4 décembre 2017

Ma violence, ta violence, et puis les enfants.


Ca fait longtemps, très longtemps que j'ai envie d'écrire cet article. Depuis quelques années, j'ai en effet consacré pas mal de mes publications à la question de la parentalité, l'éducation dite non-violente ou encore ce qu'on appelle vulgairement l'éducation positive. J'ai souvent mis en avant les violences ordinaires que nous faisons subir aux enfants en tant qu'adultes, tout en proposant des alternatives. Plusieurs fois, en particulier sur les réseaux sociaux, des parents m'ont fait part de leur sentiment de culpabilité en lisant mes articles, cette impression de n'être pas assez ou d'être trop, de ne pas être un bon parent et puis cette sensation que je l'étais, moi, un parent parfait, donneuse de leçons de surcroît. Je dois dire que cela m'a gêné, interpellé et j'ai donc progressivement cessé d'écrire sur le sujet. Pour ne pas froisser, ne pas culpabiliser, ne pas me placer en savante experte de l'éducation. Parce que bien sûr je ne le suis pas, parce que pour moi aussi, l'épreuve de la parentalité est éprouvante : être mère, élever mes enfants, me confronter à ma propre violence... J'en avais donc conclu que je n'avais pas trouvé le ton juste pour informer et prévenir sur les questions de violence éducative. C'est de cela dont je voudrais vous parler aujourd'hui. 

J'ai été éduquée avec violence... 
... comme la majorité des gens de ma génération. Je ne rentrerai pas nécessairement dans les détails mais c'est important pour moi de préciser la manière dont s'est construite une certaine forme de violence en moi, dans une perspective très large de domination adulte (1) dont notre société souffre encore. Les coups, les humiliations, les punitions, les abandons ont été le quotidien de mon éducation. Moi-même l'aînée d'une fratrie de quatre enfants, j'ai intériorisé cette violence et l'ai faite subir à mes petits frères quand, trop jeune, je jouais à la mère apprentie pendant que ma mère travaillait. J'ai grandi dans un environnement où la violence n'était pas nécessairement maîtrisée comme c'est le cas dans certaines familles (ce qui n'excuse rien, entendons-nous mais là n'est pas le sujet) ; nul besoin d'une raison valable pour recevoir coups de ceinture ou gifles, parfois la douleur de notre condition suffisait à déclencher une colère dont nous pouvions être les défouloirs passagers. J'ai, depuis, compris à quel point le processus de la violence pouvait être chose complexe, dans une société où trop souvent, les mères sont laissées seules à l'éducation de leurs enfants, partagées entre le désir d'une vie réussie pour leurs enfants, la nécessité de la survie et l'héritage d'une éducation punitive et violente. Et nous, enfants, étions là à devoir vivre cette vie quand même, intériorisant l'idée très insidieuse que les adultes ont droit, et même le devoir, de correction sur les enfants et imprégnant dans nos corps la douleur ordinaire des coups partis à la volée. Parce qu'au delà d'une idée, c'est bien cela qui est plus pernicieux encore : l'imprégnation inconsciente de la violence dans le corps. La trace définitive des coups répétés dans notre mémoire d'adulte en devenir. C'est même pas de la douleur qu'il s'agit ; parfois la gifle fait moins mal que les mots humiliants, et puis on s'habitue à tout, on s'endurcit, on serre les dents... mais malgré nous, le geste automatique de la main leste s'imprègne, se fossilise. 
Tu peux taper, j'ai l'habitude
La douleur physique anesthésiée par celle intérieure
Qui me détériore, accuse parfois mon existence d'erreurs

Keny Arkana, Je suis la solitaire, Entre ciment et belle étoile, 2006

J'ai toujours su que je ne voulais pas éduquer mes enfants avec violence...
Très tôt, j'ai eu la conviction profonde que les sentiments et ressentis des enfants étaient ignorés, relégués au rang de l'immaturité, silenciés. Je me souviens même du jour précis où cela est devenu une certitude. Un adulte m'avait pris en photo pendant que je pleurais pour une raison dont on se fout ici, en me disant : "Je te prends en photo, comme ça tu verras quand tu seras grande comme tu étais vilaine à faire des caprices". Je savais ma peine sincère, peu en importait la raison, je me savais profondément blessée.
Et puis j'ai remarqué que partout, tout le temps, tous les jours, les enfants étaient moqués alors que les adultes avaient, eux, le droit d'être peinés, en colère, tristes. Je remarquais à l'école, dans la rue, chez des amis, que nous étions, nous tous les enfants, des êtres inférieurs dont les peines ne valaient rien, sinon quelques moqueries sous prétexte de caprices inutiles. Et je me jurais que je n'oublierais pas, jamais, que les adultes se trompaient. Et je n'ai jamais oublié. Une sorte de pacte avec moi-même qui m'a poursuivi jusqu'à aujourd'hui, me faisant ressentir fort la peine des enfants autour de moi. Spontanément, sans même avoir lu ou connu quelconque théorie sur l'éducation, avant de devenir mère, je recevais la douleur des enfants fort dans mon corps, mon cœur, ne doutant jamais de la sincérité de leurs émotions, ne croyant jamais aux poncifs disant d'eux qu'ils font la comédie ou sont des manipulateurs en puissance.

Et puis j'ai eu des enfants.
Mon premier bébé est né en 2012. J'avais 28 ans. J'étais éducatrice spécialisée. J'avais en moi ces certitudes de l'enfant sincère et en même temps, j'étais imprégnée des idées de notre société sur l'éducation, nourrie entre autres par les théories freudiennes. Une sorte de contradiction insoluble entre une époque qui a adouci sa vision de l'enfance tout en considérant encore les enfants comme des êtres en recherche de toute-puissance, prompts à la domination. J'avais des intuitions donc, mais pas d'outils, pas vraiment d'idées sur la mise en pratique d'une promesse faite à mon enfant intérieur. Dès les premiers jours de ma petite L., dont l'entrée - violente - dans la vie me laisse encore un souvenir ému, j'ai pressenti des besoins non négociables de proximité, portage, chaleur, douceur. C'était facile, les nourrissons, par instinct de survie, suscitent l'attachement et le lien. De fil en aiguille, mes lectures m'ont amené à ce que d'aucuns nomment l'éducation non-violente : l'application de la communication non-violente à l'éducation. Je découvrais Isabelle Filliozat, Catherine Gueguen et évidemment, l'écho se faisait très fort avec mes intuitions. Écouter les émotions des enfants, les accueillir en tant que telles, sans les juger, se mettre à la hauteur des enfants en considérant leurs besoins propres... tout cela me semblait avoir été écrit pour la petite enfant prise en photo un jour de larmes dans les années 80. Ainsi j'ai beaucoup lu dès les premiers mois de mon enfant, son père et moi étions très en phase sur ces sujets, nous étions décidés à offrir à notre enfant une éducation respectueuse de ses besoins. C'était assez facile, assez magique même... ça fonctionnait. Ça fonctionnait. Déjà en soi, ce "ça fonctionnait" préfigurait une forme de violence que je ne réalisais que beaucoup plus tard. Parce que même si j'avais en tête le respect des besoins de mon enfant, sans doute étais-je encore pétri de cette intention adulte que CA DEVAIT FONCTIONNER. De quoi s'agissait-il en réalité, si ce n'est la mise en conformité de mon enfant avec les attendus adultes ? C'est, plus tard, ce que je reprocherais à ce qu'on appelle la discipline positive, qui n'est ni plus ni moins qu'un procédé de manipulation consistant à obtenir obéissance et soumission par des voies plus douces. Une autre forme de violence, n'est-ce pas. Mais bref, ça fonctionnait donc, ma fille entrait dans le vaste monde avec entrain, nous savions qu'il était normal pour un enfant en bas-âge de faire des "crises", nous avions une batterie d'astuces à notre disposition pour y répondre... et je suis d'ailleurs très heureuse d'y avoir eu accès parce que bien sûr,

je suis faillible.
Comment en aurait-il pu être autrement ? S'il suffisait d'appliquer quelques recettes pour éduquer des enfants, les choses seraient plus simples pour tout le monde. Mais ça ne se passe pas comme ça ; les recettes éducatives, je dirais que ça limite la casse, ça donne des garde-fous mais, en tout cas pour ma part, elles n'ont pas suffi à étouffer la violence incarnée en moi comme une mauvaise graine qui grandit quand même.
De nombreuses fois, j'ai été violente. 
Nous sommes là mais.
Parfois il y a la peur des cris et mon corps qui se crispe, ne veut plus entendre, plus jamais entendre les cris dans la tête parce que ça martèle fort comme l’avènement d’un drame jamais dénoué, et parfois je sens comme ça fait là mal. Cette violence plantée dans mon ventre sans qu’elle n’ait jamais pu se taire.
Je suis toute entière un corps fait de violence et c’est bien normal avec toutes ces douleurs qui persistent, douleurs jamais soignées, terreurs jamais pleurées. Je suis toute entière un corps fait de rage empêchée et c’est bien normal avec tout ce que je n’ai pas reçu. Je ne pouvais être autre chose qu’une enfant épouvantée même si j’ai arrêté de pleurer il y a longtemps pour préserver d’autres enfants plus petits que moi.
Alors, quand sa petite main a mis un coup sur mon visage, même si je savais qu’il lui fallait du temps, qu’il lui fallait apprendre, même si je savais que tous les enfants du monde ont des petites mains virevoltes sur les visages de toutes les mères du monde, c’était le retour de la peur.
Ça ne pouvait être autrement.
Quand petite main a rencontré ma joue bouche lèvres, c’était l’explosion d’une émotion non négociable dans mon corps refoulé, j’ai attrapé son petit corps et l’ai lancé avec tout l’effroi de ma mémoire, toutes mes forces. Sur son lit, petit corps a virevolté, tête entrainée sans résistances, la peur dans ses yeux, ses yeux qui semblaient dire : « je ne comprends pas maman, qu’est-ce que tu fais maman », mais même ses yeux c’était trop tard, il y avait la violence revenue dans mon corps tout entier, tempête irréversible
elle a pleuré
j’ai hurlé d’une voix terrifiée
de la même voix que la mère enragée transformée, visage monstrueux d’une colère qui peut tout, même tuer les trop petits pour mourir
j’ai hurlé même si ses yeux. Même si sa peur.
Et ce soir petite fille presque femme, j’ai mal mal mal d’être toute entière corps imbécile. Si moi je ne peux la protéger contre la peur qui paralyse et assassine les corps debout, alors qui le pourra. Qui le pourra. Je peux lui faire là mal
Extrait d'un de mes textes 
De trop nombreuses fois, mes gestes ont été blessants, brusques. Violents. Je n'avais pas d'excuses, je savais. J'avais lu des livres. Je m'étais insurgée contre la violence, je m'en insurgeais encore. Je me refusais à la violence ; dans mon quotidien alors, je n'utilisais pas la punition, je ne tapais pas, je n'excluais pas mais parfois, certaines douleurs réapparues me transformaient en furie - me faisaient disparaître - alors je criais fort. Et quelques pires fois, mes mains ne voulaient pas mais faisaient mal quand même, quand j'avais trop serré son petit bras en voulant l'empêcher de faire mal à sa petite soeur par exemple. Certes je ne violentais pas volontairement mais j'étais capable de douleurs quand même. Un jour, ma petite grande m'a demandé "mais maman, pourquoi tu fais ça ? Je suis une enfant quand même !" et bien sûr, bien sûr, je la remerciais de me rappeler à la raison même si ce n'était pas son rôle à elle de faire cela.

Pourquoi vous raconter ça ? D'abord pour rétablir les choses et préciser, bien que je l'ai déjà fait dans un article intitulé Burn-out maternel et balivernes, qu'il est possible de militer pour un traitement plus respectueux des enfants tout en s'incluant dans le groupe de ceux.celles qui oppressent ; ces articles que j'ai publiés sur mon blog ont été et sont toujours des soutiens pour moi aussi, une manière de me rappeler sans cesse à la nécessité d'une réflexion sur notre condition d'adultes potentiellement violents. Très souvent, trop souvent, nous pensons que la parole de certaines personnes - qui publient des livres, des blogs, des articles - les excluent du propos. Nous vivons une époque où, face à la multiplicité des savoirs, nous semblons avoir besoin de guides, de coachs ; dès lors, nous pensons trouver chez ces personnes influentes des vérités toutes faites. En matière d'éducation, pour ne citer qu'eux, rappelons pas exemple qu'Alice Miller (2), qui eut conceptualisé la pédagogie noire, s'est aussi vue reprocher par son fils ce qu'elle fustigeait elle-même dans ses travaux (3). Rousseau, malgré la publication en 1762 de son ouvrage Emile ou de l'éducation, eut également abandonné tous ses enfants.

Aborder tout cela publiquement aujourd'hui est donc pour moi une manière, d'abord, de dire toute la complexité d'un sujet aussi sensible que l'éducation. Nous pouvons défendre le respect des enfants et des adolescent.e.s et être soi-même confronté.e à des difficultés. Je dis souvent que pour moi, la naissance de mes enfants a été la chose la plus merveilleuse en même temps que la plus terrifiante de mon existence, en ce qu'elle a bouleversé et mis à jour ce qu'il y avait de meilleur et de pire en moi.

Et puis, nous sommes tou.te.s violent.e.s.
C'est aussi de cela dont je voudrais parler dans cet article.
Le paradigme éducatif actuel nous amène à penser que "ça doit fonctionner", revenons-y. Nous avons à notre disposition pléthores de livres, d'expert.e.s, de conférences, de documentaires proposant des outils éducatifs plus ou moins respectueux des enfants mais toutes ces méthodes, ou presque, sont sous-tendues par une volonté d'efficacité ; si vous agissez comme ceci ou comme cela, si vous appliquez telle ou telle méthode éducative, alors votre enfant sera bien élevé/bien intégré/sage/poli/etc... Ainsi, même en nous intéressant à des méthodes non punitives, nous ne sommes pas nécessairement préparés à l'idée que les envies ou aspirations des enfants puissent diverger de ce que nous attendons d'eux. Et bien sûr, un jour ou l'autre, ça ne fonctionne plus comme l'on souhaite que ça fonctionne. Et bien sûr, un jour ou l'autre, nous sommes renvoyés à notre fonction première : conformer les enfants à ce que l'on attend d'eux, cette injonction étant corrélée à l'idée que l'enfance, en tant que groupe social spécifique, ne peut penser et agir indépendamment de l'adulte.

Mon expérience personnelle de la violence m'eut amené à questionner ma place d'adulte dans notre société, auprès de mes enfants mais aussi des enfants en général et à accepter l'idée que de fait, ma position d'éduquante me plaçait en position de supériorité et donc de bourreau potentiel. Bien que de nombreuses théories existent du côté de la psychologie sur la reproduction de la violence, notre société n'a encore que trop peu envisagé cette problématique sous son angle social. La question des rapports de pouvoir entre les différents groupes sociaux ne datent pas d'hier : prolétariat/bourgeoisie, population racisée/racisante (4), hommes/femmes, personnes handicapées/personnes valides, etc... Peu de travaux, pourtant, interrogent le rapport de domination adulte/enfant qui, plus qu'un phénomène inter-individuel, se définit par l'intériorisation de schémas mentaux qui concernent tout un système de pensée. Yves Bonnardel, que j'ai cité plus haut, propose une vision remarquable de la domination adulte, une vision dérangeante même, qui m'a personnellement beaucoup bousculé, me faisant prendre conscience de ma position dominante qui dépassait de loin celle de mon histoire ou de mes problématiques personnelles. J'ai pu réaliser à quel point l'idée de l'enfant dépendant de l'adulte est imprégnée en nous. J'ai d'ailleurs encore pu en faire l'expérience récemment : un jeune adolescent me demande une cigarette dans la rue, je lui dis non en me disant spontanément qu'il est trop jeune pour fumer. Dans la minute qui suit, je me dis "mais qui es-tu pour savoir ce qui est bon ou non pour lui ? Sous quel prétexte ne saurait-il pas, lui ?". J'ai pu rectifier le tir, et s'en est suivie une chouette discussion. Si je me permets de prendre cet exemple, c'est que la question de la domination n'est pas juste affaire de méthode, c'est au contraire un processus qui selon moi doit nous mobiliser au quotidien, et qui commence par la conscientisation et l'acceptation de notre violence potentielle. Mon regard paternaliste sur cet adolescent est violent. Je suis violente, en tant que membre du groupe social des adultes. Je le serais encore longtemps parce que toute notre société est construite sur ça. Je suis violente, tu es violent.e. C'est un fait. Mais ne nous fustigeons pas pour autant, soyons tolérant.e.s avec nous-mêmes. Cette violence de la domination s'explique, se contextualise, il ne s'agit pas de se flageller les un.e.s les autres pour avoir l'impression que nous sommes mieux que le.la voisin.e mais plutôt de réfléchir à nos actes quotidiens dans une dimension transformatrice.

Tous les jours, je note des petites violences à l'égard de mes enfants ; quand je leur donne des ordres, quand je leur ordonne de se mettre sur le trottoir alors qu'au fond, elles ne sont pas bêtes, elles s'y mettront quand elles entendront une voiture, quand j'expédie des situations qui m'emmerdent avec un "allez hop !" parce qu'en tant qu'adulte, j'ai ce pouvoir là... En fait, la violence n'est pas nécessairement dans les grandes choses. En fonction de ce que l'on dit, crier peut parfois être plus salutaire, à mon sens, que ces petites violences ordinaires. Personnellement, j'exprime très régulièrement mon ras-le-bol, je râle quand j'en ai besoin, je dis ouvertement quand c'est dur pour moi mais je m'exerce à toujours parler de mes ressentis intérieurs plutôt qu'à accuser les autres (et bien sûr je n'y arrive pas toujours !), de la même manière que mes enfants le font quand quelque chose les dérange.

Finalement, j'ai l'impression que l'acceptation de ma position dominante m'a permis de l'être moins et d'être plus tolérante avec moi-même. Quand je repère des petites violences, je les note, les observe intérieurement et réfléchis à ce que j'aurais pu faire autrement. Et je me félicite déjà d'avoir cette démarche parce que le changement de paradigme, bien qu'il soit déjà en mouvement, ne pourra se faire sur une seule génération bien sûr. Mes filles savent, bien qu'elles n'aient que trois et cinq ans, dans quelle démarche je me situe et c'est de cela qu'elles s'imprègnent, même si parfois elles subissent aussi de l'injustice. Nous en parlons toujours, je m'excuse quand je déborde, ça ne suffit pas bien sûr mais je constate quand même que plus le temps passe, et plus ces situations se font rares, parce que finalement, j'ai cessé d'attendre que "ça fonctionne" et accepté l'idée que mes enfants étaient des personnes animées par leurs propres besoins, de la même manière que moi je le suis.
Et que j'ai accepté l'idée que ce que nous avons à faire ensemble, c'est : vivre. Ensemble. Et ça, ce n'est pas simple.
- Maman, c'est quoi la prison ?
- (j'explique)
- Oula mais moi je ne veux pas que tu y ailles !
- Mais je n'irai pas parce que je ne fais pas d'énormes bêtises
- Et si tu me tapes ?
- Mais je te tape pas, enfin !
- Mais toi, est-ce que tu as eu des fessées quand t'étais petite ?
- Oui
- Et ta maman, elle est pas allée en prison ?
- Non, parce qu'on ne savait pas que ça faisait du mal aux enfants et c'était autorisé (bon, on a eu une autre conversation, plus tard, sur le fait que la prison n'était pas une solution hein)
- Quoi ?!! C'était autorisé de taper les enfants ? Mais c'est horrible !
- Oui... parce qu'on ne savait pas que ça faisait du mal aux enfants. Et moi tu sais, comme j'ai été habituée à ça, parfois ça m'arrive d'avoir envie de taper. Ca me demande des efforts, je lis des livres, je réfléchis pour apprendre à vous élever sans vous faire du mal...
- Ca veut dire quoi "élever" ?
- Ca veut dire... heu... aider les enfants à grandir
- Et les fessées, ça empêche de grandir ?
- Non, mais ça fait grandir en étant un peu triste et puis ensuite, les enfants pensent que les plus grands ont le droit de leur faire du mal...
- Oh la la...
Une conversation avec ma fille de 5 ans
Info : les liens renvoyant vers Amazon sont des liens affiliés. Lire cet article pour en savoir plus.

(1) On lira à ce propos l'ouvrage La domination adulte. L'oppression des mineurs, de Yves Bonnardel
(2) Alice Miller, C'est pour ton bien : Racines de la violence dans l'éducation de l'enfant
(3) Martin Miller, Le vrai "drame de l'enfant doué". La tragédie d'Alice Miller
(4) Pour plus d'informations sur le terme "racisé", lisez cet article très très instructif
C'est à vous !
  1. Bonjour Célia et tous/toutes, je ne suis pas (bientôt !) parent, mais déjà éducateur et ce que tu dis de la violence de l'adulte me parle. Adulte et travailleur social, me voilà gonflé d'un double pouvoir de domination sur les jeunes que j'accompagne. Et en plein questionnement sur la sacro-sainte relation de confiance, dans un contexte (MECS) où certains jeunes vont s'inscrire dans une forme de mise en scène, voire de mensonge, pour construire leur vie conformément à leur vision du monde, aussi exposée ou dangereuse qu'elle soit dans mon regard normatif. Prendre la parole du/de la jeune pour argent comptant, être authentique donc avec une forme de naïveté, quitte à me faire "balader" et à produire une évaluation en décalage avec les véritables besoins de la personnne. Mais j'en oublie que ce/cette jeune qui se trouve là, n'a pas choisi d'y arriver et encore moins de troquer ses parents contre des repères de substitution... Autrement dit, j'ai du mal à lâcher prise et à accepter mon impuissance, lorsque je me trouve en face d'un.e jeune qui ne souhaite pas se saisir de mon étayage. Merci de partager ainsi ton expérience y compris personnelle.

    RépondreSupprimer

Vous avez un avis ? Partagez le !