5 avril 2017

Mes lectures de 2016. Et de (peut-être) 2017.


En 2016, je publiais un article avec toutes mes lectures de l'année passée, et vous proposais ainsi des critiques très subjectives. Je crois que vous avez bien aimé ça donc j'avais envie de le refaire cette année car c'est très agréable de faire le bilan de lectures passées, je trouve. Se poser quelques instants pour se rappeler du plaisir de la découverte, c'est une sorte de deuxième rencontre... Et se donner quelques lectures à lire pour l'année à venir, c'est bien aussi. On ne tient jamais ses résolutions évidemment, mais ça permet de se donner quelques idées pour les moments où on ne sait pas trop quoi lire.

Bref, c'est parti.

En 2016, j'ai lu...

Prodige. Nancy Huston.
C'est un livre court de Nancy Huston qui évoque le lien mère-enfant, la prématurité, un de ces récits finalement assez caractéristiques de l'auteure. Ce n'est pas son meilleur ouvrage à mon avis mais ça se lit bien, ça se lit vite. Bon.

Commencé, pas terminé. C'est une sorte d'essai sur les rapports hommes-femmes qui s'évertue à réfuter l'idée selon laquelle les différences entre les sexes sont socialement construits. Chacun y verra midi à sa porte, moi je n'adhère pas du tout à ce discours, j'ai trouvé ça farfelu au possible, ça m'a un peu refroidi sachant que, comme dit dans mon article de 2016, j'adorais cette romancière (je l'aime toujours mais un peu moins quand même).

Voyage de classes. Nicolas Jounin.
Bon celui-là, je vous en ai parlé, parlé, parlé, je vous ai rabâché les oreilles avec, j'en ai même carrément fait un article donc allez voir si ça vous intéresse. C'est passionnant, c'est accessible à tous, ça pose des vraies questions sur le monde d'aujourd'hui, les rapports de classe, les inégalités, la sociologie, les banlieues, etc... LISEZ CE LIVRE !



Vernon Subutex. Virginie Despentes.
Comme à peu près tout le monde, j'ai lu ces livres (y'en a 2 hein ?), j'ai mis beaucoup beaucoup de temps à rentrer dedans, presque jusqu'à la fin du Tome 1 (mais j'ai rien lâché tavu), et puis ensuite j'ai lu comme une boulimique jusqu'à la fin, j'ai beaucoup aimé la subtilité avec laquelle Virginie Despentes décrit cette sorte de passage, cet entre-deux vécu par le narrateur (je ne dis rien pour les personnes qui ne les auraient pas encore lu), c'est d'une finesse incroyable... Bon, la fin m'a laissé dubitative mais j'ai passé un bon moment.

Une merveilleuse découverte grâce à un bibliothécaire qui, chaque fois qu'il me croise, me glisse un bouquin entre les mains, des bouquins pas connus, bizarres parfois, parce qu'il sait que j'aime ça, il a bien compris. Et donc, il m'a donné celui-là en me disant "je pense que tu aimeras" et il ne s'est pas trompée, j'ai été comment dire... transportée. C'est l'histoire d'une fille qui est en train de se noyer et qui, en un souffle de 350 et quelques pages, raconte ce qui l'a amené là. C'est magistral. C'est le premier roman d'Ali Zamir qui, au moment de la promotion du bouquin, n'a failli pas pouvoir venir en métropole à cause d'une histoire de visa... Triste ironie !

Beauté fatale. Mona Chollet.
Mona Chollet, y'a pleins de twittos qui en parlaient, ce livre faisait partie de ma liste, il m'avait été vivement conseillé par une connaissance. Je suis d'ailleurs en train de lire un autre livre d'elle en ce moment (Chez soi / Une odyssée de l'espace domestique) parce que oui : J'AIME D'UN AMOUR INCONDITIONNEL MONA CHOLLET. Je ne sais pas comment expliquer ça sinon que cet ouvrage est hyper documenté, engagé, instructif, on sent que l'auteure a grave bossé. Et puis, c'est quand même un indispensable dans notre société qui croit que le patriarcat c'est terminé alors qu'en fait, pas du tout.

Elephant Island. Luc Baba.
Dieu, ce livre... Je l'ai découvert par hasard alors que je naviguais nonchalamment sur le site des éditions La contre-allée et... Dieu, ce livre... C'est un roman, l'histoire d'un petit garçon qui raconte son parcours dans des lieux d'enfermement entre 1917 et les années 60 en Belgique. C'est magistral, c'est ce genre d'auteur qui me donne envie d'écrire et qui réveille ma douleur quand je n'ai plus de livre entre les mains. Tiens... Je viens de retrouver ce que j'avais noté sur Instagram à chaud :
"Je viens de me prendre une claque littéraire, les ami.e.s. Poésie, triste poésie pour évoquer les enfants des bagnes, les enfants de la guerre et de comment on peut mourir de la guerre même après la guerre, et de comment on essaie de se sauver de ne pas pouvoir sauver les autres. Poésie, triste poésie. Magistrale œuvre littéraire". Voilà.

Infrarouge. Nancy Huston.
Allez, encore un autre ! A vrai dire, je ne me souviens plus trop de quoi il parle si ce n'est de l'Italie (et j'ai bien aimé ça : voyager avec elle), d'hommes nus (et photographiés), de sexe, d'amour filial... Bon voilà, débrouillez-vous !

La femme précipice. Princesse Inca.
C'est ce livre là qui m'a fait atterrir sur le site des éditions La contre-allée, je l'avais emprunté à la médiathèque alors que je faisais une intervention au sujet de mon propre livre Les habitants voyageurs et que l'équipe de la médiathèque avait, pour l'occasion, disposé quelques ouvrages sur le thème de la folie. Cet ouvrage-là, c'est en fait un recueil de poésies d'une femme vivant à Barcelone et diagnostiquée bipolaire. J'ai tellement aimé ("aimé" est un petit mot, j'ai été foudroyée écorchée éreintée d'elle) que j'ai acheté le livre pour l'avoir près de moi toute ma vie. Elle m'a aidé à ne pas me sentir seule, sans doute, mais on s'en fout de ça, c'est une grande auteure, une grande artiste voilà c'est tout.

L'arabe du futur. Riad Sattouf.
On ne présente plus cette série de BD. Bon j'ai aimé bien sûr. Next.

Les vieux fourneaux. Lugano, Cauuet.
Idem. Une série qui fait du bien. C'est bon, succulent même.

Touriste. Julien Blanc-Gras.
J'ai découvert cet auteur avec l'hilarant Comment devenir un dieu vivant, et celui-là, j'hésitais à le lire parce que je savais qu'ensuite, j'allais avoir envie de prendre mon sac à dos et partir partir partir. Et ça n'a pas raté. Je travaille depuis quelques années à apprendre à rester quelque part alors je ne le remercie pas hein, d'avoir réveillé ma faim de fuir encore, partir et n'être qu'une âme au milieu d'indifférent.e.s. Bref, l'intérêt de cet ouvrage tient moins dans le contenu que dans la manière d'écrire de Julien Blanc-gras je crois. Lui aussi, je l'aime d'amour... Ce qu'il écrit est toujours très bon, évident, limpide. Beau.

Cet ouvrage, c'est ma mère qui me l'a offert à Noël 2015 en me disant "comme je sais que tu es féministe...", au début j'ai levé les yeux au ciel (normal quoi) et puis quand tout le monde était parti et qu'on avait fini de manger tous les chocolats, je l'ai ouvert. Et. Comment dire. Ce livre est un ovni. Moi : j'ai A-DO-RE. Mais vraiment. Il m'a vraiment beaucoup marqué. Mais alors, je crois qu'il n'y a pas beaucoup de monde qui a aimé. L'auteure a un style d'écriture très (mais vraiment "très") particulier que perso, j'ai fini par apprivoiser mais qui peut effrayer, voire irriter. Un exemple ?"
Et je le vois là dans la cuisine. Tu passes en traînant le pied. Ses yeux te. Je passe en l’ignorant. Gorge serrée en passant et n’arrive pas à penser à comment choquer. Salut tante maman. Leurs bonjours à moi. J’avance. Je continue d’avancer. Pas un seul mot pour lui. Pas un regard pour lui. Je les garde verrouillés. Je vais comme une lumière qui s’est éteinte je monte dans ma chambre. 
Plus tard ça a grimpé sur moi. Jambes estomac genoux poitrine dans la tête. Comme de la fumée à tousser hors de mes poumons. Je pourrais vomir l’excitation. Qu’est-ce que c’est ? Comme un nez qui saigne. Comme une douleur glaciale. Je me sentais pas moi. Tournant vers le soleil. Sens son rôtissement. Comme coup de soleil. Comme une insolation brûlante. Comme des gouttes tombant à l’intérieur. À travers mes cheveux. La peau éclaboussée de ça. Mes yeux aveuglés d’éclat. Énorme tremblement. Moi qui suis toute neuve. Tout juste tombée du ciel. Quoi. Ça le désir ? C’est ça. La première écharde. Je. M’abandonne effrayée. Si je voulais. Stop. Lui. Oh mon Dieu. C’est un péché mortel mortel."
Moi j'ai vibré. Merci maman <3

Il n'y a pas de parent parfait. Isabelle Filliozat.
J'ai un peu la flemme de commenter ce livre. Pas parce que je n'ai pas aimé - au contraire, il m'a aidé à regarder les choses avec encore plus de congruence, en terme d'éducation - mais parce que je n'en peux juste plus de tous les trucs qui touchent à Filliozat and co. Je pense qu'on trouvera mille articles sur le net sur cet ouvrage donc je ne vais pas le commenter.

Chambre 2. Julie Bonnie.
Pas mal mais assez maladroit tout de même. On sent que c'est un premier roman, bon... j'étais un peu mitigée parce qu'il y a de belles choses, de belles douleurs à exhumer dans ce livre quand même. A vous de voir...

Mr. Emma Becker.
Couchez les enfants, ce livre est un roman oléolé, l'histoire d'une relation épistolaire et charnelle entre la narratrice et un homme : Mr. Si j'ai aimé les références, l'érudition de l'auteure et sa maîtrise du verbe pour raconter le sexe et l'amour, j'ai moins apprécié l'immaturité de l'histoire de fond, un poil nombriliste.

Bord de mer. Véronique Olmi.
Celui-ci, je l'avais en fait lu en 2015 mais oublié dans ma liste, je vous en parle maintenant. C'est un tout petit livre. Noir. Comme j'aime. Qui laisse comme ça, sidérée, mal à l'aise et d'où on ressort avec un sentiment bizarre. Pendant toute la lecture, j'ai eu l'impression de me retenir de respirer et quand la fin est arrivée, brute, brutale, j'étais. Essoufflée. Ouais voilà.

Génial. Comme le film.
(ouais j'ai la flemme).

Dernier livre de l'année, j'ai mis du temps - beaucoup de temps - à le lire mais j'en ai fait un live tweet, vous pouvez le lire ici. J'ai noté tous les points qui me semblaient importants et intéressants à partager avec vous.


J'ai du trouver celui-là dans un vide-grenier, ça faisait un moment que je voulais le lire, c'était la bonne occasion. Bon, je ne serais pas très originale en disant que c'est un indispensable, surtout en ce moment et surtout pour les travailleurs sociaux. C'est une sorte de réflexion philosophique sur la question de l'identité avec une prise de parti claire sur ce qui devrait être une position humaniste, ni dans l'uniformisation, ni dans le repli. A lire absolument.

Parents respectueux, enfants respectueux. Sure Hart, Victoria Kindle Hodson.
Un ouvrage (malheureusement) trop peu connu qui aborde la question de la communication non-violente dans l'éducation. Il m'aide personnellement en me donnant des idées et en me ramenant à l'essentiel de ce que je souhaite : vivre une relation authentique avec mes enfants, basée sur la confiance et la coopération. Un livre dans lequel je replonge au besoin. Dommage que ce livre soit peu connu, il dépasse de loin ceux de Filliozat par exemple.

Trop tard c'est bientôt. Sébastien Joanniez.
Sébastien Joanniez, c'est un ardéchois que j'ai découvert grâce au bibliothécaire de chez moi (oui toujours le même), et surtout un auteur de talent. Ce qu'il écrit est délicieux, il a cette capacité à dire des choses importantes en jouant avec les mots, la ponctuation, les conventions littéraires. Ici, ce sont trois nouvelles que j'ai adoré. Une super découverte que je vous conseille d'urgence !


Chouf. Sébastien Joanniez.
Et Chouf, c'est des textes, des dialogues, des bouts d'histoires, des conversations sur l'Algérie. Rien que la quatrième de couverture, tu kiffes : "Écrits au cours de voyages entre la France et l Algérie, issus de rencontres ou totalement inventés, les textes de Chouf sont des pépites du passé, des bribes d'aujourd'hui, les éléments d'un pont qui se jette par-dessus la Méditerranée. Ici, la poésie tente de dire le silence et l'espoir. La page presque blanche allume des feux dans la nuit. Car l'Histoire n'a pas encore éteint nos souvenirs, ni coulé nos bateaux, ni entamé nos appétits".

Lettre à une mère. René Frydman.
Un livre sur la grossesse, l'accouchement, la naissance, la maternité... écrit par un homme. Bon. Rien à en dire, j'ai pas trouvé ça passionnant mais ça peut émouvoir à certains égards.

En 2017, je lirai...

2017 a commencé depuis belle lurette, ça va hein. 

D'ailleurs, j'ai déjà lu quelques livres (et je crois que j'en oublie) :
De rêves et de papiers. Rozenn le Berre.
Le petit matin de mourir. Sébastien Joanniez.
Bleu de travail. Thomas Vinau.
Histoire de la violence. Edouard Louis.

mais il faudra attendre un an pour que je vous donne mon avis !


Et j'aimerais encore lire pas mal de choses :
La domination masculine. Pierre Bourdieu.
In utero. Julien Blanc-Gras.
L'année dernière j'étais mort. Signé Miloud. Jean Oury, Fernand Oury, Catherine Pouchet.
Petit pays. Gaël Faye.
Travesti. David Dumortier.
Nous... la Cité. Rachid Ben Bella, Sylvain Érambert, Riadh Lakhéchene.
C'est à vous !
  1. C'est savoureux de vous lire et vous connaître, un peu, au gré de vos impressions livresques notamment. A quand vos coups de coeur (ou coups de tête!) ciné ou autres?! Peut être qu'ils existent déjà par là et que je n'ai rien vu... Je ne vous ai découvert que depuis peu mais j'aime la multitude cogitée de ce que j'en perçois, cette autenticité et générosité du partage. Les mots qui aident certainement beaucoup d'étudiants ou éducateur, et le "derrière" des mots de la rencontre qui affleure.
    Xavier

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    Réponses
    1. Bonjour !
      Merci de ce retour. C'est vrai que je pourrais faire un peu la même chose pour les films mais le temps me manque terriblement pour tout faire ! Cela dit, tapez "films" dans le champ de recherche et vous aurez quand même des petites choses..
      Et sinon : bienvenue par ici alors ! ;-)

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