29 septembre 2017

T'interdire de les punir t'obligera à.

T’interdire de punir t’obligera à les occuper.
Dis-toi bien que l’éducation commencera le jour où l’atmosphère sera complètement débarrassée du moindre miasme de « sanction ».
Et les plus difficiles à désinfecter seront peut-être les enfants.
Fernand Deligny, Graine de crapules
Parfois quand je m’ennuie, je traîne sur Facebook. Alors que bon, ça fait des lustres que je me suis donnée comme ligne de conduite de ne plus lire mon fil d’actualité, parfois je ne sais pas ce qui me prend, je suis si fatiguée que je me retrouve à glisser nonchalamment mon pouce de bas en haut, absorbant des informations qui contournent mon cerveau pour disparaître finalement dans une sorte de brouillard cérébral.
Mais vous savez ce qui est pire que de traîner nonchalamment sur son fil Facebook quand on a décidé de ne plus le faire ? Commenter les posts dans les groupes d’éducateur ! Oui, oui je fais ça aussi ! (mais elle est dingue, elle est dingue) La plupart du temps, je passe ma route et puis parfois – pourquoi je fais ça ? – bah, je ne peux pas m’en empêcher, j’y vais de mes critiques acerbes et je me fais remballer par des professionnel.le.s qui se demandent c'est qui ce troll qui nous emmerde là.
Aujourd'hui, je vais donc me troller toute seule et aborder un sujet que je vois apparaître de manière récurrente dans les groupes d’éducs et autres travailleurs sociaux : Comment on fait pour faire plier un ado relou difficile intolérant à la frustration résistant à l’autorité toussa toussa.

Parce que oui, ça devient assez fréquent, ce genre de messages, bien sûr formulé un peu autrement, le plus souvent de la part deprofessionnel.le.s démuni.e.s (on est pas là pour taper sur les pros hein, juste pour lancer du débat utile) qui, en l’absence d’autres réponses, se demandent si :
Oui ou non, c’est ok de menacer un ado de lui enlever son argent de poche s’il va pas se coucher à l’heure
Oui ou non, c’est ok de se dire que quand même, faut pas déconner, il faut que ces minots comprennent c’est qui le chef dans la baraque, qu’il y a des lois et qu’on s’y plie, un point c’est tout, sous peine de sanctions
Oui ou non, il est possible de laisser un ado avec son téléphone toute la nuit

Et puis, il y a celles.ceux qui répondent :
Que oui, la punition/sanction c'est carrément ok parce que bon, comment tu veux qu'ils te respectent sinon
Que oui, il faut bien que ces mômes comprennent que tout acte a des conséquences, c'est la vie, c'est la loi, toussa toussa
Heu oui, mais bon, je veux dire est-ce qu'il ne faudrait pas interroger le sens de la sanction << ça c'est les personnes qui essaient de donner un avis un peu contrasté mais qui, le plus souvent, sont comme ça :



On pourrait parler de la manière dont peuvent ou non avoir lieu des débats contradictoires sur ce type de supports mais ce n'est pas la question ici. En fait, je réalise que je suis souvent dérangée par cette pensée unique qui consiste à dire que seul un modèle coercitif serait entendable et valable dans nos métiers. Je ne ressens pas d'aversion pour les professionnel.le.s qui se questionnent là-dessus hein, soyons clairs, mais je suis gênée par les débats qui entourent ces questions et la manière dont tout discours contraire à l'idée mentionnée précédemment est très vite relégué au rang d'idéologie dogmatique, voire extrémiste.

Vous le savez, je suis un troll qui aime bien partager, je vais donc essayer de poser mes pensées de manière un peu plus ordonnée que dans ma tête, et éventuellement lancer un débat enflammé sur mon blog (ne vous gênez pas hein, même si vous n'êtes pas d'accord avec moi).

Avant, je partage avec vous un cours que j'ai construit sur l'adolescence, où j'ai tenté de montrer à quel point cette période était un moment fantastique dans la construction de l'individu, tout en m'appuyant sur tonton Freud, Piaget, et tout la clique :


L’éducateur.trice n’a pas d’obligation de résultats, merci.

D'aucuns diront que la loi, c'est le père, c'est le tiers, c'est la triangulation, je sais qu'on aime bien tous ces mots, nous les zéducs mais pour moi, la loi, dans son sens strict (parce qu'il s'agit bien de son sens strict dans les questions posées), la loi donc, c'est la police, c’est la justice, c’est le dispositif qui a menés là, ces petits gosses un peu beaucoup cassés, c’est les murs qui les entourent jours et nuits, les draps que d’autres ont déjà foulé de leurs cauchemars, les repas imposés, les injonctions à être des gens bien même s’ils n’ont pas eu les armes pour ça au départ. La Loi, symbolique et tout et tout, si elle aime à être proclamée par les lacanien.ne.s comme une manière de faire tiers entre un désir de toute puissance et une adaptation au réel, mérite quand même quelques pas de côté pour ne pas confondre médiatisation et contrôle de l’ordre social. Parce que ouais, ouais, on est pas des flics hein.

L’éducation, c’est éducare/educere : nourrir, conduire hors de (celle-là on l'a mise dans le DPP hein, pas fous). Dans l'une comme dans l'autre version, on peut finalement y mettre un peu tout ce qu’on veut : amener vers le sommeil bordel de merde, ils dorment à quelle heure ces gosses, amener vers le droit chemin, amener hors du foyer virez-moi ces impertinent.e.s, amener vers la vie la vraie le mariage le travail la santé et faites pas de désordre, s’il vous plait… Pire, on peut faire de beaux paragraphes et de grands discours sur partager le pain, marcher à côté, l'intériorisation des normes sociales, et puis dans la vraie vie, le pain c'est le mien t'y touches pas ok, qu'est-ce qu'il y a, je t'apprends les normes sociales oui ou non, marcher à côté oui d'accord mais bon, comment on fait si le mec il pue et puis les normes sociales.... Tiens, parlons-en des normes sociales !
Arrêtons nous juste avant sur une petite définition qui va bien :
"[la norme] renvoie à ce qu'est la norme statistique (la "moyenne") et à ce qui est socialement admis. Les normes sont des ensembles de règles, plus ou moins explicites, adoptées par une société"
J.-F Dortier (dir.), Norme sociale, in : Le dictionnaire des sciences humaines, Editions Sciences Humaines, 2008, p.512
Ce détour sémantique n'est pas sans poser un certain nombre de questions : comment définir la moyenne des comportements et attitudes socialement admis.e.s ? En l'absence d'un carnet à statistiques dans son sac d'éduc, on fait comment pour savoir ce qui est vraiment socialement admis et ce qui ne l'est pas ? Et comment on fait, si on considère 2 min à quel point notre société est hétéroclite et multiculturelle ? Si on est tous ok avec les règles générales de politesse, on fait comment sur des questions plus complexes ?

Et puis, je dois bien le dire, il y a quelque chose qui me gêne dans cette assertion : elle laisse entendre que les personnes que nous accueillons sont complètement hors des normes, tordus, détraqués, et que nous, nous allons redresser ce petit monde et leur faire intérioriser ces satanées normes sociales, parce que nous, nous les connaissons les normes sociales (bien sûr !). C'est toute la question de la relativité du concept de marginalisation qui est convoquée ici, révélant finalement la position ethnocentrique que prend celui qui désigne ceci ou cela comme marginal. Erving Goffman a montré dans son oeuvre Stigmate, les usages sociaux du handicap, combien finalement, nous étions tou.te.s le.la marginal.e d'un.e autre, portant tou.te.s des stigmates qui nous infériorisait dans certaines situations... Pour dire les choses autrement, la position de l'adulte éducateur ne sera pas la même si celui-ci considère (le plus souvent, de manière non consciente) que son modèle normatif est le modèle de base (et qu'il est un agent de normalisation donc) ou s'il considère que son système normatif est à mettre sans cesse en confrontation avec celui des autres (les personnes accompagnées, l'équipe, les familles...) parce que non, sa grille de lecture n'est pas plus valable que celle des autres. 

J'ai pu poser l'hypothèse dans un cours sur la culture que l'ethnocentrisme (enfin quoi, c'est Claude Levi-Strauss qui le dit hein) était finalement un réflexe humain, mais je pense aussi que cette propension à vouloir conformer, surtout quand on s'appelle éducateur.trice hein, a trouvé son origine après guerre, dans un mouvement de « rééducation » affirmé par les annexes 24. Cependant, les choses ont aujourd'hui évolué et il me semble juste de réinterroger nos positions plutôt que de se complaire dans un rôle certes confortable mais qui tend à faire de nous des agents de l'ordre social (et non, non, déso mais c'est pas ça le taf).

Si vous ne l'avez pas encore fait, je vous en conjure, écoutez donc ce podcast :



Sans doute une obligation de moyens, une intention authentique de lien à l'autre

Ne tentons pas d’échapper à la question et allons-y tout de go. Alors donc, comment pouvons-nous entendre/interpréter cette fameuse démarche d'« intériorisation des règles sociales » ? A mon avis, c'est d’abord, peut-être, à considérer comme une démarche impossible (et je fais appel là, oui, à la fameuse réplique de docteur Freud, j'suis pas sectaire), puisque, nous l'avons vu, il paraît difficile de penser ce processus sans tomber dans une volonté de normalisation. Quand on sait que dans une même équipe, on est déjà plusieurs à ne pas avoir les mêmes fonctionnements – un tel laisse ses enfants utiliser la tablette jusqu’à 20h, tel autre proscrit complètement les écrans à la maison –, on perçoit combien ça peut être complexe de définir ce qui est bon et ce qui ne l'est pas. Evidemment, c’est toujours sur les trucs chiants comme ça que viennent nous mettre à l'épreuve questionner les personnes que nous accompagnons, et peut-être encore plus les adolescent.e.s.

Bon je voulais en venir où ? Je me suis égarée là, non ?

En fait, je voulais dire que non, je ne crois pas que ce soit dans la coercition ou la punition que l’on peut faire intégrer des règles à quiconque. Si c’est le boulot de la police ou de la justice, notre travail consisterait plutôt à mon sens à cultiver une intention authentique de lien à l'autre (oui, on pourrait aussi dire "à aimer l'autre inconditionnellement", n'en déplaise à celles.ceux qui aiment les mots plus compliqués). Je sais que là, c'est le moment où tu dis "mais qu'est-ce qu'elle raconte, encore ?" :


Reste là, t'en vas pas, je vais essayer de m'expliquer. Je crois beaucoup en cette idée que l’éducateur.trice, quel qu’il.elle soit (parent ou professionnel.le) est d’abord et avant tout un guide, un compagnon, une épaule, un soutien, là mais pas trop là, une sorte de soutien sur lequel l’enfant ou l’adolescent.e doit pouvoir s’appuyer dans le vécu de ses propres expériences. L’éducation est souvent trop vue comme un acte interventionniste, actif qui consiste à faire de l’adulte celui qui sait et qui inculque à l’autre le savoir, le savoir-faire, le savoir-être. C’est là le résultat de tout un héritage qui place l’enfant comme un sujet non sachant, une chose à redresser, un sujet en miniature qu’il convient de conformer (je vous invite à vous référer à l'histoire de l'enfance/protection de l'enfance, j'ai développé ça dans le cours La protection de l'enfance. Textes fondateurs, définitions, missions éducatives). Même si nous arguons souvent du contraire (en particulier dans les formations), j’ai le sentiment que nous sommes toujours instantanément dans ces schémas là, d’abord parce que nous avons pour la plupart grandi en intériorisant ce type d’éducation, ensuite parce qu’en l’absence d’autres outils, c’est difficile de faire autrement.

Aujourd’hui, nous avons pourtant accès à de nombreuses informations sur la manière dont un enfant grandit et devient adulte, et notamment sur la nécessité pour celui-ci de faire ses propres expériences. Je ne peux m’empêcher d'évoquer là Maria Montessori qui, au delà de la promotion de tout un matériel, a développé une philosophie, un état d’esprit qui place l’enfant/l'adolescent.e au cœur de ses apprentissages (scolaires, relationnels, émotionnels…) et l’adulte en acteur bienveillant, qui trouve sa place dans sa présence nécessaire mais aussi une certaine forme de silence, motivée par une grande confiance en la capacité de l'enfant/l'adolescent.e à tirer elle.lui-même des leçons de son expérience. 

J'ai envie ici de reprendre l’exemple de l’adolescent qui passe trop de temps devant l’écran le soir. Et ce message d’une éducatrice qui se sent impuissante, se dit qu’elle ne peut décemment pas le laisser passer la nuit devant la télé, qui se demande si menacer de supprimer l’argent de poche peut-être un acte éducatif et qui en même temps, se sent gênée par ce type de pratiques.
Je n'aime pas bien dicter des manières de faire parce que je pense que des manières de faire, il n'y en a pas vraiment (sinon, ça voudrait dire qu'on considère toutes les personnes comme ayant les mêmes besoins, les mêmes comportements, les mêmes difficultés). En même temps, ce serait aisé de ma part de tenir tout un discours sans parler de comment je vois les choses plus concrètement. Il s'agit donc d'un avis personnel, issu en grande partie de ma formation à la Communication Non-Violente et à mes diverses lectures sur la question.  

Voici donc ce qui me vient quand je lis ce type de messages : Qu’est-ce qui motive cette question ? Quelle est la difficulté pour l’éducatrice en question ? Je suppose que c’est peut-être l’inquiétude. Le souci de l’autre. Le souci de son état physique et psychique en cas de manque de sommeil. Se focaliser ainsi sur le ressenti de la professionnel.le (se référer à l'article Des émotions dans le travail social ? (spoil : oui !)) me semble être une bonne manière de sortir du "bon/mauvais" qui nous fait regarder l'autre plutôt que soi alors que la vérité sur l'autre, nous ne la détenons pas, n'est-ce pas.
Pourquoi, dans le cas présent, ne pas dire à l'adolescent cette inquiétude, voire pire, le laisser vivre par lui-même l’expérience d’une nuit trop courte ? En soi, l’adolescent concerné ne met personne en danger en se couchant tard si ce n’est lui-même. Il ne blesse l’intégrité de personne, n’empiète sur les droits de personne. N’avons-nous pas, tou.te.s, écouté Difool jusqu’à point d’heure quand nous étions adolescent.e.s (oui bon, on est vieux ici, ça va hein) ? Même si nous savons que le réveil du lendemain risque d'être difficile (parce que nous avons déjà vécu ça nous-même, n'est-ce pas), n'a t-il pas le droit de faire cette expérience par lui-même ?

Tout cela ne signifie pas "laisser faire n'importe quoi" ou "yolo, c'est la teuf au foyer" mais juste qu'au lieu de dire "si tu ne te couches pas à 22h, je te retire ton argent de poche" (parce que ouais ouais, c'est moi l'adulte, pleure pas, ça sera ton tour un jour), ne pourrais-je pas lui dire un truc du genre : "ça m'inquiète de te voir te coucher si tard, j'ai peur que ce soit difficile pour toi de te lever demain matin. En même temps, je sens que ça n'a pas beaucoup l'air de t'inquiéter, est-ce que tu serais ok de te gérer pour ce soir et qu'on rediscute demain de comment tu te sens ?" et le lendemain, de voir ce que ça donne. Ca peut tout à fait donner lieu à une mise en place de règles (qui auront été réfléchies ensemble, cqfd). Imaginons qu'au bout de quelques jours, l'adolescent est fracasse à force d'abuser du temps qui lui est laissé. Au lieu de vous proposer une réponse toute faite, je vous fais part ici d'une discussion qui a eu lieu entre une adulte et une adolescente sur cette question-là (et que j'ai trouvé très inspirante) :
- Je vois que tu es très fatiguée en ce moment, tu t'endors tard le soir non ?
- Oui je me couche trop tard, c'est vrai. Mais en même temps, je n'arrive pas à dormir...
- Est-ce que tu sais ce qui t'empêche de dormir ?
- Bah en fait, je pense beaucoup et puis, je suis sur ma tablette, après je n'arrive plus à m'arrêter.
- Ah oui, tu veux dire qu'une fois dessus, c'est compliqué de réguler le temps que tu passes dessus, j'imagine que les heures passent et tu ne te rends pas forcément compte...
- Oui c'est un peu ça.
- Est-ce que tu as une idée de comment gérer ce problème ?
- Pas trop non...
- Est-ce que tu penses que je peux t'aider ?
- Peut-être, je ne sais pas... En même temps, je ne veux pas que tu m'interdises la tablette, c'est un moment où ça me détend, le soir, posé dans mon lit, j'en ai besoin.
- Est-ce qu'on peut imaginer par exemple qu'on puisse mettre en place un système de minuteur ? Quelque chose qui puisse te faire prendre conscience que ça fait tant d'heures que tu es dessus ? Ou tu as une autre idée peut-être...
- Oui, ça serait pas mal ça mais je ne sais pas si ça marchera.
- Je te propose d'évaluer à peu près le temps acceptable de connexion pour toi, on essaie un système de minuteur et puis on en reparle d'ici une semaine et on voit. Peut-être que tu auras d'autres idées d'ici là. Ca te semble ok, ça ?
- Oui.

Alors d'accord, c'est plus long, ça nécessite aussi une relation de confiance et d'amour qui prend du temps à s'installer (surtout pour des minots abîmés par des relations affectives difficiles) parce que nous sommes d'accord, c'est pas juste avec un discours qu'on peut montrer son intention, mais avec une véritable volonté de lien à l'autre (et ça, c'est pas toujours évident !). Mais c'est quand même autre chose que d'imposer une manière de faire qui, au choix, sera détournée par des procédés comme le mensonge, la dissimulation, la désobéissance ou appliquée de manière arbitraire sans saisir le pourquoi du comment. Et puis, soyons clairs, on risque de fortement les déstabiliser alors qu'ils ont souvent l'habitude de se voir imposer des règles par ailleurs. Je crois que c'est ça, faire un pas de côté, non ? Ou comme dirait Deligny, "créer les circonstances".

Pour résumer, il s'agirait de ne pas anticiper l'expérience de l'enfant/adolescent.e, de laisser du temps à l'élaboration, d'accepter que si nous, nous avons déjà parcouru ce chemin, ce n'est pas forcément le cas pour eux.elles. Et que nous sommes juste des guides (qui connaissent le chemin mais ne peuvent pas le faire à leur place). Là mais pas trop.  

Je vais m'arrêter là pour aujourd'hui, juste vous renvoyer vers une série d'articles en lien avec toutes ces questions si vous avez envie de poursuivre la réflexion. Ca se passe par ici.

J'espère que cet article, si perfectible soit-il, aura pu être une source de réflexion pour vous, n'hésitez pas à commenter si vous avez envie de préciser quelque chose, si vous avez des remarques, des ressentis, des questions.

*crédits photo : Unsplash

Les liens renvoyant vers l'ouvrage sont des liens affiliés. Lire cet article pour en savoir plus.

C'est à vous !
  1. Bonjour, Merci pour cet article fort intéressant. Je travaille avec des adolescents qui, si je fais une hypothèse de leur problématique (brrrrrh mot horrible, on est d'accord) manquent de cadre. Et ce dont j'ai l'impression aussi, c'est qu'ils manquent cruellement d'attentions de la part de leurs premiers éducateurs, leurs parents. J'en vois bcp qui refusent la simple règle et je pense que c'est parce qu'ils n'ont pas l'habitude. Or, l'adolescence est pour moi la période de la confrontation car justement ils refusent les règles et nous ne pouvons pas baisser les bras pour autant. D'ailleurs, je ne suis pas d'accord avec ce qui est raconté dans l'article, un adolescent qui ne connaît pas l'auto regulation ne va pouvoir se mettre de limites seul, et si l'adulte lui donne la possibilité de tricher, non seulement l'adolescent n'a plus la jouissance de tricher et de se sentir plus malin, mais en plus il ne va pas comprendre l'intention de l'adulte et il va en profiter. Je suis d'accord avec le principe de l'autogestion, de l'expérience etc mais un adolescent se construit grâce aux limites qu'on lui impose, qui sont des marques d'amour, et des repères pour plus tard. Sans parler du manque de cohérence qu'il va y avoir dans l'équipe. Mais toutes façons, il n'y pas une seule recette, j'opte pour un mélange de tout ça pourvu qu'on est toussa en tête =)

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    1. Salut Sarah,
      Merci pour ton commentaire. Evidemment, je ne suis pas sur cette grille de lecture là. Pour moi, on ne s'épanouit pas nécessaire en trichant, ça semble être là une condition à la construction de l'individu... C'est très occidental comme vision, très psychopatho-psychanalyste.. bon, c'est une vision. A laquelle je n'adhère absolument pas.
      Aussi, ça me donne l'impression que vous n'avez pas forcément compris mon message (où je l'ai mal expliqué, possible) : je n'ai jamais dit qu'il ne fallait pas de limites, ni de cadre. La question, c'est à partir de quand le cadre justifie que l'adulte pense à la place de l'enfant/l'adolescent.e ? Dans l'exemple que je donne, il s'agit de co-construire le cadre, oser sortir des sentiers battus, c'est ce qui me semble d'ailleurs définir l'éthique : la capacité à aller au-delà du pensé, en fonction des situations.
      Me dire que menacer un gamin de lui retirer son argent de poche s'il ne dort pas à telle heure est une marque d'amour et des repères pour plus tard, c'est juste rassurer l'adulte sur sa légitimité à poser un acte coercitif. Personnellement, je suis plus intéressée par ce que vit chaque personne indépendamment - les professionnel.le.s aussi d'ailleurs - que par des théories qui, à aucun moment, ne prennent en compte la parole des gens. Pour moi, les affirmations du genre "un adolescent se construit grâce aux limites qu'on lui impose", ce sont des croyances non étayées. C'est un discours ambiant, rien de plus pour moi.
      Quand vous dites "il ne va pas comprendre l'intention de l'adulte", je ne sais pas mais j'ai pas l'impression dans l'exemple donné que l'intention soit floue. Au contraire, je trouve ça beaucoup plus sincère (et beaucoup plus clair !) de dire à quelqu'un "j'ai une inquiétude par rapport à cecicela" que "la règle c'est ça un point c'est tout"...

      Enfin bon, désolée je vous réponds un peu en désordre mais il est tard... cet article aura peut-être été une goutte d'eau, peut-être pas, chacun.e fait son chemin :-)

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  2. Bonjour, je lis votre commentaire et je me demande vraiment s'il faut faire une distinction entre "cadre" et "attentions" :est ce que ces ados ne seraient pas en manque d'amour, tout simplement ? Est-ce que ça n'est pas ça le "cadre" ? Est ce qu'on ne pourrait pas le "poser" en montrant de l'attention justement, en dévoilant la raison de nos inquiétudes à leur égard et en discutant avec eux, ce qui pourrait bien être plus efficace, plus direct, plus respectueux de leur intelligence ?

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    1. C'est un peu ce que j'ai tenté de dire, oui, même si je n'ai pas utilisé le mot cadre (mais j'aurais pu hein, c'est juste que ça ne m'est pas venu). Je pense effectivement qu'il s'agit plutôt de penser en terme de "cadre sécurisant" ou je ne sais pas comment dire autrement, mais d'espace dans lequel il y a suffisamment d'amour et de confiance (et de sincérité !) pour que puisse s'expérimenter des choses. Comme quand on fait de l'escalade, on grimpe tout seul mais on est assuré par qqun en bas.
      Et je pense en effet qu'on ne travaille pas assez cette question de "mettre en place un espace sécurisant".. Comment on fait ? Avec quels outils ? Quel type de communication ?

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  3. Ha ha ha ....oui c'est d'abord ce que ça m'inspiré, étant pourtant portée CNV, bien traitante, sanction positive accompagnement écoute active etouetou.
    Mais heu t'as dja bossé dans un foyer d'ado pour de vrai ?
    Non parce que un ado dans le foyer tout seul devant la télé c'est rare, si tu veux laisser faire...Y aura probablement les 8 autres (je suis sympa là) qui voudront aussi tester, ce qui est normal.
    Et pis ensuite t'as ton binôme ou tes collègues qui vont éclater de rire voir en parler au chef de service de la nouvelle qui laisse les gamins devant la télé le soir pour "voir et en parler demaim" ...n'importe quoi.
    On est bien d'accord je suis dans le fond d'accord avec l'article c'est juste que cette possibilité d'agir me semble déconnectée du terrain. J'aimerais avoir tort et parler avec des educs qui fonctionnent comme ça dans leurs foyers.

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    1. Oui j'ai travaillé en PJJ, en foyer fermé. Lisez Roland Coenen qui témoigne d'une telle expérience. Je suis d'accord, c'est compliqué, c'est rare, mon article n'a pas vocation à changer le monde mais à faire réfléchir. De plus en plus d'éducs commencent à réfléchir à tout ça, ça ne se fera pas du jour au lendemain mais pour autant, doit-on s'interdire de sensibiliser à tout ça ?

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  4. J'ai déjà lu le livre de Roland Coenen il y a quelques annees, j'ai parlé avec lui aussi...et c'est bien le seul que jai trouvé qui a prà tiqué de la sorte, après avoir formé toute une équipe (engagée) et il dit bien que ça a mis plusieurs années à en arriver là.
    C'est sur que refléchir diffement est une très très bonne base, néanmoins j'ai l'impression que suite la télexion est presque impossible à mettre en acte. :-(

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    1. Oui moi aussi, le plus souvent, je suis pessimiste et découragée. Mais j'ai quand même envie d'en parler, ça a le mérite au moins de pouvoir provoquer l'échange, parfois la prise de conscience, d'amener vers des lectures, etc... c'est déjà ça !

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