23 décembre 2015

J'ai lu, je lis et je lirai.


J'adore lire. J'adore les livres. J'adore découvrir de nouveaux bouquins pas prévus du tout qui me font vibrer dans le ventre ou dans ma tête déglinguée. J'adore sentir leur odeur. J'achète toujours des milliers de livres dans des vide-greniers et des brocantes puis ils attendent là, sur ma trop petite bibliothèque, que je les sélectionne parmi tout ça. J'adore me promener des heures dans les librairies et imaginer lire des milliers de livres, même ceux qui ne sont pas féministes ou qui ne parlent pas d'éducation. Les livres neufs et les livres vieux, j'aime bien leur mettre mon nez dedans. J'aime noter des citations sur mes cahiers, des bouts de papier déchirés, après j'en ai partout dans la maison et puis j'aime partager les citations pour parler de ce que je pense et qui ne trouve pas de mots assez précis dans ma bouche.

Cette année, j'ai lu quelques livres. Pas beaucoup par rapport à d'autres années (celles où il y avait moins de réseaux sociaux, moins d'enfants, moins de travail...). Je propose de partager ça avec vous.

En 2015, j'ai lu

Bad Girl. Nancy Huston.
Je lis en moyenne un livre de Nancy Huston par an depuis que j'ai découvert le chef d'oeuvre incontesté Lignes de faille. Celui-ci n'est pas le meilleur mais porte toujours quelques pépites de bon sens et ne me fera pas renoncer à lire toute sa bibliographie.

J'ai découvert Lola Lafon il y a déjà quelques années grâce à son album Grandir à l'envers de rien. Puis j'ai lu en 2014 "De ça je me console" et j'ai été complètement bouleversée par son écriture, transportée émotionnée, je ne connais pas bien les mots pour décrire ce que ça m'a fait dedans. Alors évidemment, comme je suis une guedin des livres qui remuent les tripes, j'ai lu tous ses autres livres. "Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce", c'était pas mon préféré mais quand même, j'ai adoré. Ca parle de femmes, d'insurrection, de la folle folie de ceux qui disent que ça s'appelle la folie. L'histoire semble retracer le mouvement des indignés... bien que Lola Lafon eut écrit le livre avant.

Je n'ai jamais aimé les livres traduits, je leur trouve toujours une âme en moins ou peut-être que je n'y reconnais pas les repères culturels des romans français, je sais pas... Quoiqu'il en soit, il y a des auteurs qu'on lit quand même. Même si. Celui-ci, j'ai eu du mal à rentrer dedans mais j'ai finalement bien aimé le récit de ce vieux dégueulasse qui nous amène sans concessions dans son enfance brutale, froide, violente, de la famille à l'école. Et puis l'alcool. Et puis Bucowsky. C'est un livre assez dur quand même (bon ok je suis une mauviette mais quand même). 

Jeux interdits. François Boyer.
Ca faisait longtemps que je voulais lire ce livre, je l'ai trouvé à 50 centimes dans un vide-grenier. Je l'ai lu. Et j'ai complètement adoré. En même temps j'ai été super triste. Je pense que je le relirais car je crois que je suis passée à côté de quelques trucs. Et puis je crois que c'est un livre qui se relit. Ce que j'ai aimé le plus, c'est l'écriture. Cette écriture merveilleuse. Simple et unique à la fois. Magistral.

Les heures souterraines. Delphine de Vigan.
Encore un vide-grenier, j'avais déjà lu un livre ou deux de cette auteure, c'est pas que je l'adore mais c'est pas mal quand même. Celui-ci, je l'ai beaucoup aimé. Surtout que je pensais que ça parlait d'une histoire d'amour niaise (je déteste les livres qui veulent raconter des histoires d'amour, mais j'aime les livres qui parlent d'amour sans faire exprès), et finalement ça parlait pas du tout de ça, ça parle de deux destins ordinaires dans cette folle vie occidentale, ça parle de harcèlement au travail, de burn-out professionnel (tellement bien décrit !), d'amour aussi un peu mais ça va, elle nous en fait pas des caisses.

L’enfant. Maria Montessori.
Evidemment, toute personne qui s'intéresse à la pédagogie Montessori a entendu parler de ce livre ; je l'ai donc lu après l'avoir déniché dans une vieille librairie d'occasion marseillaise. Il a confirmé des choses que j'avais déjà entre-aperçu dans ma formation ou mes lectures diverses mais il a aussi contribué à m'éloigner un peu plus de cette pédagogie (sans toutefois la rejeter (ne me faites pas dire ce que je ne dis pas hein)) ; Maria Montessori avait quand même une vision assez normative de l'enfant "normal", ce qui peut être assez culpabilisant dans une société comme la notre qui envoie des tas de stimulus à nos enfants que nous ne pouvons pas toujours empêcher. Il y a quand même de belles choses dans ce livre, vous pouvez même lire quelques citations en cliquant ici. Ouvrage très instructif.
(je suis pas paradoxale, je suis complexe. c'est pas pareil d'abord)

La ferme des enfants. Sophie Rabhi.
Parce que ma fille aînée est scolarisée dans l'école dont parle ce livre, je l'ai lu. Mais même si ça n'avait pas été le cas, cette sage lecture est à recommander à tou.te.s ceux/celles qui s'intéressent de près ou de loin à la bienveillance éducative mais aussi au rapport qu'entretiennent les enfants avec la nature, les choses et les gens qui les entourent. J'ai été complètement transportée par les mots de Sophie Rabhi, toujours très émue par des réflexions que je trouvais tellement sensées mais que mes émotions ne me permettent pas toujours d'exprimer aussi bien. Vous pouvez lire quelques citations en cliquant ici.

Bilal sur la route des clandestins. Fabrizio Gatti.
Ce livre-là, je vous en ai tellement parlé que peut-être vous ne serez pas étonné.e.s si je vous dis que c'est un livre à lire absolument. Je suis tombée dessus par hasard et je l'ai dévoré avec une grosse boule dans la gorge. Très instructif, ce livre décrit l'épopée d'un journaliste italien qui décide de parcourir le chemin pris par les migrant.e.s du Sahel. Il éclaire particulièrement bien les enjeux économico-politiques qui sous-tendent les réalités migratoires et montre notamment que les passeurs ne sont que les maillons d'une chaîne qui est d'abord celle de nations complices (et coupables, donc). Vous pouvez lire des citations en cliquant ici.

La petite femelle. Philippe Jaenada.
Dernier roman de Philippe Jaenada, je l'ai lu parce que Philippe Jaenada l'a écrit. Et Philippe Jaenada, c'est mon auteur favori. Je l'aime d'amour littéraire et je passe ma vie à attendre ses romans et quand ils arrivent, je les dévore et les lis en quelques jours. Puis je pleure parce qu'il va encore falloir attendre deux ans avant d'en lire un nouveau. Bref, celui-ci c'est pas le meilleur de son oeuvre - pas à cause de lui mais parce que l'histoire n'est pas drôle - mais il est quand même incontournable parce qu'il raconte la vie (et la mort SPOIL (mais non tout le monde le sait qu'elle est morte)) d'une femme un peu trop en avance sur son temps et sa liberté d'être une femme. Si toutefois vous voulez découvrir les livres de Philippe Jaenada, je vous conseille Le chameau sauvage. Ou les brutes (c'est une nouvelle illustrée). Ou Sulak. Ou Nefertiti dans un champ de canne à sucre. Ou Le Cosmonaute. Ouala.

Naissances. Pierre Péju.
Un tout petit livre trouvé dans un vide-grenier (encore), des naissances racontées par un homme, racontées assez joliment, avec de la poésie et des jolis mots... parfois un peu trop, mais c'est au goût de chacun.e. Les histoires sont assez dures. Au départ, j'ai lu avec intérêt puis parfois je me suis ennuyée. Bon. Je ne sais pas trop en dire de plus. 

Dernier ouvrage de Lola Lafon qui a un succès fou depuis sa sortie, c'est celui que j'ai trouvé le moins intéressant (je suis chelou, j'en conviens) mais que, quand même je ne regrette pas d'avoir lu. Il raconte l'histoire (parfois imaginée, parfois non, j'ai rien compris) de Nadia Comaneci, gymnaste roumaine mais il donne surtout une vision complexe et nuancée du communisme sous Ceausescu et ça, ça m'a beaucoup plu. Ca parle aussi des injonctions faites aux corps des femmes qui doivent rester des corps de petites filles pour être valables et valides, et ça, ça m'a - évidemment - beaucoup plu. 

Voici un livre que j'ai acheté d'occaz sur un groupe Facebook quand j'ai commencé mon nouveau travail (je travaille avec des parents qui rencontrent leur(s) enfant(s) dans un lieu neutre et protégé parce qu'un jugement l'a prévu, autrement dit un grand nombre de parents jugés "défaillants") et j'ai découvert là un travail d'une qualité rare. Je n'étais pas trop surprise puisqu'on m'a souvent parlé de cet auteur et de son oeuvre. Je pense que ce livre devrait être lu par tout.e professionnel.le amené.e à accompagner des gens, familles ou non, juste pour le regard "à côté" qu'il porte sur les personnes accompagnées. Juste parce que ça change un peu de ce qu'on a l'habitude de lire et d'entendre dans nos métiers.

Entrer en pédagogie Freinet. Catherine Chabrun.
Celui-ci je l'ai lu pour les besoins d'un de mes projets d'auteure. C'est un livre professionnel qui donne quelques clés pour débuter en Freinet. C'est surtout pour les enseignant.e.s mais je suis sûre que des idées peuvent être utilisées en institution avec des enfants ou des adolescents. Livre court, descriptif, efficace. Le petit plus : l'auteure n'hésite pas à aborder les questions politiques qui sous-tendent la pédagogie Freinet.

Existe en blanc. Bertrand Blier.
Ce livre est le livre le plus chelou du monde. En même temps, Bertrand Blier est le mec le plus chelou du monde, non ? J'avais adoré ses films, j'ai adoré ce livre. Mais quand même, c'est politiquement incorrect de ouf, et je crois qu'il peut être assez choquant par endroits (tout ce que j'aime niarkniark). C'est trash, sale, impertinent, poétique aussi, drôle, touchant, triste. Ca parle de meurtre, d'inceste, de dévoration, de sexe, d'amour. Je ne sais pas si je dois vous le conseiller, c'est très personnel, débrouillez-vous avec ça (rire satanique ah ah ah).

L’enfant et la raison d’état. Philippe Meyer / La police des familles. Jacques Donzelot.
Ces deux livres là, je les ai lu dans le cadre d'une réflexion professionnelle sur la protection de l'enfance et l'histoire de la famille (complétée avec une lecture en diagonale du très connu "L'enfant et la vie familiale sous l'ancien régime" de Philippe Ariès). Ces livres ont été importants dans mon cheminement personnel ; inscrire l'enfant et sa famille dans l'histoire, au regard des rapports de classe inhérents à notre société, est chose passionnante. Je pense que ce que j'en ai retiré - que je digère encore - me permettra un jour d'accoucher d'un article qui me tient à coeur sur la question de l'autorité éducative. Affaire à suivre, donc. 

Pour les besoins d'un cours, j'ai lu ce livre pas en entier. Sous forme de questions-réponses, c'est un livre très professionnel qui conviendra à ceux qui sont concerné.e.s, qui bossent avec des enfants/adolescents, en protection de l'enfance en particulier.

Troisième ouvrage de Wendy Delorme, comme les autres je l'ai dévoré en une soirée. Comme les autres, je me suis laissée transporter. Ca parle d'amour, de sexe, de joie, de douleur, de liberté. De liberté, voilà. Qui ne doit jamais - mais vraiment jamais - se laisser dérober. Même si l'amour et tout le reste.

Je fais en ce moment une sorte d'obsession pour la seconde guerre mondiale avec des questionnements sur commentcestpossibletoutça, et parmi tous ces questionnements, je me suis demandée s'il n'y avait pas eu des allemand.e.s qui avaient résisté face à la montée de l'obscurantisme nazi avant ou pendant la guerre (et pourquoi on nous en parle pas à l'école de ça hein ?). J'ai posé la question sur Twitter et de fil en aiguille, je suis tombée sur cet ouvrage. Je le conseille. Ce que j'ai beaucoup apprécié, c'est la capacité de l'auteure (la soeur de deux des résistant.e.s de "La Rose Blanche") à raconter sans faire dans le pathos. Un récit brut, descriptif, assez simple qui se suffit à lui-même et laisse le goût amer d'un truc encore possible, même si on se dit que non. C'est quand même pas possible que nous. on. cautionne.

Une BD dont j'ai parlé sur ce blog et que je vous invite encore à lire, au moins en signe de soutien à un acte militant et essentiel.

Pour une enfance heureuse. Catherine Gueguen.
Un livre passionnant que je n'ai pas terminé mais qui donne des raisons tangibles de poursuivre dans la non violence.

En 2016, je lirai.

L'année 2015 est bientôt finie (ouf). En avant pour l'année à venir :

In utero. Julien Blanc-Gras.
Beauté fatale & Chez-soi. Mona Chollet.
L'arabe du futur. Riad Sattouf.
Un monde libre. Halim Mahmoudi.
Journal 1942-1944. Hélène Berr.
L'année dernière j'étais mort. Signé Miloud. Jean Oury, Fernand Oury, Catherine Pouchet.
Voyage de classes. Nicolas Jounin.
Vernon Subutex. Virginie Despentes.

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