28 avril 2020

"Éduquer sans entraver", mon nouveau livre !


Mon dernier livre est sorti le 18 mars dernier et j'avais hâte de vous en parler. Inutile de vous faire un dessin, la situation étant celle qu'elle est, autant vous dire que mon enthousiasme et ma joie ont tôt fait de détaler pour attendre dans l'ombre des jours meilleurs. Ces derniers - les jours meilleurs, oui - se faisant un peu attendre, et risquant même de ne pas arriver avant un petit bout de temps, je pense qu'il est grand temps que je vous en dise un peu plus sur mon dernier ouvrage, qui est aussi mon premier essai, Eduquer sans entraver : déconstruire les violences ordinaires.

Depuis quelques semaines, certaines librairies ont mis en place le système click & collect afin de permettre à leurs clients de commander des livres et de venir les chercher pendant un créneau horaire défini à l'avance et dans des conditions sanitaires sécurisées. C'est un bon moyen de soutenir les librairies (les auteurs aussi !) pendant cette période difficile pour tout le monde. Renseignez-vous auprès de votre librairie.

Le voici donc. Tout beau, tout doux (tout vert aussi, oui).

Livre "Eduquer sans entraver : déconstruire les violences ordinaires"


Comment ce projet est né...

Sans doute de ce constat que si le domaine de la parentalité connaissait une révolution bienvenue en matière de droits des enfants, il n'en était pas forcément de même pour les enfants et adolescent.e.s "institutionnalisé.e.s".
Je me suis donc lancée dans l'écriture de cette réflexion, au départ avec l'ambition de fournir des outils aux professionnel.le.s de l'enfance et de l'adolescence (en milieu scolaire comme social ou médico-social, hospitalier, etc...). Très vite, j'ai réalisé que c'était plus compliqué que ça, qu'il y a des contextes professionnels qui rendent l'accueil des plus fragiles difficiles, que les professionnel.le.s sont aussi des individus avec des histoires personnelles, que l'éducation non-violente/positive/etc, c'est très cool mais que ça pose pleins d'autres questions, j'ai découvert de nouveaux concepts, ma pensée a évolué... Je suis passée par différentes phases mais j'ai fini par accepter la complexité induite par ce sujet et assumer l'idée de ne pouvoir donner des réponses toutes faites.
J'ai travaillé de longs mois sur plusieurs aspects : enquête documentaire, enquête auprès de personnes concernées (anciens enfants placés, accompagnés par des travailleurs sociaux, anciens élèves...), enquête auprès de professionnel.le.s de tous secteurs, lectures, films, rencontres, et puis temps d'écriture et de réécriture.

Ca parle de quoi ?




En version courte, je dirais que ça traite des violences ordinaires (celles qu'on peine parfois à définir comme des violences en tant que telles) en milieu institutionnel (école, institutions du travail social et médico-social, institutions hospitalières, de loisirs, crèches, etc...) et des possibilités de faire autrement.

En version mi-longue, ça donne quelque chose comme :
Cet ouvrage est le résultat d’un travail d’enquête et de réflexion critique autour de l’invisibilité des violences éducatives dites en creux (silencieuses, ordinaires) qui font de l’éducation un outil de normalisation et conditionnent la domination adulte (ou l’âgisme). En s’appuyant sur des expériences de terrain, des témoignages de personnes concernées (anciens enfants placés, etc.) et de professionnels, il dresse ici un état des lieux de ces violences indicibles. Au-delà de cet état des lieux, l’auteure propose nombre d’outils (usage de la communication non violente, connaissance de la pédagogie critique et démocratique) dont les bienfaits seraient à observer tant du côté des enfants que des adultes qui les accompagnent. Loin d’être un « livre de recettes », il invite à déconstruire les évidences qui forment le paradigme éducatif actuel et à imaginer d’autres possibles.
En version un peu plus longue, j'ajouterais qu'il s'agit d'un ouvrage d'environ 200 pages partagé en deux parties :



▶︎Une première intitulée Enfances et adolescences empêchées dans laquelle je tente d'inscrire la notion de violence ordinaire dans une dimension systémique ; autrement dit, si je définis les différents aspects de la violence, j'insiste beaucoup sur le fait que la violence n'est pas seulement le fait d'un.e professionnel.le lambda mais s'inscrit dans un système qui organise, entretient et pérennise ces pratiques.
Dans cette partie, je définis de manière précise les différentes formes de violence, exemples et témoignages à l'appui, j'approfondis évidemment la notion de violences ordinaires et les inscrit dans un héritage socio-historique, psychopédagogique, et même... politique.
(Et petit bonus, sache que tu croiseras dans cette partie Jacques Prévert, Michel Foucault, Keny Arkana et bien d'autres à quelques pages d'intervalle.)



▶︎ Une deuxième partie nommée Eloge d'un nomadisme éducatif qui se veut être davantage une présentation très contextualisée d'outils individuels et collectifs au service de la relation et de la démocratie.

(...) les violences du quotidien s’inscrivent dans un fonctionnement global, institutionnel, politique, économique et, face à cela, l’éducateur ne peut pas tout. Ou comme dirait l’autre : « A l’impossible, nul n’est tenu ». Ainsi, remédier à la violence ne peut se faire sans un engagement fort de l’institution ; par le biais de formations par exemple, il s’agit ainsi de s’attaquer à ce qui fait système. Il ne sera donc pas question ici de faire reposer la responsabilité de la non-violence sur les épaules des éducateurs seuls. Nous avons conscience que sans réel soutien institutionnel (des dirigeants comme des collègues), il peut être difficile, épuisant et contre-productif de s’évertuer à la non-violence, seul contre tous, puisque, très souvent, ça reviendra à se faire violence soi-même. Pour autant, nous faisons le choix de présenter quelques outils, non pas dans l’idée d’imposer un modèle d’éducation qui serait fait de recettes à appliquer, mais plutôt comme un souffle salutaire dans le paysage protocolaire d’un secteur éducatif qui peine parfois à trouver du sens. / p.103
Le pari est donc bien celui de donner envie, d'inspirer la discussion, la formation des équipes, l'ouverture à d'autres modes de fonctionnement, la déconstruction des représentations sociales, etc... Les outils proposés visent finalement moins à être appliqués tel quels qu'à susciter l'étonnement, l'envie de prendre des risques, de faire un (ou plusieurs) pas de côté.
J'ai choisi de présenter la Communication non-violente en l'adaptant aux situations difficiles que peuvent rencontrer des travailleurs sociaux, soignant.e.s ou même enseignant.e.s, j'ai approfondi certains sujets comme celui de l'autorité, du besoin et du désir, de l'amour dans la relation éducative, de l'intention éducative, de l'empathie (et de l'auto-empathie !), de l'écoute active... ce qui me semblait ici important, c'était surtout de reprendre tous les termes un peu galvaudés de notre secteur et de les mettre à l'épreuve de la réalité.

Pour autant, il me semblait aussi primordial de ne pas penser ces notions seulement pour les enfants et les adolescent.e.s, ce qui reviendrait finalement à les extraire du réel et à en faire une catégorie à part. A mon sens, les adultes qui accompagnent les enfants et les adolescents sont aussi pris dans des rapports de pouvoir qui, s'ils ne reposent pas sur leur âge, s'inscrivent dans leur condition (de salarié, notamment). Ainsi, j'ai pensé la relation éducative comme un bateau dans lequel nous sommes tous ensemble. La pédagogie critique, l'éducation populaire, la pédagogie Freinet à côté de la Communication non-violente, c'était donc pour moi le moyen de poser la question suivante :
Comment, ensemble, repenser l'ordre autoritaire et dominant ? Comment, ensemble, peut-on prendre conscience de ces rapports de pouvoir, de notre place de potentiel.le oppresseur.e/dominant.e, potentiel.le opprimé.e/dominé.e et imaginer un monde plus égalitaire ? (avec tout l'utopie créatrice que cela sous-entend évidemment)
Dans cette partie, nous aurions pu aborder de nombreux outils mais nous nous concentrerons essentiellement sur deux postulats auxquels nous croyons sans hésitation :
• L’amour, l’affection, l’accueil inconditionnel sont autant de conditions pour permettre à une personne de développer une estime de soi qui soit juste, d’agir en conscience, de faire des choix, d’être autonome vis-à-vis de soi-même. Afin de développer ce point, nous apporterons des éclairages sur la notion d’amour dans la relation éducative professionnelle et nous présenterons la communication non violente, fondée par Marshall B. Rosenberg.
• Pour favoriser un monde non discriminant et non excluant, il est absolument nécessaire de transformer les rapports de pouvoir, en premier lieu au sein de la relation éducative pour faire advenir des modes relationnels coopératifs et d’entraide. Pour cela, il s’agit pour chaque personne de prendre conscience de son propre pouvoir d’agir tout en mesurant la force de sa présence dans un collectif en mouvement. Nous convoquerons ici les apports de l’éducation populaire et des fonctionnements démocratiques.
Nous considérons ces dimensions complémentaires et inséparables ; pour pouvoir accepter l’autre dans sa différence et adhérer ainsi à un fonctionnement démocratique qui demande consensus, compromis, négociations, il faut que les besoins individuels soient nourris. Il en est ainsi tant pour les enfants/adolescents que pour les adultes qui les accompagnent. L’amour, la confiance, l’estime de soi sont autant de bases de sécurité pour pouvoir s’inscrire dans un processus d’altérité. / p.104
L'ouvrage comprend également un grand nombre de témoignages de personnes concernées ainsi que de professionnel.le.s. J'ai interrogé quelques personnes qui ont dénoncé les violences subies lors de leurs (dé)placements, arrachements, accompagnements... mais j'ai aussi souhaité donner la parole à des personnes qui estimaient avoir été "bien" accompagnées, en tout cas pour qui l'école/la maison d'enfant/la famille d'accueil/l'hôpital avait permis d'avancer, d'évoluer...
Parce que si je ne mâche pas mes mots sur les critiques qui doivent à mon sens être faites sur l'institution éducative, j'ai d'abord et avant tout voulu que cet ouvrage soit un lieu d'espoir pour les enfants et les adolescent.e.s qui n'ont d'autres choix que laisser leur destin entre nos mains.

Je terminerai cet article en remerciant toutes les personnes qui ont permis que ce livre existe. Celles qui ont témoigné, celles avec qui j'ai échangé sur Facebook, sur Instagram, sur Twitter, celles qui m'ont inspiré sans le savoir, celles qui m'ont encouragé, celles qui m'ont permis d'entrevoir ma propre violence, celles que j'oublie sans doute... MERCI !


Si vous avez des questions, des remarques, n'hésitez pas à utiliser les commentaires ou à m'écrire, je serais curieuse d'avoir vos avis si vous êtes amené.e à le lire. Vous pouvez aussi vous abonner à la page Facebook de mon blog sur laquelle j'avais notamment publié un des témoignages présent dans le livre. Bonne lecture !
C'est à vous !

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