27 septembre 2015

J'ai testé pour toi... la CNV.


La Communication Non-Violente (CNV), c'est un truc que j'ai découvert quand j'étais en première ou deuxième année de formation d'éduc. Il faut dire que j'avais pas trop aimé ça, surtout quand la formatrice m'avait invité à me plonger dans un souvenir désagréable, comme ça, là tout de suite pour voir ce que ça me faisait dedans (bah connasse, ça fait mal c'est tout). J'avais l'impression que ça n'avait pas sa place là où j'étais à ce moment-là. J'en percevais quelque chose d'intéressant, de relativement sain relationnellement parlant mais là maintenant, tout de suite, en cours et avec cette manière-là, ça ne me convenait pas du tout.

Les années ont passé, j'ai continué à aller en cours sans penser à des souvenirs désagréables, j'ai été diplômée en 2011, j'ai été enceinte la même année puis je suis devenue une maman en 2012, maman d'une célèbre Pépito n'est-ce pas. Dès qu'elle a commencé à grandir en moi, j'ai touché du doigt une certaine forme de violence directement liée à la parentalité, l'enfance, l'éducation : violence des intrusions médicales pendant la grossesse ou au moment de la naissance, violence des injonctions extérieures (allaite, n'allaite pas, porte le, pas trop, fais ci fais ça yaka toussa, fais voir ton ventre, oh c'est doux mais ta gueule), violence des regards et des jugements... et puis, une violence dont j'ai souvent parlé ici : la violence éducative ordinaire, subie par les enfants sous prétexte qu'ils sont des enfants et qu'ils-n'ont-qu'à. Et puis ça a fait pareil pour ma deuxième grossesse/naissance en 2014.

Très tôt donc, j'ai souhaité offrir autre chose à mes enfants. Autre chose que quoi ? Autre chose mais comment ? Je n'en savais trop rien mais j'ai cheminé (et je continue) avec passion sur des chemins parfois escarpés mais en fait on s'en fout, c'est des chemins c'est tout ; pour diverses raisons et circonstances, je me suis tournée vers ce qu'on appelle aujourd'hui "l'éducation non-violente", c'est-à-dire que j'ai souhaité conscientiser ma position dominante vis-à-vis de mes enfants pour la mettre au travail, l'interroger et la modifier au regard de mes convictions profondes. Aujourd'hui, si je devais résumer mes choix éducatifs, je dirais que je tente chaque jour de favoriser la coopération, l'échange, le respect mutuel pour accompagner mes enfants et les soutenir dans les choix personnels qu'ils auront à faire ; pour cela, nous bannissons complètement les punitions, récompenses et autres formes de conditionnements.

Sans vraiment le vouloir, sans vraiment le calculer, je suis donc arrivée à utiliser consciemment un mode relationnel non-violent avec mes enfants. Prenons un exemple tout récent :
L., 3 ans 1/2 et M., 16 mois, font du toboggan dans le jardin. M. est assise sur le bas du toboggan, ce qui empêche L. de descendre comme elle le voudrait. Elle pousse donc M. avec ses pieds et la fait tomber. M. pleure c'est le bordel toussa. Je prends L. dans mes bras, attend qu'elle soit disponible pour m'écouter et lui dis "Tu voulais descendre à toute vitesse du toboggan mais ta soeur te gênait, c'est ça ? Tu aurais aimé qu'elle se pousse...". Jusque là, elle confirme. "Tu as utilisé tes pieds pour ça donc, elle est tombée et s'est fait mal, est-ce que tu as d'autres solutions pour pouvoir descendre tranquillement et en même temps que M. puisse se sentir en sécurité ?". Là voilà donc me répondre : "Oui j'ai une solution, même pleins : je peux lui demander sitoplé, je peux attendre, je peux faire une autre activité, je peux discuter, je peux lui demander oupa sitoplé tu peux te pousser, tu vois...". "Oui je vois, et tu choisis quelle solution alors ?", "Je choisis d'attendre"
Même si je n'avais pas posé de mots clairs sur cette manière de faire, ce que nous faisons avec nos filles depuis leur naissance... bah qu'on le veuille ou non, ça s'appelle de la Communication non-violente (maladroite certes). Non mais voilà, c'est pas rien de me dire ça parce que depuis cette expérience pas très cool avec la CNV, je ne voulais pas trop en entendre parler de ce truc qui te donne l'impression de contrôler tout ce que tu dis et d'appartenir à un monde de gens qui ne s'énervent jamais et qui sont vachement tellement cool que t'as envie de les secouer pour voir si quand même, ça va pas un peu les énerver.

Et puis en parallèle, j'approfondissais mes connaissances sur l'enfance, les besoins, la vision occidentale et moderne de la parentalité et j'en arrivais à la conclusion suivante : lorsque nous naissons, nous sommes des êtres de besoins, besoins que nous savons exprimer mais force est de constater que nos habitudes culturelles éducatives nous amènent à brider ces besoins, à les taire, les refouler, nous amenant à la résignation, le refoulement, les rapports de pouvoir, la soumission, etc... A l'âge adulte, nous sommes souvent incapables de formuler clairement nos besoins parce que nous en sommes déconnectés, nous ne les connaissons pas et nous pensons de fait que nos inconforts (ou notre confort) dépendent de l'autre. Et éventuellement, nous faisons porter ça à nos enfants.

Bref, je revenais ainsi à la CNV. Avec forte résistance, je dois bien le dire. Mais envie d'en savoir plus quand même puisque ces notions de besoins-émotions-demande-relation m'étaient apparues comme des révélations depuis la naissance de mon premier enfant.

Et je commençais donc une formation. Il y a deux jours. Une formation délivrée par l'organisme officiel CNV formations qui permet à tout un chacun de se former à ce machin qu'a l'air un peu bizarre mais qui, quand même, semble être une réponse à certaines formes de violence (et qui rassemble de plus en plus de gens). Parce que bon, c'est bien joli de "pratiquer" avec des enfants (et plutôt facile puisqu'ils n'ont pas encore été façonnés à la violence des rapports humains) mais dans la vie de tous les jours, au boulot, avec les collègues, la famille, les gens qu'on accompagne... bah c'est pas simple tout ça.

Je ne vais pas faire un cours de CNV (j'en transmettrais peut-être un jour quelque chose mais je ne m'en sens pas prête pour le moment) mais juste partager avec vous ce qui m'a marqué et qui m'amène aujourd'hui à aller plus loin que cette impression d'un truc pas authentique et automatique.

La CNV c'est quoi ? C'est en fait un mode de communication qui se produit "ici et maintenant", à l'inverse d'une pratique thérapeutique qui s'inscrirait davantage dans le long terme et qui permet plusieurs choses :
  • l'expression singulière des ses sentiments/émotions et besoins,
  • la responsabilité de ses émotions,
  • la formulation d'une demande,
  • l'auto-empathie et l'empathie, l'écoute de soi et de l'autre,
  • le dialogue respectueux,
  • la recherche de solutions quand les besoins de plusieurs personnes ne sont pas satisfaits.
Quand on parle de CNV, on évoque souvent le sigle OSBD : Observations, Sentiments, Besoins, Demande. Il s'agit effectivement de dire que lorsque nous nous adressons à quelqu'un, nous avons souvent tendance à le rendre responsable de notre état : "tu me fatigues", "Tu fais tout pour que je m'énerve", etc... et qu'en utilisant un autre mode de communication, nous pouvons tout à fait exprimer nos ressentis et en prendre la responsabilité.

Voilà quelques petites choses que je retiens de ce premier module :

1. Ce mode de communication me semble particulièrement adaptée aux métiers que nous exerçons en tant que travailleur social, autant avec les personnes que nous accompagnons qu'avec les collègues : lorsque nous sommes en relation avec quelqu'un, nous sommes souvent dans la désignation "il a des penchants abandonniques, du coup il provoque le rejet et il nous rend maltraitant" (sic). Ouais peut-être. Sauf qu'on a rien dit de ce que ça nous faisait dedans, qu'on s'est complètement dédouané de notre "responsabilité émotionnelle" et qu'on a enfermé l'autre dans un diagnostic un peu définitif. Et que ça fait pas avancer le schmilblick. Imaginons qu'au lieu de penser l'autre de manière aussi fermée, on puisse se dire : "Quand il me dit d'aller niquer ma mère de me barrer, je me sens excédée parce que j'ai besoin de dialogue et d'écoute, et encore plus largement j'ai besoin de sentir que mon travail est utile" (on est pas obligé de lui dire hein, on peut juste le conscientiser/le dire à son psy/en parler en supervision).

2. La CNV c'est bien, vraiment bien (je veux dire quand ça devient un truc fluide hein, pas quand on réfléchit 3h en se demandant ce qu'on ressent, là, tout au fond (parce que bon, ça prend du temps de se reconnecter à ses ressentis quand même)) et je pense qu'elle a toute sa place dans les mécanismes institutionnels où se vivent des phénomènes de bouc émissaire ou de désignation. En effet, elle permet de pouvoir éprouver ses émotions sans culpabiliser et en même temps de mettre en place des actions pour sortir de ça.

3. A mon avis, il est important de distinguer le besoin du désir. Un enfant peut avoir besoin de s'exprimer quand il voit des sucettes sur un comptoir de magasin ("han j'en veux j'en veux j'en veux !") même si son désir ne peut pas être satisfait (son parent ne veut pas qu'il mange de sucreries avant le repas par ex). On peut ne pas répondre à un désir mais un besoin devrait toujours pouvoir être satisfait (ici, le besoin d'exprimer son envie).

4. Quelques phrases qui m'ont beaucoup "parlé" :
"Le comportement d'une personne est le seul moyen qu'elle a trouvé, à un moment T, pour satisfaire son besoin".
"La colère est le signe qu'un besoin vital est en jeu"
"Je n'ai pas l'intention de changer l'autre ni d'obtenir un résultat mais si une situation m'insatisfait, j'ai la possibilité de travailler sur mon besoin (l'identifier, m'interroger sur les actions que je pourrais mettre en place pour le satisfaire)"
"Les émotions et sentiments n'ont pour fonction que de nous connecter à nos besoins." (dans telle situation qui me met en colère, quel besoin n'est pas satisfait ?)

Après ces deux jours, bah tu vois, moi je me sens complètement vidée, bouleversée, remuée dans tous les sens. J'ai beaucoup aimé ce premier module parce qu'il est allé un peu plus loin que la simple dichotomie chacal-girafe que certain.e.s connaissent après avoir entendu parler de la CNV. C'est très bizarre parce que j'y suis allée au départ en me disant que ça me servirait vachement dans ma pratique professionnelle blabla la professionnalisé toussa... tu parles, je me suis rendue compte que j'avais du boulot. Mais pas du boulot pour parler comme il faut, analyser ma manière de parler, contrôler, etc... mais plutôt pour me connecter à mes besoins, mes émotions, le reste on verra plus tard.

Je pense qu'une fois ce travail fait (mais comment je me sens, bordel ?), le reste doit venir assez facilement. Avec peut-être un peu d'entraînement pour rester fidèle à soi-même mais quand je vois comme c'est assez naturel avec mes enfants, je me dis qu'il s'agit d'abord d'une transformation intérieure, un travail sur soi-même qui déteint ensuite sur nos relations (et non l'inverse !).

Voilà, j'espère que j'aurais attisé votre curiosité en vous racontant une (petite) partie de mon expérience.
C'est à vous !
  1. Bonjour,

    Je suis E.S en formation et j'ai aussi 2 enfants. J'ai decouvert la CNV lors de ma première grossesse, c'est donc avec grand plaisir que je viens de découvrir et lire votre article.
    Je suis réellement contente de voir votre changement de point de vue concernant ce mode de communication toussa toussa ..
    J'essaye de semer des petites graines dans les structures où je suis accueillie en stage .. ça passe .. ou pas .. mais j'essaye tout de même dans l'espoir que ça chemine un peu .. ou plus ;)

    Je vous souhaite une bonne continuation à la re-découverte de votre "vous", ce n'est pas un chemin facile car il amène à nous mettre face à beaucoup de chose mais, ça vaux vraiment le coup ;)

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    Réponses
    1. Bonjour et merci pour votre message :-)
      Bravo aussi d'essayer d'amener ça à notre travail, c'est quelque chose que j'aimerais faire je crois.. (parce que je pense que, plus que jamais, les gens que nous accompagnons ont besoin de bienveillance et non-violence : pour leur vécu personnel mais aussi pour leur donner des outils dans le cadre de leur vie sociale).
      Merci, à bientôt !

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