17 février 2017

Les apprentissages autonomes (live tweet)


Il y a quelques mois de ça, j'ai commencé à lire l'ouvrage très connu "Les apprentissages autonomes" de John Holt, cet instituteur américain qui, par ses apports en Sciences de l'éducation et ses nombreux ouvrages, participa à la pensée encore (très !) alternative autour des apprentissages formels.
J'ai décidé de partager certains points de cette lecture avec mes followers de Twitter et grâce au génialissime outil Storify, je vous en fais profiter aussi.
La plus grande part de ce que je sais aujourd'hui, ce n'est pas à l'école que je l'ai appris ; en fait, ce que je sais, on ne me l'a jamais enseigné.
John Holt

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C'est qui John Holt ?
Cette présentation est inspirée du chapitre John Holt, sa vie, son oeuvre présent à la fin de l'ouvrage

Très peu connu en France, John Holt est en fait une figure de l'unschooling et des apprentissages non formels, ayant inspiré nombre de familles et d'enseignant.e.s dans de nombreux pays.
Enseignant lui-même pendant une dizaine d'années, touché par les freins que pouvaient rencontrer les enfants au sein de l'école, John Holt va prendre conscience d'un certain nombre de défaillances au cours de sa pratique éducative, sur la base d'observations et de prises de notes qui vont aboutir à la publication d'un premier ouvrage en 1964 : "Parents et éducateurs devant l'échec scolaire". Traduit en quatorze langues, vendu à plus d'un million d'exemplaires, cet ouvrage a été qualifié de best-seller mais est resté étrangement absent des références françaises.
A partir de ce travail d'écriture et de quelques années d'enseignement en Sciences de l'Education, John Holt va dénoncer plusieurs choses :
Trois freins à un apprentissage serein chez les enfants : la pression qui entretient la peur d'échouer, des activités non adaptées aux intérêts et talents des enfants, et le manque de sens de nombreuses notions abordées en classe qui embrouillent les élèves
La valorisation de la conformité qui empêche le développement des compétences créatives des enfants
Selon lui, l'école (par le principe de l'évaluation) entretient les hiérarchies sociales et ce que Pierre Bourdieu a nommé dans un autre temps et un autre espace "la domination symbolique".
(...) l'école permet d'apprendre aux perdants à vivre comme des perdants : soumis mais "honnêtes", conscients de leur "indigence" intellectuelle et finalement satisfaits de se voir octroyer une place dans la société.
Il quitte rapidement le monde de l'enseignement, persuadé que l'école est irréformable, pour se concentrer sur sa réflexion et la partager avec ceux que ça intéresse. Il va se pencher plus précisément sur les relations enseignant/enseigné et questionner le mode de fonctionnement de l'apprentissage.

Il aura (et a encore !) une grande influence sur la pratique de l'Instruction En Famille mais même dans ce domaine, il fait partie des marginaux, considérant que l'enfant est naturellement apprenant et que tout tentative d'enseignement est une entrave à sa nature profonde. En ce sens, il revendique l'idée selon laquelle deux règles suffisent pour accompagner un enfant dans les apprentissages :
La liberté pour celui-ci de suivre ses propres centres d'intérêt
Un accès le plus large possible à de nombreuses ressources

John Holt décède d'un cancer à l'âge de 62 ans en laissant derrière lui près de dix ouvrages, dont "Les apprentissages autonomes" en cours d'écriture au moment de sa mort. Ce livre est donc le résultat de son travail mais aussi de son équipe qui a tenté de donner vie à ce projet inachevé.


Mon avis sur l'ouvrage

En tant qu'éducatrice passionnée depuis très longtemps par la question de l'école, mais également maman de deux enfants scolarisés dans une école qui pratique les apprentissages informels, je vous le dis d'entrée de jeu, je ne saurais être objective. Mais je ne serais pas non plus toute béate devant cet ouvrage. S'il est une bonne entrée en matière pour qui voudrait se mettre au courant de ce qu'est "l'éducation informelle", il reste à mon sens assez léger. Peut-être que ce manque est du au décès brutal de l'auteur pendant son écriture, il me faudrait lire d'autres ouvrages de lui pour le savoir, mais force est de constater que je suis restée sur ma faim. J'aurais aimé, en tant que (a priori) convaincue, davantage de données, de statistiques, des études avec échantillons représentatifs et tout ça. C'est peut-être un peu trop cartésien mais en tant qu'universitaire ratée, j'ai tendance à rejeter tout ce qui n'est pas circonscrit de méthodologie scientifique.. et même là, je me méfie toujours parce que, nous le savons, la science peut aussi nous faire dire ce que l'on veut qu'elle dise.
Bref, je ne saurais m'égarer davantage mais autant les trois premiers chapitres m'ont paru relativement intuitifs et très logiques - parce que ça parle à "mon naturel parental" -, autant je reste à la fin de ma lecture avec des questions sur l'application de cette (non ?) pédagogie dans une société comme la nôtre, qui valorise la compétition et l'évaluation.
Les doutes semblent faire partie du chemin, c'est ce que le film Etre et devenir (que je vous conseille fortement !) m'eut appris, mais comme il en va de la destinée d'adultes en devenir dans une société hyper exigeante, j'avoue que j'ai du mal à gérer cette incertitude.
Par exemple, je me demande si ce type de fonctionnement est très adapté dans une société fondée sur les rapports de classes, où certain.e.s ont de toute façon plus de chances de s'en sortir que d'autres. Par exemple, ma condition sociale ne va t-elle pas influer négativement sur les possibilités d'émancipation de mes enfants dans la mesure où les ressources mises à leur disposition sont forcément fonction de mon capital sinon culturel, financier ? J'aurais aimé pouvoir répondre à ces questions, au moins esquisser le début d'une réflexion. Peut-être que d'autres ouvrages du même auteur les abordent, je m'y pencherai...
En attendant, je reste quand même très convaincue par l'idée que l'enfant possède en lui tout le potentiel pour apprendre et acquérir les compétences dont il a besoin, je reste persuadée que l'école fait de gros dégâts en soumettant sans cesse les enfants à la pression de la réussite et finalement, j'apprivoise un peu cette incertitude. Je suis d'ailleurs souvent surprise de ce que mes enfants me font découvrir et je me rends compte que si moi je doute, ce n'est pas du tout leur cas.

Ma fille à l'école


Le live-tweet de l'ouvrage
Je vous livre mes notes telles que je les ai tweeté, je suis désolée, les 140 caractères rendent la lecture un peu bizarre mais le temps me manque pour copier tout ça en un seul texte.

C'est à vous !

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