12 octobre 2018

Accompagner les enfants dans leur scolarité


Certain.e.s d’entre vous sont là depuis maintenant de longues années et ont sans doute pu assister à quelques-unes de mes réflexions concernant l’école et le système éducatif proposé aux enfants dans notre société, une réflexion qui a débuté quand j’ai été enceinte de mon premier enfant et qui continue d’évoluer au fur et à mesure que nous vivons l’expérience de la scolarisation. Dans cet article, je vais surtout parler de ma fille aînée (Pépito*, pour les intimes) parce que de fait, c’est avec elle que nous vivons toutes les premières expériences et notamment, celle de l'entrée au CP cette année. 

Ma fille a d'abord passé trois ans dans une école alternative,
sa petite soeur aussi mais ça reste assez anecdotique, à tel point qu'elle-même ne s'en souvient pas. Déjà alors que Pépito allait à la crèche à Marseille, son père et moi commencions à nous questionner sur ce que l’on attendait de l’école et on sentait bien qu’on était pas tout à fait en accord avec ce que nous proposait le système classique. J’envisageais de mon côté l’Instruction en Famille, ayant en même temps conscience de mon impossibilité à concilier mes intérêts personnels et ce mode de fonctionnement. Et puis on est arrivés en Ardèche. Très vite, on a appris qu’à vingt minutes de chez nous, il y avait l’école du Hameau des Buis, la ferme des enfants. Je me vois encore assister à la réunion d’informations avec ma toute petite enroulée contre moi et sentir résonner en moi tout ce qui pouvait s'y dire : respect des rythmes de l’enfant, inutilité de l’évaluation, violence des savoirs imposés et magistraux, inefficacité des systèmes punitifs, capacité des enfants à apprendre par eux-mêmes, intérêt de grandir dans la nature… je me sentais dans mon élément, toute la révolution intérieure qu'avait occasionné la venue au monde de mes enfants était ici d'une évidente banalité. Nous avons donc rapidement pris la décision d’inscrire notre fille ainée dans cette école, la plus petite n'ayant à ce moment là que quelques mois. 
L'année d'avant, alors que Pépito n'avait que 2 ans 1/2, elle avait passé quelques semaines dans une école traditionnelle et était revenue en nous disant que « c’était pas trop pratique l’école. Je veux pas aller à l'école. Je veux rester à la maison. Faire les petits travails ici. Je préfère danser ici. Je suis triste des petits garçons et des filles », et nous l'avions retiré aussitôt, pas très convaincue nous non plus par la nécessité de la scolariser à cet âge, et tristes de la voir s’éteindre à mesure que les jours passaient, obligée de lâcher doudou quand la maîtresse le décidait, obligée d’attendre les instructions et les ordres pour savoir ce qui était bon pour elle… bref, on se disait que la société aurait tôt fait de la rendre conforme, alors autant lui laisser quelques années de liberté encore (histoire que, secrètement, elle se forge un esprit dissident et rebelle et remette ensuite en cause la domination adulte sous la forme d'une révolution sans précédent et par la même occasion abolisse le patriarcat le patronat et la bourgeoisie, oui voilà).


Elle a donc passé trois années de sa petite vie dans une école dite alternative**, en pleine nature, dans un milieu respectueux autant d'un point de vue humain qu’écologique, entourée d’enfants et d’adultes libres, choisissant ses centres d’intérêt, choisissant de jouer 7h par jour pendant plusieurs mois, choisissant à d'autres moments d'apprendre, développant des aptitudes relationnelles respectueuses, évoluant dans une yourte aux couleurs chatoyantes et aux matériaux nobles... bref, personnellement je ne pouvais espérer mieux. C’est une école qui, comme je l'ai connu, se rapproche de l’idée que je peux me faire du respect de l’enfant, un lieu de vie où des gens se côtoient, où il n’y pas les maîtresses, les parents, les enfants mais juste des gens qui s’appellent par leur prénom, des adultes qui sont dans une relation authentique avec les enfants, capables de s’émerveiller, capables aussi de dire ce qui ne va pas pour eux tout en respectant leurs interlocuteurs, des enfants libres d’aller vers les activités qui les intéressent, une alimentation saine, un mode de vie écologique (toilettes sèches, compostage, tri des déchets…), des moments rituels où les enfants s’impliquent seulement s’ils le veulent… En réalité, je me dis régulièrement que nous ne sommes pas fait pour vivre reclus et en petits groupes dans des appartements (c'est ce que je fais, pour ma part) et que nous aurions tout intérêt à viser des modes de vie communautaires, en particulier dans l'éducation, où il me paraît difficile d'accompagner des enfants avec bienveillance quand on est seul.e ou même à deux. Dans cette expérience, je me suis sentie épaulée dans ma parentalité, j'ai eu l'impression que la communauté me soutenait dans l'accompagnement de mes enfants, en leur donnant à la fois l'amour que parfois je n'arrivais pas à donner et à la fois un étayage différent de mon mode de vie, plutôt urbain. Bon, vous l'aurez compris, l'expérience que mes filles et nous avons vécu dans cette école est assez exceptionnelle pour être soulignée.

M., 4 ans, attendant que sa soeur finisse sa journée d'école
Pour autant, tout cela ne s’est pas fait sans doutes ni hésitations et nous avons décidé de les retirer de cette école cette année, à l’entrée au CP de ma fille ainée. Plusieurs choses ont motivé cette décision ; d’abord le coût. Et c’est un des principaux points négatifs de ce type de fonctionnement qui amène une certaine forme d'entre-soi (même si par ailleurs, j'entends qu'une école de ce type ne peut fonctionner autrement qu'avec des écolages et une implication active de ses différents membres). La première année, nous avons pu bénéficier d’une bourse mais celle-ci étant conditionnée par l’existence de donations privées et variant chaque année, on ne pouvait se permettre, pour deux enfants, de les scolariser sans être sûrs d’en bénéficier. Ensuite, l’école a affirmé il y a deux ans sa vocation démocratique en axant sa pédagogie sur le libre-arbitre total des enfants en privilégiant les apprentissages informels (je parle là des apprentissages, ne me faites pas dire ce que j'ai pas dit hein, je vous vois venir). C'est assez dingue parce qu'après avoir lu sur le sujet, je suis assez convaincue de la capacité intrinsèque de chaque être humain à apprendre par lui-même (cf. Le maître ignorant de Jacques Rancière ou Les apprentissages autonomes de John Holt, ou encore le film Etre et devenir) mais pour autant, je ne me suis pas sentie suffisamment à l'aise et ma réflexion n'était pas assez aboutie à ce moment là pour accompagner mes filles avec la présence et la sérénité que ça me semblait demander.
Bref, nous voilà donc cette année dans un remaniement assez radical de notre mode de vie, les filles ont intégré à temps plein une école au fonctionnement assez traditionnel et ça change pas mal de choses pour moi comme pour elles (si l'on prend les décisions à deux parents, je m'exprime à partir d'ici en mon nom et seulement à partir de mon propre vécu). 

La rentrée a eu lieu il y a maintenant un peu plus d’un mois,
ce n’est sans doute pas assez pour faire un bilan général mais j’ai quand même pu observer que notre quotidien était très influencé par cette nouvelle forme de scolarité. Au départ, Pépito n’avait absolument pas envie de changer d’école. Nous avions pris la décision quasiment une année avant donc nous avons bien pris soin de la préparer à ce changement, parce que nous savions qu'elle était très bien dans son école et n'avait aucune envie de la quitter (et ça, déjà, représentait pour moi une première difficulté. Il faut dire que depuis longtemps, mon idéal était de permettre à mes enfants de choisir leur mode d'instruction, bon, on est loin du compte aujourd'hui... (On lira La domination adulte. L'oppression des mineurs de Yves Bonnardel pour une vision très critique de l'obligation scolaire)). Pour cause, elle y était vraiment épanouie, ses journées étaient joyeuses, tantôt je la retrouvais perchée sur un olivier à discuter avec son meilleur copain, d'autres fois elle me disait qu'elle ne voulait pas partir, bref... on était mal barrés. L'idée d'intégrer une nouvelle école était vraiment désagréable pour elle, à tel point qu'elle refusait qu'on en parle pendant un moment, nous avons laissé les choses se faire et sans trop en parler, doucement la rentrée est arrivée, on a acheté les fournitures, on a visité la classe... et finalement, ça s'est fait dans d'assez bonnes conditions. Il se trouve que pour mon plus grand soulagement, une très bonne amie de son ancienne école faisait elle aussi le changement et ouf, nickel, la rentrée s'est passée sans encombres.

Pour ce qui est du fonctionnement de l'école, rien que je n'attendais pas : le primat du collectif sur l'individuel, les devoirs à la maison, les grilles fermées, les hurlements survoltés des enfants dans la cour d'école, des élèves des chaises des bureaux, un système sous-tendu par l'évaluation et le jugement, le rang (une mise au pas ?), la déresponsabilisation... Tiens, arrêtons-nous un instant sur le paysage sonore des cours d'école ; la première fois que j'ai réalisé ça, j'accompagnais mes filles à 13h30 juste avant la reprise de l'après-midi quand je vis plusieurs enfants dans des états absolument indescriptibles d'agitation, il y avait des hurlements de toutes parts.. j'étais tellement sonnée que je restais hébétée (c'est le mot oui). Et au bout de chacun de mes bras, mes filles elles aussi ne bougeaient pas, les yeux écarquillés. Après ce jour, j'observais tous les matins la cour d'école et m'apercevais qu'en réalité, ces cris étaient de l'ordre de l'ordinaire... (et me demandais comment c'était possible de supporter ça sans craquer). Sans doute les enfants ont-ils tant intériorisé et étouffé leurs besoins de mouvement, de jeu, d'amusement en restant enfermés des heures durant qu'ils extériorisent ainsi en hurlant ? Je me suis souvenue de l'école de la ferme où les enfants, si libres étaient-ils, perchés dans des arbres ou courant dans l'espace extérieur, ne hurlaient pas. Bien sûr, ça n'était pas calme, on entendait des rires et parfois des cris mais jamais cette impression de sidération ne me prit comme ce fut le cas ici. Sans doute les hauts murs qui entourent la cour d'école doivent accentuer le confinement des cris mais en tout cas, rien de tout cela ne me semble être très en rapport avec la vraie vie.

L., 4 ans 1/2, à l'heure des parents :-)
Concernant le système d'évaluation, un matin alors que nous étions en voiture, Pépito me dit : "Tu sais, ma maîtresse elle est gentille, elle ne punit pas. En fait, quand on a bien travaillé on a droit à 5 min de récréation en plus et sinon, on a 5 minutes de récréation en moins. Et si on est normal, on a rien de plus ni de moins". Bon. Penser obtenir une meilleure concentration de l'enfant en lui enlevant du temps récréatif, ça relève selon moi de l'absurde mais on le sait depuis longtemps, l'école n'est pas un lieu pour former des personnes qui agissent en conscience d'eux-mêmes et des autres n'est-ce pas, mais reste un lieu où l'on apprend à obéir aveuglément et à se plier à l'autorité. Le fait que cela ne soit pas appelé punition me semble encore plus pervers, finalement. Bien évidemment, les choses s'améliorent, bien évidemment certain.e.s enseignant.e.s tentent de modifier leurs pratiques mais qu'on le veuille ou non, l'école s'inscrit dans un fonctionnement plus global de société, coercitif et infantilisant. Mais n'allons pas nous perdre, n'est-ce pas...

Ma fille cadette a quatre ans et n'est pas ce genre d'enfants qui va se coucher quand elle a sommeil. Non, elle luttera tant que faire se pourra pour vivre sa vie à pleines dents et cernes aux yeux, continuera son chemin si personne ne la guide tranquillement vers son lieu de repos. Pourtant, depuis la rentrée, elle m'eut étonné à plusieurs reprises quand, à peine sortie de table, elle me tendit les bras pour que je la porte, posa sa tête sur mon épaule et s'endormit ainsi. Troisième constat : l'école épuise mes enfants (forcément, si elles hurlent et courent comme des dératées après avoir passé plusieurs heures à éviter de perdre 5 min de récré en se concentrant fort dans une classe fermée, hein...). Et donc, un soir alors que Petite venait de s'endormir sans demander son reste, Pépito me demanda : "Maman, y'a école demain ?" ; à ma réponse positive, elle lança un "Oh noooon !" vraiment désespéré. J'avoue, ça m'a mis un coup. De toute la symbolique de ce désespoir. Jamais depuis le début de sa vie, elle n'avait émis de réticences à aller à l'école ; jusque lors, c'était un lieu agréable pour elle. Enfin voilà, nous y étions, l'école était donc devenue lieu hostile. D'ordinaire, parce que Petite est au milieu, il est difficile pour moi de prendre le temps d'échanger avec Pépito avant le coucher mais là, j'en ai profité. Et voilà ce qu'elle m'a dit : "En fait, j'aime pas l'école parce que quand je travaille, je fais de mon mieux et la maîtresse gomme quand je me trompe, je comprends pas pourquoi elle fait ça". Il se trouve que quelques jours avant, je lui avais expliqué que l'erreur faisait partie de l'apprentissage et que c'était normal de se tromper, que tout le monde se trompait en apprenant de nouvelles choses et que c'était en cherchant à ne pas reproduire ces erreurs que finalement, on y arrivait. Que l'apprentissage demandait parfois de la persévérance. "Tu vois maman, tu dis qu'on a droit à l'erreur mais en fait non, à l'école on a pas droit à l'erreur", m'a t-elle donc dit ce soir là. (Vous le voyez mon coeur brisé là ?) Bon j'ai pris le temps de l'écouter, lui dire aussi que chaque maîtresse avait sa méthode et que si elle gommait, c'était pour lui laisser la possibilité de recommencer mais je sentais bien que mes mots à ces instants ne valaient rien face à ce qu'elle ressentait comme une attaque. "On se définit par ses actes, pas par ses mots", ne cesse de scander le personnage principal du film Captain Fantastic ; c'est une phrase qui m'a profondément marqué et que je trouve très juste. On aura beau dire à un enfant qu'on l'aime ; si on passe la majorité de notre temps à critiquer ses faits et gestes, c'est cela qu'il retiendra. Et en effet, ce qui compte là tout de suite, c'est son vécu intérieur, c'est ce qui se passe concrètement, et non pas ce que je lui dis ou ce que la maîtresse pourra dire. On pourra tenter de la rassurer avec tous les mots du monde, il n'en restera pas moins que le rapport d'autorité instauré par l'institution justifie que ses productions puissent être invalidées d'un coup de gomme.
Alors effectivement, pour nous qui avons connu et intériorisé le fonctionnement scolaire, ça paraît anodin, voire normal. On pourra trouver mon propos grandiloquent et exagéré, tant on a intériorisé ces modes de fonctionnement mais il y a mille autres manières d'accompagner des personnes dans leur apprentissages, il existe des méthodes autocorrectives, il est possible de faire autrement...

Pleins d'autres choses ont fait leur apparition depuis la rentrée. Par exemple, la honte a fait son entrée fracassante à la maison ; "J'aurais bien aimé mettre ces bottes mais j'ai trop honte et trop peur qu'on se moque de moi", "Je l'aime bien cette veste mais je ne veux pas la mettre à l'école car j'ai trop honte", "Je suis moche, maman !!"... tant de jugements auto-dévalorisants qui n'existaient pas jusque lors. L'année dernière, je retrouvais la plupart du temps ma fille dépourvue de la moitié de ses vêtements, déguisée, voire avec des vêtements qui n'étaient pas les siens... Bon, je ne vous cache pas que c'était un sacré bordel pour moi et qu'il a fallu du temps pour qu'on se mette d'accord et qu'elle gère ses affaires mais je trouvais ça chouette de la voir épanouie, libre, insouciante... et puis bon, c'est sans parler des stéréotypes n'est-ce pas (passer d'une école où les garçons pouvaient porter des robes et du vernis et les filles se salir dans la boue à un endroit où chaque enfant est bien "rangé" à la place que la société lui a assignée, j'avoue je le prends mal). Spontanément, ça m'a donc clairement soulé et puis, comme je sais que mes enfants ne seront pas exempts de conditionnements et que c'est à eux de se faire leur propre avis sur la question (mon rôle étant simplement de leur proposer des représentations variées de l'être humain, dans les jeux, les lectures, les activités... j'en ai un peu parlé dans cet article), je me suis tue et j'ai dit "ok, tu veux mettre quelle veste alors ?" en rongeant mon frein.


Bon pour finir sur mes petites remarques, je parlerais de la baisse évidente d'autonomie de ma grande depuis son entrée au CP, sans doute temporairement, sans doute parce qu'elle y apprend pleins de nouvelles choses et qu'elle ne peut pas tout faire (vous savez, cette fameuse loi de la régression quand il y a nouvel apprentissage) mais qui est surtout due, je pense, à son extrême fatigue. Depuis quelques semaines donc, elle n'a plus la force ni de se laver, ni de se brosser les dents, ni de faire trop d'activités seule... je l'accompagne comme je peux même si ça me paraît être un comble. Espérons pour elle que ce soit temporaire.

L'école et moi, on est ok, ça va pas être l'amour fou. Pour autant, avoir un regard critique dessus ne m'empêche pas de réfléchir à comment accompagner au mieux mes enfants dans cette expérience qui est la leur tant que nous ne choisissons pas d'en changer. Même si la situation n'est pas idéale - et qu'elle peut être amenée à changer -, nous l'avons choisi en fonction de choix prioritaires pour nous et pour l'heure, il me semble que mon travail consiste donc à accompagner tout ça avec bienveillance.

Ce n'est pas toujours facile d'être bienveillante,
notamment parce qu'il y a, me semble t-il, un effort conséquent à opérer pour faire la part des choses entre mon ressenti d'adulte et leur expérience d'enfant. Au départ, quand toutes les choses évoquées plus haut se sont présentées, j'ai plutôt mal réagi. Sans doute parce que tout ce qu'on vivait était en désaccord total avec les idéaux que je projetais sur mes enfants, j'étais déçue, triste, frustrée de ne pas vraiment pouvoir l'exprimer. Il m'a fallu quelques jours pour me rendre compte que de les voir moins autonomes, éreintées de fatigue, attentives au qu'en dira t-on remettait en cause tous mes idéaux éducatifs et qu'à cause de ça, j'étais ronchon, pas agréable, pas soutenante pour un sou (normal, je n'étais pas à l'écoute de moi donc incapable d'être à l'écoute de mes enfants)... Mes réactions étaient disproportionnées, je pressais mes filles le matin, j'angoissais pour des devoirs non faits... alors bon, il a fallu faire un petit Reset, identifier ce qui m'appartenait (la sombre angoisse de mon enfant intérieur qui ne fait pas ses devoirs et va échouer dans sa vie, celle aussi qui lui donne l'impression que s'il ne dort pas suffisamment, il va mourir. Oui voilà, mourir de fatigue bien sûr), observer ce que ça remuait en moi, me mettre à l'écoute de mes filles pour décider de me reconnecter à mes intentions de parent, aujourd'hui, maintenant, dans notre société actuelle, ici là, voilà chuuuut tout va bien on va y arriver personne ne va mourir de fatigue et personne ne va rater sa vie.

// Les devoirs, si elle veut //
Selon mes collègues de travail, il semblerait que les devoirs soient interdits depuis je ne sais quand, bon j'avoue je ne me suis pas penchée sur la question mais dans tous les cas, je n'ai aucunement l'intention de faire vivre la scolarité à mes enfants comme une corvée ou une contrainte (d'autres le font certes, je m'en désolidarise !). Comme pour le reste, j'aspire à ce que chacune d'entre nous fasse en fonction d'elle-même avant de faire pour les autres (c'est ça la définition de l'autonomie non ?). Concrètement, je ne dis donc pas à Pépito de faire ses devoirs ; lorsqu'elle sort de l'école, en général, elle me montre d'elle-même les devoirs qu'elle a à faire, on en discute simplement, sans pression... et puis voilà. Pour le reste, je la laisse gérer. Je fais juste en sorte que ses cahiers soient en vue sur son petit bureau et parfois, ça lui arrive de dire "je vais faire mes devoirs" et alors je me mets à sa disposition pour l'aider ou parfois elle décide d'attendre d'aller chez son père pour les faire et ce dernier se rend disponible pour ça. Et parfois, elle préfère s'adonner à d'autres activités et c'est ok. Alors on pourra m'objecter le risque d'une punition si elle ne fait pas ses devoirs et en effet, je ne sais pas vraiment comment fonctionne sa maîtresse à ce sujet mais quoiqu'il en soit, je pense que ma fille saura quoi faire de ça ; je lui fais confiance pour exercer son libre-arbitre et son esprit critique et agir en conscience de ce qu'elle souhaite pour elle-même. Et puis bon, ce que je constate dans le quotidien jusqu'à aujourd'hui, c'est qu'elle les fait. Il faut dire aussi que si je pense que les devoirs peuvent permettre à certains parents de raccrocher avec l'école (auquel cas, je trouve ça intéressant pour faire le lien école-famille), il se trouve que nous vivons dans une profusion d'apprentissages, ce qui m'amène à passer au point suivant.

// Place aux apprentissages plaisirs //
La semaine dernière, pour ne donner qu'un exemple récent, nous avons appris une quantité incroyable de choses sur les fossiles et les dinosaures, les filles se sont mises à lire ensemble avec les lettres rugueuses de Montessori (de leur propre initiative) tout en jouant au jeu "Je devine", Pépito a passé un temps fou à recopier des mots... et je ne vous parle là que d'apprentissages un peu "scolaires". Si on ajoute à ça le jeu (libre ou non) qui les amène à développer des qualités relationnelles, des capacités d'adaptation, d'organisation, d'imitation, ou encore les recettes de cuisine qui mobilisent la logique, le calcul, la prise en compte des proportions... j'ai envie de dire que nos enfants se débrouillent trop bien tous seuls pour qu'on les embête en plus avec des devoirs. Mais nous vivons dans une société qui a érigé le jeu au rang d'oisiveté et qui ne sait pas bien voir que c'est dans l'ordinaire que se font les plus grands projets...














Il me semble vraiment important de maintenir la dimension du plaisir dans l'apprentissage et de leur donner à voir qu'il y a des voies variées pour apprendre de nouvelles choses. En ce moment donc, mes deux enfants s'intéressent à l'archéologie, elles ont emprunté des livres à la médiathèque sur le sujet, j'étais persuadée qu'elles n'allaient pas les lire et finalement, ça fait deux semaines qu'on est dessus, et j'y apprends aussi pleins de choses. J'ai donc saisi ça pour leur proposer une expo dans un musée pas très loin (ma grande va même avoir l'occasion d'aller faire des fouilles la semaine prochaine, elle avait les yeux qui brillaient quand je lui ai annoncé ça !), j'ai cherché un dessin animé sur le thème, on a regardé un "C'est pas sorcier" qui aborde ces questions... je pourrais aussi leur proposer d'écrire ou lire des mots en rapport avec ce thème, dessiner, fabriquer des outils préhistoriques... bon, l'idée n'est pas non plus de faire de la suractivité mais les possibilités sont infinies en matière d'éducation, me semble t-il.
Pour que les apprentissages soient aussi source de valorisation et de confiance en soi, je remets un peu le nez dans ma formation Montessori, non pas pour tout reprendre parce qu'encore une fois, il ne s'agit pas de surcharger mes enfants mais pour l'instant, simplement avec les lettres rugueuses que ma grande avait eu pour un de ses anniversaires (c'est celles-ci, si ça vous intéresse, mais il y en a pleins d'autres que vous pouvez trouver ici). Les nôtres n'ont pas les vraies proportions donc les puristes s'arracheront les cheveux mais peut-être prendrais-je un jour le temps de vous raconter comment j'en suis venue à penser que ce qui comptait pour nos enfants résidait d'abord et avant tout dans l'attention, l'amour et la patience qu'on pouvait leur apporter, au-delà de tout le matériel pédagogique présent dans la maison. Ce que je trouve intéressant dans la pédagogie Montessori ici, c'est que c'est une pédagogie qui, au-delà du fait qu'elle permet la correction autonome (donc niveau estime de soi, ça change de l'exercice gommée ou barré en rouge), laisse du temps à l'enfant pour s'approprier les différentes notions de pleins de manières différentes et ainsi, il.elle se retrouve vite à répéter des choses qu'il.elle sait faire (la répétition du geste est un des principes clés de la pédagogie Montessori, on lira L'enfant à ce sujet) ; pour les enfants qui ont du mal avec l'échec, l'erreur, le fait de se tromper, c'est vraiment parfait. Par exemple, pour les lettres rugueuses, quand on a commencé, Pépito en connaissait déjà pas mal parce que ça fait un moment qu'elle s'intéresse à la lecture et que l'entrée au CP a accéléré un peu tout ça, et quasiment chaque jour, je lui présente un nouveau son. Et tous les jours, elle retravaille toutes les lettres qu'elle connait + la nouvelle. Je sens quand je la vois faire combien c'est gratifiant pour elle de pouvoir se concentrer sur ce qu'elle sait.  Elle ancre sa réussite en elle en quelque sorte, elle se conforte dans une estime positive d'elle-même. Ensuite, elle associe chaque son à une carte image ou à un objet, je lui propose des jeux variés... alors évidemment, là encore l'idée n'est pas de lui donner du travail en plus, c'est elle qui réclame (et sa soeur demande aussi, d'ailleurs) et j'observe qu'il y a toujours beaucoup de joie pour elle à se rendre compte qu'elle sait!
Je voudrais toutefois préciser que je ne tiens pas ces propos pour vérité universelle n'est-ce pas, chaque enfant est différent et certains n'ont pas nécessairement besoin de se rassurer quant à leurs compétences. 


Il y a quelques jours, Pépito.

// Le jeu libre //
J'ai toujours laissé une grande place au jeu libre, ou plus largement à l'ennui dans notre vie quotidienne, autrement dit des moments de flottements où nous ne faisons rien et où nous n'avons rien à faire. Depuis que ma plus petite est en âge de partager du temps avec sa grande soeur (quasiment depuis quatre ans, donc), de longs moments se vivent entre elles dans lesquels je n'ai absolument pas ma place. Et ce qui est assez incroyable, c'est qu'elles ne jouent jamais trop. On pourrait penser qu'après 2h de jeu, les enfants en aient marre et réclament de l'attention. Surtout que je privilégie la sobriété et le minimalisme donc il n'y a pas profusion de jeux chez nous. Et bien non, elles jouent tant que faire se peut... De mon côté, je me contente de leur proposer un environnement léger, pas trop chargé, qui évolue régulièrement, qui s'adapte aux moments de la journée (en fait, c'est à l'image de ce que j'avais expliqué dans cet article, mais plus en lien avec leur âge actuel), des espaces variés et adaptés (par exemple, au vu de leur fatigue, je sens qu'elles ont besoin de retrouver leur cocon, on passe donc plus de temps à la maison en ce moment), je commence parfois une activité avec elles puis je m'éclipse quand je sens que c'est le moment... bref, le rythme scolaire est tellement difficile pour nous qu'il me semble important de préserver des moments de vraie liberté... D'ailleurs, cette année, les filles ont choisi de ne pas faire d'activité extrascolaire ; malgré deux cours d'essai de gym le mardi soir qui leur ont bien plu, la fatigue a eu raison de leur motivation.


// L'autonomie, en douceur et en jouant //
Comme je me suis rendue compte que c'était très compliqué pour Pépito de faire les choses en autonomie en ce moment, j'ai eu une idée. On a fabriqué ensemble des cartes de routine. Du genre : la carte "brosser les dents", "s'habiller", "déjeuner", "se coiffer", "mettre ses chaussures et sa veste" pour le matin. Et du coup, l'idée c'est qu'elle pioche à sa guise dans le tas de cartes, sachant qu'elle doit toutes les avoir épuisées pour être prête. Ca l'aide assez bien, je trouve. C'est moins contraignant, elle aime beaucoup le côté ludique. Pour ma plus petite qui est plus une enfant qui fonctionne par... heu... comment dirais-je... élan intérieur (c'est-à-dire que je n'ai pas besoin de lui dire quoi faire, elle va d'elle-même aller se laver, se brosser les dents, s'habiller mais par contre, c'est quand elle le décide et comme elle le décide, ce qui nous vaut des tenues tout à fait... heu... originales), et bien pour elle, les cartes ne sont d'aucun intérêt, son coeur la guide mieux que n'importe quel outil pédagogique, que voulez-vous. Tout ça pour dire, donc, qu'il n'y a pas de recette miracle et que ce qui reste important à mes yeux, c'est de pouvoir se rendre suffisamment disponible pour repérer ce qui se passe individuellement pour l'enfant, se mettre à sa hauteur et à son écoute et lui proposer des outils qui lui conviennent.


Voilà, cet article est fini, je n'ai pas pléthores d'outils à vous proposer mais le simple fait de poser tout ça calmement, mettre en place quelques petites choses, ça change parfois beaucoup. Ce matin j'ai réveillé les filles avec une lumière tamisée dans toute la maison, ce genre de musique et une bougie au centre de la table où on a déjeuné ensemble ; c'est peut-être pas grand chose mais c'est déjà beaucoup.
Je ne sais pas de quoi sera fait la suite pour nous, tout ça m'amène à m'interroger sur les intentions qui étaient les miennes face à ces deux enfants que j'ai mises au monde, je crois fort en la capacité de chacun.e à faire preuve de créativité et de force. Pour l'instant, vivons l'aventure... et advienne que pourra.

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* Il y a vraiment des gens qui ont pensé que ma fille s'appelait Pépito. Je trouve ça très joli mais : non.
** On qualifie ce genre d'école "d'alternative" en référence à une certaine norme qui voit l'école comme un lieu fermé sur lui-même, où les enfants sont séparés en fonction de leur âge, passent leurs journées derrière un bureau, les fesses posées sur une chaise et n'ont droit de s'amuser que dans un temps circonscrit. Face à cette norme, une école dans la nature, ouverte, où les enfants sont libres d'aller et venir est en effet "alternative". Mais il convient à mon avis d'interroger la norme qui sous-tend ce terme pour se rendre compte que l'alternatif naît d'abord d'une volonté de normalisation.


Quelques lectures pour prolonger la réflexion...
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