26 décembre 2017

Mon joli pas beau 2017 [musique & mots]


Chaque fin d'année, j'écris un petit quelque chose, un peu comme tout le monde, pour me souvenir des choses importantes ou des éternels recommencements, des jolis moments et de ce qui m'a transformé. Puis je pense à nos demains et c'est jamais comme cela que ça se passe en vérité mais ce n'est pas grave, on sourit quand même en se relisant quand le demain est fini.
alors que l'année décline lentement sous nos yeux
je relis pour la énième fois le manuscrit de mon prochain peut-être futur premier roman
les pieds au chaud et le cœur en paix
avec l'amertume / quand même / d'une année aux éclats vertigineux
// d'exclusion
// de silence
// d'ostracisme
en même temps, je saupoudre mes peurs de quelques étoiles
// d'espoir
// d'amour
// de sollicitude
Mes enfants ont cette année fait gonfler mon cœur d'amour, petites filles qui grandissent dans un monde que je leur espère plus doux que le nôtre,
nous avons cultivé, semé des graines toute l'année de nos efforts à nous aimer nous respecter respecter les autres et notre monde,
ce monde à notre image
// vulnérable
// si puissant
C'était une belle année et puis bien sûr, il y a eu
(cette peur de mourir)
(de tuer aussi)
ce jour de pluie où les fourmis ont survécu, nous autres aussi,
les jours noirs qui s'en sont suivis
et pourtant, cette fin d'année a tout d'un espoir je vous promets
(même si j'ai peur)
avec toutes ces étoiles qui ont peuplé les derniers jours
réchauffé mon amertume
redonné du souffle à une apnée incontrôlée.
Il ne nous reste que quelques heures avant tous les demains du monde. Je vous les souhaite douces.
Si à Noël, j'ai la tristesse qui vacille, la fin d'année est pour moi comme la quiétude d'un dimanche soir. La permission de tout recommencer. La fin pour un nouveau début. L'impossible souvenir. Le monde est en silence et moi, je suis à la nuit froide.
Cette année j'ai écrit un petit quelque chose et je l'ai parlé aussi.
Une petite fantaisie imparfaite. Comme moi.


Elle avait bien commencé, l’année 2017. J’étais rentrée tôt d’une soirée joyeuse dans la forêt, avec des gens que je ne connaissais pas vraiment, nous avions préparé à manger, dansé, bu, parlé de poils sur le sexe des femmes et de comment remplacer les œufs dans un gâteau végane. J’étais rentrée tôt, conductrice et malade ce soir-là, je m’étais préparée une verveine avec du miel et m’étais couchée pour quelques heures avant de me réveiller aux aurores, seule dans ma grande maison avec l’envie de demeurer au lit toute la journée. J’avais fait ça alors : rester au lit toute la journée, travailler sur mon manuscrit en cours et boire des cafés, c’était vraiment le meilleur 1er janvier du monde.

Comme ce premier jour, l’année 2017 a connu de jolis moments, comme cette semaine de janvier à Paris où seule, sur un malentendu heureux, j’errais et m’accordais au hasard ; il faisait froid, vraiment très froid, alors j’avais peur de penser mais je me perdais aux bons endroits, de librairies féministes à des expos du même genre, je rencontrais Gaël Faye et son slam inimitable, je réglais quelques problèmes existenciels et dansais même avec des allemands défoncés, sans doute aux nouvelles drogues de synthèse. 

C’était une assez belle année 2017, avec des jolies émotions dans mon cœur, l’agréable surprise de me dire que finalement, on était pas mal moi et moi-même, à juste sentir la vie et les matins dans la nuit et la paix comme ça, juste là. J’ai terminé mon manuscrit, premier essai de roman écrit avec mes tripes et ma tristesse douce, un accomplissement qui ne s’est pas fait sans douleur – celle de ma légitimité à être bien sûr – mais qui a laissé s’échapper la tentation de la mélancolie. Incarnée dans les empreintes de mes mots, elle m’a quitté je crois.

En 2017, j’ai aussi écouté beaucoup de podcasts qui m’ont instruites encore, j’ai lu des livres qui ont ouvert des portes, j’ai découvert la série Dear White People, la meilleure série du monde, mais aussi Girls la deuxième meilleure série du monde, enfin je ne sais pas j’hésite beaucoup, il y a tellement de séries brillantes sur cette terre. En 2017, j’ai dansé fort et loin, j’ai aussi organisé mes premiers ateliers d’écriture, des moments précieux, j’ai pris de bonnes décisions, notamment celle de ne plus être une éducatrice, empêtrée que j’étais avec ce rôle que je trouvais lourd lourd lourd, oppressant oppressif, j’ai grandi encore (d’essayer) de ne pas éduquer mes enfants.

Mais dans l’année 2017, il y a eu aussi des moments pas jolis, petites épreuves au goût amer, en particulier celui de la précarité, la peur de perdre, pour ne pas dire tout perdre, retour aux années sombres, faim au ventre et froid aux mains, malgré mes journées pleines de choses à faire, de travail travail travail, des matins levés tôt, des soirées couchées tard, des dimanches au travail, la vie à vivre quand même. Alors bien sûr, je me suis emmurée dans le noir et j’ai cru voir revenir des démons oubliés, cette impossibilité à être avec moi et les autres. Juste le noir comme futur acceptable. Muscles tétanisés mots arrêtés vertiges malaises et tout le reste. Pas su comment demander de l’aide alors mon corps l’a fait pour moi, m’a empêché, m’a épuisé. 

Je ne leur en veux pas, à ces moments pas beaux. 
Ils m’ont aidé à faire des choix. Repenser l’envers des choses et l’endroit des vagues. 
J’ai lâché prise, lâché l’amarre. Mona Chollet m’a aidé, avec son « Chez-soi ». J’ai quitté ma grande chère vide maison pour construire mon nid douillet dans une rue jolie d’un village pavé. Tout a changé. Ce petit nid a attiré le bonheur sans faire exprès, j’ai eu à nouveau une chambre à moi après avoir à peine dormi pendant des mois, j’ai calmé les ardeurs de mon travail parce qu’il n’y avait plus de précipice à éviter, j’ai revu des autres et des autres m’ont donné de l’amour, j’ai arrêté d’arrêter de fumer et je me suis aimée quand même.

Et bientôt, il y aura une autre année, encore une autre. Immuable compte à rebours à qui j’espère l’espoir. Le soulèvement d’abord de ceux et celles qui peinent et puis des ivresses blanches pour soulever nos peines, des envies d’aimer et des amours enviés, des chemins qui bifurquent et des déviations attendues, des silences voulus
et sur nos jours, des rires qui se diluent. 

Pour moi toute seule, égoïste petite chose du monde, je voudrais des séries à me clouer à terre, une vie à rien changer, construire des mots pour demain, et aussi une voiture qui ne me fasse plus mourir, mes enfants à grandir sans entraves, de l’amour pour m’abrutir des livres pour m’évanouir.

voilà c’est tout.
C'est à vous !
  1. Voilà c'est tout...et c'est déjà beaucoup. Ta voix sur tes mots amplifie leur écho. C'est doux, sensible, à fleur de mots...
    J'espere que les petites graines semées ça et là sur ton chemin en 2017, pourront continuer à pousser pour cette nouvelle année, voire de nouvelles "herbes folles" sur des sentiers encore inconnus peuvent aussi se présenter. Et peut être de l'amour pas que pour s'abrutir.

    Chaleureuses pensées pour cette nouvelle année,

    Xavier

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Héhé merci pour ton commentaire... ça me touche beaucoup.
      Je te souhaite aussi de belles choses pour l'année à venir :-)

      Merci encore,

      Célia

      Supprimer
  2. I looove it! Et je te comprends ô combien dans ton lâcher prise d'avec ce métier d'"éducateur" que j'opère moi-même actuellement...Il se dégage toujours une humilité, une fragile mélancolie de tes écrits, totalement assumés et sublimés. Merci pour tous ces partages

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oh ça me fait plaisir... Ca fait longtemps que j'avais envie d'essayer de lire un de mes textes, le résultat n'est pas parfait mais ça me donne envie de continuer à essayer ;-) Merci ! (et bon courage pour ton lâcher prise personnel ;-) )

      Supprimer
  3. Merci Célia, j'ai hâte de lire ce premier roman....Cette année tu m'as fait encore un peu plus aimer les mots, aimer écrire..L'atelier d'écriture des Grands Voisins a été une révélation...merci

    RépondreSupprimer

Vous avez un avis ? Partagez le !