30 mars 2020

Confinement : logiques d'enfance

Journal de confinement / 26 mars 2020
Mercredi matin, j’ai dit aux filles qu’il n’y avait pas école à la maison aujourd'hui tout en me réjouissant de pouvoir abattre la montagne de tâches qui m'attendait ne pas avoir à gérer ma mini-classe de deux enfants et de pouvoir faire une petite pause. Après le petit déjeuner, L. s'est pourtant préparé et m’a dit "je veux faire des maths". Pour qui connaît son aversion pour toute chose liée de près ou de loin à la planification, la préparation, l’entretien de soi, c’était tout à fait incongru et inattendu. Fairplay, je levais donc mes fesses du banc sur lequel j’étais en train de boire mon deuxième café de la journée quand M. me dit : "hey mais maman on a pas allumé la bougie de l'école à la maison, on a pas fait la date !". Pour qui connaît son refus effronté et catégorique de tout apprentissage non sollicité, c’était tout à fait extraordinaire. Je me levais donc pour allumer ladite bougie (censée circonscrire les temps "d'école"), regardais encore ensommeillée ma petite M. se débattre avec le calendrier quand L. me lança, guillerette : "Maman j’ai fini ! Mais dis... on a pas fait la narration aujourd’hui !". (La narration, je l’ai piqué à Ève Hermann que j’aime beaucoup ; cela consiste à commencer la journée par la lecture d’un texte, suivie d’un échange sur les idées du texte, d’un débat et d’une retranscription selon la forme que les enfants souhaitent). L., avide de sollicitations, adore. M., irréductible enfant sauvage, se barre d'ordinaire dès que je commence à lire et ce, après avoir tenté d’éteindre 14 fois la bougie. Après ma gorgée de café, j'ai alors pris le même livre qu’hier, leur expliquant que je n’avais rien préparé vu qu’il n’y avait pas école aujourd’hui et lus le chapitre 2 avec un entrain pour le moins discutable. L., qui le premier jour, avait préféré dessiner et ne rien écrire, décida cette fois d’en écrire un résumé. M., de l’air de celle qui n’en a cure, ne résista pas au désir fiévreux de regarder à la dérobée les images que je présentais en lisant. Plus tard, à l’heure du déjeuner, je demandais à M. : "en fait, toi tu n’aimes pas qu’on te dise ce que tu as à faire hein ? Tu aimes bien choisir ton travail ? Mais alors, à l'école, ça doit être dur pour toi quand la maîtresse donne du travail, tu fais comment ?", "ah bah je le fais bien sûr ! Je me force parce que sinon j’aurais une punition !" J’allais poursuivre la discussion quand L. m'interrompit : "bon et quand est-ce qu’on travaille sur l’Égypte antique, hein ?".

C'était mercredi.
Le seul jour où j'avais décidé qu'il n'y avait pas "école à la maison".
Je vous laisse déduire.

Et me permets de vous transmettre quelques liens pour réfléchir aux questions d'apprentissage formel et informel, d'instruction sollicitée ou non. On aura compris que ceci n'est pas une invitation à devenir des parents parfaits qui maîtrisent l'unschooling, n'est-ce pas, mais plutôt une tentative d'inspiration :
C'est à vous !

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