Des solutions pour conserver les oeuvres des un(e)s et des autres : étagère pour faire sécher, pochettes à dessin pour chaque personne, enveloppes, boites...

Le matériel en lui-même (sachant que beaucoup de choses peut provenir d'objets recyclés) :
1. Des supports à création : feuilles de taille différentes, chevalet(s), toiles, cahiers, tableau à craies ou à feutres, ardoises, papier en rouleau (à mettre sur chevalet), jolis papiers (achetés ou recyclés), assiettes en carton, papiers spécifiques en cas de besoin (ex : papier aquarelle)...
2. Des fournitures de dessins : peintures (gouache, aquarelle, acrylique, fabriquée maison en fonction des besoins), pastels, crayons, feutres, craies...
3. Des fournitures diverses : gommes, taille-crayons, colle, paires de ciseau, godets, gobelets, palettes, pinceaux de toutes tailles, carafes, rubans, scotch, agrafeuses, poubelle, éponges...
4. Des blouses, tabliers, vieux tee-shirt.
5. Des fournitures décoratives : paillettes, perles, autocollants, plumes, cotons, petits "trucs" ramassés dans la nature (feuilles, pommes de pin, brindilles...), etc...



Pour quelques idées, je partage avec vous un de mes tableaux Pinterest, au sein duquel j'ajouterais certainement des choses régulièrement :


Deux types de démarche pourront être adoptés :
  • La création spontanée de la personne avec les fournitures et matériels laissés en libre accès.
  • La création planifiée avec des personnes intéressées : j'insisterais sur l'importance de la collégialité, dans le sens où toute personne du groupe (éducateur ou personne accompagnée) devrait pouvoir proposer et planifier une activité et toute personne devrait être libre de participer ou non. 

Dans le cas où l'activité est planifiée, on pourra imaginer un déroulement qui respecte le rythme et le désir de chacun tout en créant un cadre spécifique :
  • Rassembler le matériel. 
  • Installer l'activité : poser sur la table (ou autre support) le matériel nécessaire, qu'il s'agisse de pâte à modeler ou d'objets, mettre à disposition tout ce qui peut être utilisé.
  • Réunir les personnes intéressées.
  • Rappeler les règles définies ensemble et donner les consignes spécifiques. 
  • Donner les explications nécessaires (pour un atelier peinture, il n'y aura pas de consigne particulière mais pour de l'origami par exemple, on imagine bien que quelques informations devront être données).
  • Se taire.
  • Laisser faire.

Vient le moment où les enfants réalisent leur travail de création et nous montrent leur oeuvre. En général, nous félicitons à l'aide d'onomatopées plus ou moins sincères : "Ouah c'est magnifique ! Bravo !" etc... qui visent le résultat plutôt que le processus (cf. ce que je disais plus haut).
Dire "c'est joli", "qu'est-ce que c'est ?", "c'est magnifique", "moi je vois..." amène irrémédiablement l'idée que ce qui compte, c'est ce que l'oeuvre EST. Ici, je propose que nous nous intéressions plutôt à ce que la personne FAIT, EPROUVE, RESSENT, VIT (oui oui c'est un peu comme les gens à qui on colle des étiquettes. J'en parle beaucoup dans cet article).
Je pense par exemple à ma fille qui, quand elle peint, expérimente parfois ce que ça fait avec son corps. Elle prend toutes les couleurs et fait mine de se laver les mains ensuite. Elle dit "Oh, on voit plus mes mains ! Elles sont cachées !" puis parfois les utilise pour dessiner sur la feuille (ou peut-être, pour s'essuyer et voir à nouveau ses mains ?). Si je cherche à savoir ce que son oeuvre EST, je bride certainement son imagination qui consiste à vivre la peinture avec ses mains, ses doigts, ses ongles etc... 
Dans l'idée de ce que évoquions plus haut sur l'effet des récompenses et des punitions, l'ouvrage "Parents d'artistes" propose plusieurs idées :
  • Se taire.
  • Décrire ce que l'on voit sans donner d'avis : "Tu dessines en grand aujourd'hui", "Tu utilises beaucoup de rouge sur ce dessin", "ça a l'air rigolo de dessiner des ronds"
  • Demander pour en savoir plus : "Est-ce que tu aurais envie de me raconter ton dessin ?"
  • Celle-ci, c'est moi qui la rajoute : S'exprimer en "Je", par exemple "J'aime les couleurs que tu as utilisé"


Parfois, lorsqu'un tel espace de création est mis en place,
créer devient une activité frénétique, régulière, quotidienne. C'est ce qu'il s'est passé avec mes filles qui, dès qu'elles entrent à la maison, voient l'espace et s'y ruent pour utiliser tel ou tel machin (la petite suit la grande évidemment) : "Maman je voudrais coller ces trucs", "Maman je veux peindre", "Maman je veux utiliser des couleurs" etc...
Bref. Je me retrouve ainsi avec un grand nombre d'oeuvres, qu'évidemment je voudrais garder précieusement. Mais je ne suis pas de ceux qui conservent dans des boîtes poussiéreuses et j'aime que les choses vivent. Ainsi, plusieurs propositions sont faites dans l'ouvrage cité précédemment, je les ai quasiment toutes adopté :
  • Utiliser une boîte (ou pochette à dessins) pour chaque personne dans laquelle mettre temporairement les oeuvres.
  • Afficher les oeuvres de manière à les valoriser, en utilisant de vrais cadres dénichés en vide-grenier ou en brocantes ou un fil avec des pinces à linge, ou une simple étagère pour les objets.
  • Organiser une exposition, en invitant les copains/copines, la famille, les autres professionnel(le)s, les voisins, les directeurs/trices, etc... On pourra créer des invitations et afficher les oeuvres en les nommant. Ou pas. On pensera à placer les oeuvres à hauteur d'enfant.
  • Offrir les oeuvres : si les créateurs/trices en ont envie, ils/elles pourront envoyer quelques-unes de leurs créations à des personnes chères ou à des correspondant(e)s. On pourra même créer ou personnaliser ses propres enveloppes et cartes postales.


Pour aller plus loin,
mais pas trop quand même.


C'est à vous !
  1. Bonjour Célia. Ton blog est une valeur sûre , merci pour toutes les fois où il m'a apporté des billes en formation! Concernant cet article précis, merciiii ! Je partage tout a fait cette réflexion mais surtout, je suis sur un projet d'ouverture de structure, se basant sur ces constats. Je serais ravis d'échanger d'avantage avec toi.

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    1. Merci pour ton commentaire. N'hésite pas à me contacter sur carpaye.celia@gmail.com A bientôt et bon courage !

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    2. Célia bonjour,

      Je me permets de revenir vers toi suite à un premier échange concernant "le processus de création".
      Educatrice spécialisée, le processus de création est mon outils de travail favoris. L'association L'Alternative à vu le jour sur cette double optique de réfléchir nos pratiques éducatives, et de faire de l'éducatif autrement, par le processus de création principalement.

      Je serais ravis de pouvoir échanger d'avantage avec toi sur ce sujet et sur le métier d'éducateur que nous portons profondément.

      Je serais sur Paris les 10 et 11 Décembre prochain dans le cadre des projets de l'association (Festival du Film d'action social, Bistro des éduc, Processus de création).

      Au plaisir de te lire, belle continuation à toi,

      Educativement,

      Mégane

      06.20.88.53.23
      l.alternative68@gmail.com

      https://www.facebook.com/associationlalternative?fref=nf

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